9 - Océane

6 3 0

Océane

            La situation devient de pire en pire, et ça ne s'arrangera pas tant que je naviguerai d'un état de torpeur à un état de conscience.

            Je me suis réveillée de mon dernier état de béatitude enfermée dans un cachot sombre et humide, cachot dans lequel je me trouve toujours. Les gardes m'ont retrouvée pendant que j'étais incapable de me défendre. Quand j'ai retrouvé possession de mes moyens, il était trop tard.

            J'ai essayé de trouver un moyen de sortir, et bien que ma cellule ressemble à un cachot du Moyen Âge, elle est cerclée d'un barrage mental, à l'image de celui de la ville. Je l'ai testé mais ai vite perdu l'espoir de le briser. La puissance que j'avais acquise quelques heures plus tôt s'est évanouie. Je me suis donc assise sur le banc de pierre contre le mur, et n'ai pas bougé depuis. Pour l'instant, tout ce que je peux faire est attendre.

            Le silence règne autour de moi. Je ne sais pas s'il y a d'autres cellules alentours, mais si c'est le cas, elles doivent être vides.

            La solitude va me rendre folle ; encore plus que je ne le suis devenue.

            J'entends soudain résonner des bruits de pas. Quelqu'un approche. Je porte mon regard au-delà des barreaux de ma cage et devine une silhouette dans l'obscurité.

            La lumière inonde soudain les lieux, actionnée par un interrupteur. Je ferme brusquement les yeux sous cet assaut et ai besoin de quelques secondes pour m'habituer à la nouvelle luminosité.

            Quand je rouvre les paupières, je découvre que mon visiteur s'est approché juste devant mes barreaux. Je découvre également son identité : Azyael. Il m'observe sans mot dire, le visage sombre. Qu'est-ce qu'il est venu faire la ? Il ne m'en a déjà pas assez fait subir ? Je force ma voix.

            — Le spectacle te plaît ?

            Il sursaute et plonge son regard dans le mien. Il hésite un instant avant de répondre.

            — Non, ce n'était pas censé se passer ainsi.

            J'ouvre de grands yeux étonnés en constatant qu'il s'est exprimé vocalement, mais surtout qu'il l'a fait en français. C'est la première fois que je l'entends parler ma langue. Je hausse un sourcil.

            — Tu as peur qu'on nous surprenne ?

            — En quelque sorte...

            Un éclat de rire amer m'échappe.

            — Si tu espères encore me faire croire que tu fais partie de la résistance...

            — Je n'aurais pas cette audace.

            Je grogne. Il commence à me courir sur le système.

            — Qu'est-ce que tu es venu faire là, Azyael ?

            Il reste silencieux un long moment. Il imagine certainement de nouveaux mensonges à me faire avaler.

            — Je ne voulais pas ce qui est arrivé.

            — Tu en es pourtant le premier responsable.

            — Comme je te l'ai dit, ça ne devait pas se passer ainsi.

            Agacée, je me lève et me poste face à lui.

            — Ah ? Et comment ça devait se passer ? Explique-moi ; je meurs de curiosité.

            Il me lance un regard contrarié, mais s'exécute.

            — Ton apprentissage ne devait pas se dérouler comme ça. Je veux dire... Un tel phénomène ne s'était jamais produit.

            Je fronce les sourcils. Est-ce que le fait que mon esprit ait été propulsé si loin de ses limites était vraiment involontaire ? Il continue.

            — C'est la vérité. Il devait se passer en douceur. Ce qui était prévu c'est que tu apprennes à contrôler le monde autour de toi. Tu aurais alors pris la pleine mesure de tes capacités.

            J'émets un rire désabusé.

            — Oh, mais c'est ce que j'ai fait ; vous m'avez ramené.

            — Tu étais en train de mourir, Océane !

            Son éclat de voix me fait sursauter. Je crois presque déceler de l'inquiétude dans son ton. Non, je dois recommencer à divaguer.

            — Ton esprit se détachait de plus en plus de ton corps. Quelques secondes de plus et nous t'aurions définitivement perdue.

            — Et alors ? Tu me détestes, qu'est-ce que ça t'apporte que je sois vivante ou non ?

            — Je ne te déteste pas.

            — Je plains tes ennemis dans ce cas.

            Le silence nous englobe. Je songe aux paroles de mon demi-frère. Est-il sincère ? Ce que j'ai subi était-il juste une erreur, une expérience qui a mal tourné ? Quoi qu'il en soit, il est tout de même responsable.

            — Océane ? Tu es toujours parmi nous ?

            Je reporte mon attention sur lui.

            — Ouais... Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu t'acharnes sur moi ?

            Il pousse un long soupir.

            — Je voulais simplement t'enseigner ce que j'ai eu la chance d'apprendre.

            — Tu aurais pu faire le déplacement au lieu de m'attirer ici.

            — Non, tu devais venir à Étradis... Et y rester.

            Je reste perplexe un instant avant de comprendre.

            — La quête... On n'en revient toujours là, pas vrai ?

            — Tu ne dois pas l'accomplir. Elle te perdra.

            — C'est vrai que ma situation actuelle est beaucoup plus enviable. Tu es prêt à tout pour que je ne retourne pas sur terre, n'est-ce pas ? C'est pour cette raison que tu ne me libères pas.

            Il contracte la mâchoire.

            — Pas seulement. Tu as tué, Océane, tu as massacré ce pauvre garde.

            Un violent frisson me secoue à ce souvenir. Ce que la folie m'a amené à faire est détestable. Le premier coup était de la légitime défense, mais les suivants étaient de la barbarie pure et simple. Je me sens coupable, bien sûr, mais je déteste bien plus Kosatis et Azyael pour m'avoir infligé ça.

            — Kosatis est furieux.

            Je réponds par un rire méprisant et me détourne.

            — On s'est tous dit, Azyael, donc à moins que tu ne me fasses sortir, tu peux me foutre la paix.

            Il grogne de contrariété pendant que je retourne m'asseoir. Finalement, il s'éloigne et éteint derrière lui. L'obscurité retombe sur moi.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !