11 - Océane

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Océane

Le vent doit souffler. Oui, je pense que c'est le vent qui souffle et s'engouffre dans un tube métallique qui provoque ce bruit. Un peu comme une trompette mais sans modulation. Après tout, ce n'est pas un instrument de musique.

Je ne sais pas quelle heure il est. Le temps semble s'être figé depuis que je suis ici. Je n'ai pas bougé depuis le départ d'Azyael. Je suis assise contre le mur de pierres, les jambes pliées contre ma poitrine.

Ma concentration fait des va-et-vient, comme si elle n'arrivait pas à se décider entre un endroit et un autre. Mais je crois que je commence à reprendre pied, un peu.

Et alors, je prends conscience de la situation. Elle est presque désespérée. Pourtant, j'ai déjà été capturé sur terre, et j'ai réussi à m'en sortir. Mais comme l'a dit papa, ici, je ne suis plus la plus forte.

Je me demande s'ils ont compris mon message téléphonique. Je ne me rappelle plus ce que je leur ai dit... Mais je les ai appelés, je crois ? Oui, je les ai appelés.

Qu'est-ce qu'ils font maintenant ? Pourvu qu'ils ne se soient pas fait attraper par Azyael.

Je soupire. À mon niveau, il n'y a plus grand chose que je puisse faire. Dès que j'essaie de me concentrer sur l'extérieur, je me heurte à une dense barrière mentale. Et je ne suis pas sûre de rester concentrée assez longtemps pour sortir.

Heureusement, je sens la présence de Devon, quelque part loin d'ici. Ce sentiment me réconforte. J'arrive à m'ancrer à la réalité grâce à lui.

Des pas résonnent soudain et une lumière crue remplace l'obscurité. Je ferme violemment les paupières puis les rouvre progressivement. Ce n'est pas Azyael qui me rend visite, mais Kosatis... C'est pire.

Il m'observe sans dire un mot ; je lui rends la pareille. Il est grand sans être géant ; mais sa posture devant ma cellule en impose. Ses vêtements luxueux reflètent sa position dans la hiérarchie ; et leur coupe droite indique une personnalité stricte et rigoureuse. Ses cheveux noirs mi-longs ne sont plus attachés désormais, mais retombent soigneusement des deux côtés de son crâne. Ses yeux marron sont rivés sur moi. Si le reste de son visage ne montre aucune émotion ; son regard est moins transparent. J'y lis de la colère, de l'orgueil blessé, mais aussi, et c'est le plus inquiétant, une sorte de fascination.

Je frissonne malgré moi. Ce type est vraiment tordu ; et le voir m'observer sans rien dire me met plus que mal à l'aise. Il est trop instable pour que je puisse prévoir ce qu'il veut faire de moi.

* Vous avez créé un sacré désordre. *

Je sursaute en entendant sa voix dans mon crâne. Je le regarde dans les yeux. Je ne sais pas ce qui est le plus intelligent à faire. L'ignorer ? Aller dans son sens ? Riposter ?

* C'est vous qui m'avez infligé ça. Je n'aurais jamais agi ainsi en temps normal. *

Apparemment, j'ai choisi la dernière option. Kosatis reste silencieux un instant puis reprend.

* Il y a eu quelques imprévus, en effet. *

* Des imprévus ? C'est comme ça que vous appelez ce qu'il s'est passé ? *

Un léger rictus étire ses lèvres.

* J'appelle les choses par leur nom. Je n'avais pas vu venir votre crise ; mais j'ai les choses en main à présent. Quant à la vie que vous avez prise ; certes c'est regrettable, mais ce n'était qu'un garde. Il est remplaçable. J'ai le sentiment que vous l'êtes beaucoup moins. *

J'écarquille les yeux de stupeur.

* Vous êtes fous... *

* Dit la meurtrière à son geôlier. *

Je m'étire les épaules, comme pour essayer de me libérer de cette sensation malsaine qui coule sur moi.

* Si la vie de cet homme a si peu de valeur à vos yeux, pourquoi  me gardez-vous ici ? *

* Pour le moment, vous êtes incontrôlable. Je ne veux pas prendre de risques. *

Un rire désabusé et nerveux m'échappe.

* Mais qu'attendez-vous de moi à la fin ? *

* Mes plans n'ont pas changés. Je vous veux pour compagne. *

Mes yeux s'écarquillent davantage. Si ça continue, ils vont finir par sortir de leur orbite.

* Vous êtes en manque à ce point ? *

Il éclate d'un rire amusé.

* Ne soyez pas ridicule ! Vous ne serez pas ma première femme. *

* En gros, vous voulez que je rejoigne votre harem. *

Les ménages lasmoniens sont en général un regroupement de plusieurs couples ; mais Kosatis ne me semble pas être homme à accepter la concurrence.

* C'est une façon tellement réductrice de voir les choses. *

Je le fixe sans y croire. Il a l'air terriblement décidé.

* Pourquoi moi ? *

* Vous avez un énorme potentiel ; votre fuite de tout à l'heure l'a prouvé. Et pour arranger le tout, vous n'êtes pas vilaine à regarder. *

Je répète sans y croire.

* Ma fuite vous a impressionné ? *

C'était le moment le plus terrible que j'ai jamais vécu ; j'avais littéralement perdu la raison.

* Vous avez fait preuve d'une puissance phénoménale ; même si les événements auraient pu mieux se passer. *

* À quoi vous sert-elle si je ne la contrôle pas ? *

* C'est un détail, un détail que je vais vous aider à dépasser. *

Je secoue la tête d'un air cynique.

* Vous voulez faire de moi une machine de guerre. *

* Je veux simplement développer toutes vos capacités. *

Je continue à sa place.

* Pour que je les mette à votre service ? Non merci. *

Il me répond d'une voix froide.

* Vous croyez vraiment que je vous laisse le choix, ma chère ? *

Son regard s'est durci. Visiblement, la discussion est terminée. Une angoisse intense éclot soudain au fond de moi. Je songe à ce que Kosatis et Azyael m'ont fait endurer plus tôt. Vu les conséquences, je ne pensais pas qu'ils voudraient recommencer ; mais Kosatis n'est pas assez raisonnable pour en être dissuadé.

* Si vous jouez avec mon esprit, je pourrais être en mesure de m'échapper à nouveau. *

* Je ne compte pas répéter deux fois la même erreur. J'ai eu tort de vouloir vous éduquer avec Azyael. Ensemble, nous sommes trop puissants, nous vous avons envoyée bien trop loin. Je vais donc m'en occuper seul, progressivement. *

Mon souffle se bloque dans ma poitrine. J'ai à peine le temps de me préparer que les assauts de Kosatis cognent contre mon bouclier mental. Il est bien plus fort que moi. En temps normal, je serais peut-être plus apte à lui résister, mais les dernières heures ont sapé mes forces.

Peu à peu, ma barrière se fissure et finit par s'écrouler. Kosatis entre en conquérant, et observe mon être comme un décorateur prêt à tout changer dans sa nouvelle demeure. Un cri de terreur pure m'échappe.

* Ne vois pas ça comme une agression, mais comme un don. Je t'offre la connaissance. *

À quoi me sert la connaissance si elle modifie complètement ma personnalité ? Mais Kosatis n'en a cure. Il commence déjà à jouer avec mon esprit, à me montrer des choses que je ne veux voir. Je ne peux l'en empêcher.

Mais une part de moi se raccroche tant qu'elle peut à quelque chose qu'il ne pourra pas altérer : ma connexion avec Devon.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !