10 Devon

7 3 0

Devon

            Le calme est revenu, et ce n'est pas pour me déplaire. Je suis toujours dans mon jardin intérieur, dans le blanc le plus pur. Les visions sur Océane ont cessé. Ça pourrait m'angoisser d'être ainsi dans l'inconnu après ce à quoi j'ai assisté, mais mon inconscient semble serein. Il est assis, les jambes regroupées contre sa poitrine. Il a retrouvé sa véritable apparence, c'est-à-dire la mienne, et sourit comme un bienheureux. On dirait presque un chat lové près d'un bon feu de cheminée. Je l'envierais presque... Paradoxal comme idée vu qu'il s'agit d'une part de moi. J'hésite un instant avant de demander.

            — Elle va bien ?

            Il ouvre les yeux brusquement et darde son regard sur moi. Il grimace avant de répondre.

            — Elle est en vie ; c'est l'essentiel.

            Je fronce les sourcils. Sa réponse n'est pas faite pour me rassurer. J'aimerais en savoir plus ; mieux encore, j'aimerais le découvrir par moi-même.

            — Pourquoi ne puis-je pas ressentir notre connexion comme tu le fais ? Ça a l'air de te combler de bonheur.

            Il sourit légèrement.

            — Tu le pourrais aussi si tu te laissais aller.

            — Que veux-tu dire ?

            — Tu as toujours accordé une trop grande importance au contrôle.

            Je pousse un léger grognement mais il n'a pas tort. Et en même temps...

            — Il le faut bien, quand je perds le contrôle de moi-même, ce n'est jamais beau à voir.

            Je songe à mes crises de colère : certaines auraient pu très mal se terminer.

            — Je te l'accorde. Mais tu n'es pas obligé de garder le contrôle sur tous les aspects de ta vie. Pour certaines choses, il est bon de lâcher prise.

            — Comme ?

            — L'amour.

            Je lève les yeux au ciel. Mon interlocuteur est probablement la partie de moi la plus naïve.

            — Je ne suis pas naïf ; je sais de quoi je parle, c'est différent. Océane est digne de confiance, tu devrais le savoir.

            Un éclat de rire sarcastique m'échappe.

            — Digne de confiance ? Après tout ce qu'elle nous a fait subir ?

            Il fait la moue.

            — Elle n'est pas parfaite non plus.

            — Et pourtant, tu la suivrais les yeux fermés... même si tes yeux sont les miens...

            Me parler à moi-même commence à devenir perturbant, j'avoue.

            — Parce que je connais chaque parcelle d'elle. Des parcelles dont elle-même n'a pas conscience.

            — Ce qui signifie ?

            — Je communique avec son inconscient. Tout comme toi, sont moi conscient ne sait pas tout ce qui se passe dans son être. Bien qu'elle soit plus à l'écoute de ses intuitions...

            Je me prends la tête dans les mains. Cette situation est plus qu'étrange.

            — Tu sais, ça devient de plus en plus bizarre. Je me parle à moi-même, et parfois j'ai l'impression que nous sommes deux personnes différentes.

            Il plonge son regard dans le mien.

            — Il y a une explication simple à ça.

            — Laquelle ?

            — Le don d'anonymat. Pour ne pas devenir fou, tu as cloisonné ton esprit, séparé ta véritable identité de celle d'emprunt. Mais tu l'as tellement cloisonné, que tu t'es également coupé de certaines parties de ta personnalité. Celles que tu jugeais comme te rendant plus faible.

            — Je n'avais pas vraiment le choix.

            Il acquiesce.

            — Et pourtant, c'est comme réparer une fissure avec du scotch. Ce n'est pas durable. Tu t'en es rendu compte.

            — La limite entre moi et Mark s'estompait petit à petit... Mais il est parti maintenant, pas vrai ?

            — Oui, mais pas les souvenirs des actes que tu as commis en son nom.

            Je hoche la tête.

            — Il me faudra du temps, mais ça finira par s'estomper...

            — Pas si tu restes seul.

            Je pousse un grognement pour l'avertir de ne pas aller plus loin. J'ai bien compris où il voulait en venir : que je retrouve Océane pour que nous vivions heureux avec beaucoup d'enfants, Yay !

            J'aime sincèrement Océane, mais on ne peut pas dire que cet amour nous a fait du bien, ni à l'un, ni à l'autre. Il est peut-être temps de commencer à se poser les bonnes questions, et à prendre les bonnes décisions.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !