6 - Devon

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Devon

            Je suis toujours assis dans mon cocon blanc. Mon subconscient personnalisé se tient debout contre un mur, toujours sous la forme d'une Océane à la tenue excitante. Comment suis-je censé me reposer avec cette vision sous les yeux ? Je grogne.

            — Tu ne voudrais pas te changer ?

            — Changer de tenue ? Ou changer de forme ?

            Bonne question ? Mais Océane est la personne à laquelle j'ai le plus envie de parler. Si je devais discuter avec moi-même, je crois que je perdrai définitivement la boule.

            — De tenue.

            — C'est faisable.

            En un clignement de paupières, elle troque ses vêtements de cuir contre un survêtement confortable de couleur gris et bleu. Elle relève un regard vers moi.

            — C'est mieux ?

            — Ça fera l'affaire.

            Elle lâche un rire amusé, puis s'assoit en tailleur, et prend le temps d'attacher ses cheveux en un chignon lâche. Je fronce les sourcils.

            — C'est drôle, Océane ferait exactement la même chose.

            — Tu connais toutes ses manies par cœur. Donc, moi aussi.

            — J'ai l'impression que tu en sais même davantage que moi.

            — C'est certain, répond-elle avec nostalgie.

            — Pourquoi avoir choisi sa forme pour me parler ?

            — Parce qu'elle me manque. Inutile de nier, je sais qu'elle te manque aussi.

            Je serre les dents.

            — Je n'y suis pour rien si elle nous a quittés.

            — Elle ne nous avait jamais quittés avant ce matin.

            Je fronce les sourcils. Mon inconscient et moi n'avons visiblement pas les mêmes souvenirs.

            — Tu perds la tête.

Elle éclate de rire.

            — Ça fait longtemps que nous perdons la tête.

            Je lève les yeux au ciel et laisse tomber le sujet. Le silence s'étend une minute ou deux avant que je ne demande.

            — Pourquoi sommes-nous ici ?

            Elle relève son regard vers moi.

            — Rappelle-toi, tu es dans le coma.

            J'efface sa réponse d'un mouvement de la main.

            — Ce n'est pas ce que je veux dire. Pourquoi sommes-nous dans cette salle blanche sans rien ni personne, sans vouloir t'offenser ?

            Elle se tait un instant, puis explique.

            — C'est ton jardin intérieur. Ton endroit personnel qui te permet de te ressourcer.

            — Oh !

            Je détaille les lieux autour de moi. Ce n'est pas compliqué vu que rien ne retient l'attention.

            — Eh bien... C'est plutôt chiant.

            Un sourire amusé fleurit sur ses lèvres.

            — Il est fait pour te calmer les nerfs. Évidemment qu'il est chiant !

            Je fais la moue mais ne peux qu'accepter cette déclaration. Je plonge mon regard dans le sien.

            — À quoi ressemble celui d'Océane ?

            — Je n'en ai aucune idée. Mais on peut essayer de deviner ; ça nous occupera.

            Je fronce les sourcils.

            — Comment ça ?

            Pour toute réponse, elle claque des doigts et aussitôt le décor change autour de nous. Nous nous trouvons toujours dans une petite pièce, mais meublée celle-ci. Un grand miroir se tient devant nous, surplombant un comptoir où traînent différents accessoires de maquillage. Sur notre gauche, un portant rempli de costumes se tient. La lumière fait jour dans mon esprit.

            — Une loge d'artiste.

            Océane hoche la tête. J'observe autour de moi mais secoue la tête négativement.

            — Non, je ne pense pas que ce soit son jardin.

            — Je ne le pense pas non plus.

            Elle claque des doigts et le décor change à nouveau. Je sursaute.

            — Comment fais-tu ça ?

            — Le pouvoir de l'imagination.

            Elle avance de quelques pas et tourne en tendant les bras pour désigner l'espace.

            — Alors ?

            Une oasis s'étend autour de nous, prolongée au loin par un vaste désert. Cette atmosphère est agréable. C'est la perfection, à un détail près.

            — Il fait chaud, et Océane n'aime pas la chaleur.

            Elle approuve et répète son manège. Le décor se modifie à nouveau. Si elle continue, je vais finir par avoir le tournis.

            Nous nous trouvons cette fois-ci dans une petite clairière perdue au fond de la forêt. Un rayon de soleil nous offre juste ce qu'il faut de lumière. Une cascade de deux mètres de haut approximativement se jette dans un étang puis s'écoule ensuite dans un ruisseau. Je prends une grande inspiration et souris en reconnaissant les parfums agréables qui m'assaillent. Cet endroit est idéal.

            — Je ne sais pas si c'est le jardin d'Océane, mais je me sens bien ici. On peut rester ?

            Elle m'observe un long moment puis finit par approuver. Je m'assois alors doucement près de l'étang. Ce lieu sera parfait pour retrouver mes forces. 

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !