4 - William

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William

            La nuit s'est effacée, mais malheureusement, elle n'a pas emporté avec elle ce sentiment cuisant de défaite.

            Après notre arrivée dans la discothèque, il a bien fallu se rendre à l'évidence : N°1 s'était fait la malle. Nous sommes donc retournés jusqu'à sa demeure pour la fouiller, essayer de trouver des indices sur sa prochaine étape. Ça nous a pris le reste de la nuit pour tout rassembler et ramener le tout au centre. On étudiera tout ça sur place. Le dernier van partira dans quelques minutes, et nous avec.

            Je fais un dernier tour de la maison, pour vérifier que nous n'avons rien oublié. Je m'arrête à la porte de la salle à manger, en voyant Devon observer la trappe d'un air amer. Ça a été un coup dur pour lui. Je me mords la lèvre inférieure avant de me décider à parler.

            — Il n'a rien de plus que tu aurais pu faire.

            Il relève un regard peu convaincu vers moi.

            — Trop tard pour le savoir, désormais.

            Je grimace.

            — On n'a plus rien à faire ici. Viens.

            J'accompagne mes mots d'un geste du bras. Mon cadet reste immobile un moment avant de hocher la tête et de me rejoindre. Nous nous dirigeons tranquillement vers la sortie. Devon murmure soudain.

            — Si Éli avait été là, elle aurait su. Elle aurait pu l'arrêter.

            Un frisson de colère me secoue l'échine.

            — Mais elle n'est pas là. Arrête de la considérer comme notre sauveuse, elle ne l'est pas. On doit se débrouiller sans elle. Car si on recommence à compter sur elle..., on va le payer, tôt ou tard.

            Il ne répond pas, mais serre les dents, contrarié. Je reprends.

            — Écoute, je sais que tu tiens à elle et ça, ça te regarde. Mais reste sur tes gardes, OK ?

            Il pousse un long soupir, mais finit par répondre.

            — OK.

            Nous sortons finalement à l'air libre. Le jour ne s'est levé qu'il y a quelques dizaines de minutes, les alentours sont donc encore quasiment désert.

            Nous approchons du van. Sa porte arrière est encore ouverte, nous offrant une vision des meubles et documents que nous avons décidé d'emporter.

            Devon s'arrête au cul du camion et observe un instant l'intérieur avant de se retourner vers moi.

            — Tu sais, N°1 ne nous aura pas noté sa prochaine destination en toutes lettres. Il nous a prouvé qu'il n'était pas stupide.

            J'acquiesce à contrecœur.

            — Ouais... Mais peut-être que tu auras encore un éclair de génie.

            Il lève les yeux au ciel, puis reste pensif un instant. Il plonge alors son regard dans le mien.

            — Je ne la détesterai jamais, Will, tu devras apprendre à faire avec.

            Je hoche la tête.

            — Je l'ai compris.

            — Parfait. Donc, tu ne me demanderas plus jamais de la trahir ?

            Je fais la moue.

            — On verra...

            Il fronce les sourcils, contrarié.

            — Will...

            Il s'arrête en plein milieu de sa phrase. Ses mains agrippent ma chemise. Toutes couleurs ont déserté son visage. Je fronce les sourcils à mon tour.

            — Dev, qu'est-ce qu'il t'arrive ?

            Il pousse un râle de douleur avant de baisser les yeux vers son ventre. Je l'imite et aussitôt mon regard s'agrandit d'effroi. Là, au milieu de son abdomen, une tâche rouge s'agrandit, imprégnant sa chemise. Ses jambes ne le portent plus, et il s'écroule sur moi.

            La panique me gagne, mais ce n'est pas le moment de perdre mon sang froid. Je rattrape Devon dans mes bras et l'aide à s'allonger par terre, adossé contre ma poitrine. Je porte mes mains à son abdomen et fais pression pour empêcher le sang de s'écouler trop vite. Je crie à l'intention de nos hommes restants.

            — À l'aide, j'ai besoin d'aide par ici !

            Je reporte mon attention vers mon frère. Son regard se fait moins vif. Il lutte pour rester conscient, mais il a de plus en plus de mal.

            — Tiens bon, Devon, OK ? Tu vas t'en sortir.

            Son regard se vide un instant, avant de retrouver un semblant de concentration.

            — Will... souffle-t-il d'une voix faible. Dis-lui que je regrette... et que je l'aime.

            Je fronce les sourcils. Devon est célibataire depuis toujours. De qui parle-t-il ?

            — Je ne sais pas de qui tu parles, et tu lui diras toi-même.

            Il pousse un nouveau râle, et quelques gouttes de sang s'échappent de sa bouche. Je déglutis de terreur. Là, c'est de plus en plus sérieux.

            Mes collègues arrivent enfin sur place et restent ahuris en découvrant la scène.

            — Imbéciles, appelez une ambulance !

            Ils reprennent vite leurs esprits et s'exécutent. Je reporte les yeux vers mon frère qui a fermé les siens. Merde, le temps nous est compté. Je fais davantage pression avec mes mains, tout en regrettant de ne pas avoir fait médecine.

            Si on avait choisi une autre voie, mon frère ne se serait probablement pas fait tirer dessus par un tireur embusqué. Je lève les yeux vers les bâtiments face à nous mais évidemment, je ne vois rien à cette distance. Ça ne change rien. Je retrouverai le fils de pute qui a fait ça, mais ma priorité pour l'instant est de sauver la vie de Devon. Tiens bon, petit frère !

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !