9 - Océane

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Océane

            Je suis foutue ; et ça m'est égal. Les connaissances s'enfuient de mon cerveau à une vitesse inimaginable, sans que je ne puisse les retenir. Tout ce qui me reste, c'est le souvenir d'une paix éternelle et profonde. Cette quiétude me manque ; j'ai le désir insoutenable de la retrouver. Puisque je ne sais plus comment le faire de mon vivant, peut-être que la mort m'y conduira.

            Dans un coin de mon esprit,  l'idée que des choses me retiennent ici-bas flotte ; mais je n'arrive pas à m'attarder dessus. À vrai dire, je n'arrive pas à focaliser mes pensées sur quoi que ce soit.

            Je reste immobile, assise à l'avant de la barque qui me ramène vers le palais. Les hommes de Kosatis ont finalement réussi à me mettre la main dessus. Ils étaient furieux de constater la mort de leur camarade. Ils m'ont traitée sans ménagement, et les civils ont vite été attirés par leurs cris.

            La nouvelle du meurtre et de mon arrestation s'est répandue comme une traînée de poudre et la foule accompagnant mon transport n'a cessé de grandir.

            Je me suis laissée faire. À ce moment-là, j'avais déjà compris que la situation était sans issue pour moi. Je meurs d'envie de retrouver l'état de béatitude que j'ai découvert quelque temps plus tôt ; mais parfois, les clameurs du peuple me ramènent à la réalité. Leur intensité me fait frissonner. Je n'avais jamais provoqué autant de haine furieuse chez qui que ce soit.

            Nous nous rapprochons du palais. Sur le balcon surplombant le canal, j'aperçois Kosatis, et derrière lui Azyael. Ils ont l'air plus que contrarié. Ce sont eux qui ont provoqué ma Révélation. En m'exécutant, ils m'y renverront. Je souris à cette idée.

            Soudain, je sens une idée se frayer un chemin dans mon esprit, une sensation grandissante qui attend que je la reconnaisse. J'essaye de l'ignorer mais elle insiste. Agacée, je finis par céder.

            Aussitôt, un sentiment de soutien et de réconfort m'envahit ; un sentiment qui m'a accompagné toute ma vie ; mais qui m'a quitté hier. Il est revenu. C'est alors que je comprends. Devon, il est en vie !

            J'ouvre alors réellement les yeux sur ce qui m'entoure. Comme je le savais déjà, je suis dans la merde, mais maintenant, j'ai conscience de ce que j'ai à perdre : Dev, mon fils, la vie... Cette quiétude que j'ai rencontrée est trompeuse. Je dois agir, et vite.

            J'observe autour de moi. Nous sommes au milieu du canal. Le seul moyen pour moi de m'échapper est de plonger. Je jette un coup d'œil à l'homme qui me surveille. Ma passivité lui a fait baisser sa vigilance. Une aubaine pour moi.

            Sans attendre, je me jette à l'eau et nage vers les profondeurs. Je dois m'éloigner d'ici le plus vite possible. Heureusement, je suis forte en apnée.

            Je sens des poussées contre ma barrière mentale, mais grâce à ma récente expérience, je suis bien plus forte. Je ne sais pas combien de temps ça va durer.

            Au bout de quelques instants, je remonte légèrement pour observer les lieux. J'ai dû suffisamment m'éloigner, vu que j'avise des racines de roseaux sur la berge et non les traditionnels canaux construits par l'homme. Ils seront idéals pour me cacher. Je m'y dirige.

            Une fois à l'air libre, j'ai besoin de quelques secondes pour reprendre mon souffle. Je sors totalement de l'eau et me dissimule dans les hauts végétaux. Seigneur ! Qu'est-ce qu'il fait froid ! Heureusement que j'ai prévu une couverture de survie. Je la sors de mon sac et m'y emmitoufle.

Par chance, je me suis dirigée dans un petit affluent, et suis maintenant dans une zone de la ville pas du tout aménagée. Plus loin, j'aperçois les lumières du centre de la cité. Quelques cris me parviennent mais sont étouffés par la distance.

            Peut-être aurais-je du rester là-bas ? Mon esprit commence à divaguer. Je me frappe la tempe pour essayer de garder ma concentration. Je dois appeler Yanael tant qu'il est temps.

            En tremblant, j'attrape mon téléphone. Une chance qu'il résiste à l'eau. Je compose le numéro enregistré. La sonnerie a à peine le temps de retentir que mon père décroche.

            — Océane ! Ça va ?

            Je papillote des yeux, tâchant de me rappeler ce que je dois lui dire.

            — Azyael... Piège.

            — Je ne comprends pas. Toi et Azyael êtes tombés dans un piège ?

            Je secoue la tête, bien qu'il ne puisse pas me voir.

            — Traître. Besoin d'aide.

            — Tu es en sécurité ? Dis-moi où tu te trouves ?

            Je ne l'entends déjà plus ; les souvenirs de mon expérience ont pris le dessus. Je laisse tomber le téléphone au sol.

            — Océane ?

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !