13 - Océane

6 3 0

Océane

Le silence est revenu depuis quelques secondes. Qu'est-ce qui a changé ? J'ai chanté, je crois. Mais je me suis tue. Pourquoi ? Quelle importance ? Je n'ai plus de réelle emprise sur mes actions, et ça m'est égal. Le monde autour de moi s'est transformé, du moins, ma vision s'est transformée. Je ne vois plus les choses dans leur ensemble, mais distingue chaque molécule qui les compose. Au lieu de voir le simple vide de ma cellule, je distingue chaque ion navigant jusqu'à la terre. Je n'aurais jamais cru pouvoir un jour visualiser l'électricité statique. Je me demande si je pourrais la conduire par ma simple volonté. Probablement. Je pourrais peut-être m'en servir pour sortir d'ici, mais le bouclier de Kosatis est trop puissant. Je ne parviens pas à le détruire.

Mon geôlier est parti depuis plusieurs dizaines de minutes. Il m'a laissée après avoir reconfiguré mon esprit. Mon monde est sans dessus dessous, comme s'il avait subi un bombardement et que tout ce que je pouvais faire était de constater les dégâts.

Sans bouger, je dirige mon attention vers la serrure de la grille. J'étudie son mécanisme comme si je l'avais sous les yeux.

Je pourrais enclencher le loquet, si seulement il n'était pas pris dans la barrière.

J'entends soudain des bruits de pas au loin, mais n'y prête aucune attention. Tout ce qui se trouve hors de ma cellule n'est pas sous mon contrôle, à quoi bon m'en soucier ?

Les pas se rapprochent, et une voix masculine résonne soudain.

— Océane ! Océane, tu m'entends ?

Océane... C'est mon prénom, oui, c'est de moi qu'il s'agit. Je tourne mon visage vers la source de cette agitation. Quatre hommes se tiennent devant la grille. Je n'arrive pas à mettre de nom sur leur visage ; tout simplement parce que je ne les distingue pas. Pour moi, ils ne sont qu'un groupe de cellules, qu'un groupe de globules, de plasma, circulant dans des veines. Je ferme les yeux sous cette vision dérangeante. Je dois garder ma concentration sur la serrure, oui, c'est moins perturbant.

— Océane ! appelle de nouveau la voix.

— Kosatis est allé plus loin que je ne le pensais, commente une autre.

— Azyael, fais quelque chose ! Nous devons la sortir de là immédiatement !

Je ne comprends pas l'impatience dans leur ton. Certes, je dois sortir d'ici, mais il n'y a pas de danger immédiat.

— Je vais m'employer à briser le bouclier. Je ne pourrais ouvrir la grille qu'après. Ça risque de prendre du temps, surveillez la zone.

Je ne m'occupe plus d'eux et reste concentrée sur le loquet de la serrure. Les molécules autour de lui se sont modifiées. J'analyse le phénomène. Le bouclier fluctue ; s'affaiblissant cycliquement toutes les dix secondes. Le rythme tend d'ailleurs à s'accélérer. C'est ma chance. Je me règle sur sa fréquence et frappe quand le moment est venu. Un cliquetis se fait aussitôt entendre. La serrure est déverrouillée. Je pousse ma chance et ouvre mentalement la porte de la grille. Des exclamations surprises se font entendre.

— Je croyais que c'était censé te prendre du temps ?

— Je n'y suis pour rien ! répond l'un d'eux.

Il se tait quelques instants, puis reprend.

— Attends, le bouclier n'est pas encore brisé.

Le silence à nouveau, puis :

— Vas-y.

Des pas se précipitent dans ma direction, et s'arrêtent face à moi. Je ne veux pas ouvrir les yeux.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !