16 - Devon

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Devon

J'ai l'impression de passer mon temps à défaire des cartons ces derniers temps. Au bureau... Chez moi... Chez moi, c'est bizarre comme expression, et pourtant, j'ai enfin un endroit rien qu'à moi. Je relève les yeux de mon carton et observe mon appartement.

Je suis dans la grande pièce de vie, qui est à peine meublée pour le moment. J'ai beau être remis de mes blessures, je ne peux pas encore porter des charges trop lourdes. Une cuisine américaine à la pointe de la technologie va me permettre de retrouver ma passion perdue. Je ne me suis rien refusé en achetant ce cinq pièces d'une centaine de mètres carrés. Il est récent, et parfaitement équipé. Il ne me reste plus qu'à y mettre mes affaires... et à acheter des meubles.

Parfois, pourtant, une question me hante. Pourquoi une telle surface si je suis seul ? Je n'ai toujours aucune nouvelle d'Océane. Je ne sais pas si je veux en avoir, d'ailleurs. Elle me manque, bien sûr, et en même temps, je suis furieux contre elle. Elle m'en fait voir de toutes les couleurs.

Je pousse un grognement rageur et abandonne ma tâche pour me diriger vers le frigo. Une bonne bière ne me fera pas de mal.

Je commence juste à me détendre quand la sonnerie de la porte d'entrée retentit. Je fronce les sourcils, pose ma boisson sur le comptoir, et vais ouvrir. Je me fige en découvrant mon invitée surprise. Quand on parle du loup ! Océane attend sur le pas de ma porte, l'air mal à l'aise. Je reste immobile, incertain de ce que j'ai envie de faire. Elle finit par annoncer d'un air gêné en haussant les épaules.

— Je suis de retour.

Je hoche la tête. Ça, ça me paraît évident.

— Tu auras mis du temps. J'aurais aimé que tu reviennes plus tôt.

— Je ne pouvais pas, soupire-t-elle.

Je serre les dents de dépit. Elle ne s'excuse même pas ! Je ferme la porte avant d'en entendre davantage. Elle pousse une exclamation surprise puis tapote sur le bois de la porte.

— Dev... Ouvre-moi, on doit parler.

— On n'a plus grand-chose à se dire, Océane. Tu as déjà fait ton choix. C'est trop tard. J'ai compris que je ne comptais pas pour toi.

— C'est faux ! Je t'ai cru mort, Devon ! As-tu idée à quel point ça m'a brisé le cœur ?

Je retiens mon souffle. Elle paraît sincère. Elle l'est probablement. Et pourtant...

— Tu m'as cru mort ; je l'étais presque. Et pourtant, tu n'es pas revenue.

Elle reste sans voix.

— Je...

— Ne te fatigue pas, j'ai compris : tu ne pouvais pas. Je ne suis pas ta priorité numéro un. Et c'est normal, tu as un fils. Je ne devrais pas t'en vouloir, c'est injuste.

Elle ne répond pas, mais je sais qu'elle est juste de l'autre côté de la porte, son front contre le bois. Une part de moi a envie d'ouvrir et de la prendre dans mes bras, mais une autre part, plus raisonnable, sait que ce serait m'exposer à de nouvelles souffrances.

— Je t'aime, Océane, mais je mérite mieux.

Je l'entends pousser un gémissement de tristesse.

— C'est vraiment ce que tu veux ?

J'hésite un instant, partagé, mais la voix de la raison finit par l'emporter.

— Oui, c'est ce que je veux. C'est fini entre nous.

Un sanglot lui échappe, suivi d'un profond soupir. Elle se redresse et lâche ces quelques mots.

— Rien ne sera jamais fini.

Je l'entends s'éloigner et m'adosse à la porte. Mes yeux se ferment de tristesse. J'ai pris la bonne décision, elle n'en reste pas moins difficile à vivre. Mais je dois m'y tenir. J'ai décidé de mettre de l'ordre dans ma vie ; je devais en passer par là pour tout redémarrer à zéro.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !