4 - Devon

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Devon

            Je trépigne. Ces dernières heures ont trop traîné à mon goût. J'aurais aimé agir directement et mettre N°1 sous les verrous, mais on avait besoin d'une meilleure préparation, et de plus d'hommes.

            Nous sommes donc retournés au QG local du CEBY, réunir des troupes. Nous avons également étudié plus en détail la demeure de N°1. Il existe quatre sorties, aux quatre points cardinaux. Mais la fuite de N°1 n'est pas la seule option à craindre. D'après nos observations, treize gardes veillent sur sa sécurité. À se demander si ce chiffre va lui porter chance ou pas. Notre avantage est que nous les dépassons en nombre. Une équipe de cinq va intervenir simultanément à chaque entrée. On devrait s'en sortir sans trop de problèmes. C'est étonnamment facile. Est-ce que N°1 pèche par orgueil ? Peu importe, ça m'arrange.

            Nous attendons actuellement devant l'entrée nord. La nuit nous entoure de son noir manteau. Je jette un coup d'œil à Will. Ça me fait toujours bizarre de le voir en uniforme et gilet par balle, sans oublier ses lunettes infrarouges. J'ai plus l'habitude de le voir en costume cravate. À vrai dire, il est plutôt effrayant ainsi, avec cet air obstiné sur le visage.

            Je reporte mon attention sur ma montre. Nous n'allons pas tarder à intervenir. Encore quelques secondes... C'est parti !

            Mon frère fait signe à un de nos hommes, le plus costaud,  de défoncer la porte. Nous avons décidé d'intervenir le plus discrètement possible, histoire de ne pas réveiller tout le quartier. Il y parvient sans beaucoup de difficultés et nous pouvons entrer dans le bâtiment. Nous nous y engouffrons rapidement, concentrés sur les alentours.

            Deux gardes arrivent précipitamment dans le hall, mais nous nous occupons d'eux rapidement. Pendant que deux des nôtres restent pour garder l'entrée, nous continuons notre progression dans la maison.

            Du bruit nous provient de l'un des escaliers, attirant notre attention. Nous y courons, pour découvrir six gardes ennemis essayant de s'échapper. Nous avons juste le temps de nous mettre à couvert avant qu'une rafale de balles ne nous cueille. Apparemment, nos adversaires se fichent de faire dans la discrétion. Quelle surprise !

            Nous nous engageons dans une bataille de quelques minutes. Vous savez, ce genre de bataille par balle qu'on voit dans les films, celle de qui l'on dit "bon, ok, mais combien de temps ça va durer". Je vous assure que quand l'on vit ce genre de situation, le temps paraît beaucoup plus long qu'il ne l'est en réalité. Partagé entre peur et excitation, je riposte comme je peux. Ils sont en surnombre, mais notre position est meilleure et nous sommes suréquipés. Peu à peu, les bruits cessent. Je risque un coup d'œil. Nos ennemis sont tous à terre.

            Je fais signe à Will que la situation est sous contrôle. Il m'indique de le suivre et de monter à l'étage. Nous nous y employons avec attention. Nous vérifions tout le premier étage sans trouver personne.

            Alors que nous approchons du deuxième escalier, une autre de nos équipes nous rejoint, arrivant des étages supérieurs. Will fronce les sourcils.

            — Vous avez vérifié là-haut ?

            — Oui, monsieur. Aucun signe de vie.

            D'un accord commun, nous décidons de retourner au rez-de-chaussée. Nous écumons ce niveau méthodiquement, en vain, puisque nous nous retrouvons tous dans la salle à manger centrale, bredouilles.

            Pendant quelques secondes, personne ne s'exprime. Puis Will shoote rageusement dans un pied de la table principale.

            — Comment a-t-il pu nous échapper ? On a tout vérifié !

            Nos camarades échangent un regard gêné. Personnellement, je réprime ma rage et ma frustration. Je baisse les yeux au sol, tâchant de me contrôler. J'avise soudain le vaste tapis à mes pieds. L'un de ses coins est retourné. D'un mouvement du pied, je le soulève davantage et éclate d'un rire dépité en découvrant ce qui se trouve dessous.

            Will m'adresse un regard surpris.

            — Qu'est-ce qu'il te prend ?

            Un rictus étire mes lèvres alors que je soulève complètement le tapis pour découvrir la trappe qu'il dissimulait.

            — Il me prend qu'on s'est laissé avoir par une ruse vieille comme le monde.

            Il pousse un juron, et il n'est pas le seul. Nous devons tous nous sentir un peu idiot. Nous sommes censés être parmi les hommes les plus entraînés de la planète. Notre réputation en prend un sacré coup.

            Aidé de William et de quelques autres, je soulève la trappe pour dévoiler un escalier menant vers un souterrain.

            — En formation serrée, ordonne Will. On y va deux par deux. Go !

            Nous nous engouffrons dans le couloir d'à peine un mètre de large. Je me rends vite compte que ce n'est pas un vaste sous-sol, mais un tunnel. N°1 s'en est bel et bien servi pour prendre la fuite.

            Nous progressons de longues minutes. Il me semble que nous avons parcouru un bon kilomètre. Des bruits sourds et rythmés nous parviennent soudain au-dessus de nos têtes. Je fronce les sourcils.

            — Qu'est-ce que c'est que ça ?

            — Aucune idée, répond l'un de mes collègues. Mais c'est prenant comme son.

            — Ça remonte, indique Will. Préparez-vous à retourner à la surface.

            Plus nous grimpons, plus le son devient identifiable. De la musique : un beat techno saturé digne du siècle dernier. Je crains le pire.

            Nous sortons enfin pour arriver dans un nouveau couloir éclairé d'un néon blafard. Une chance pour nous, il est désert.

Mais ça ne va pas durer. La lueur des stroboscopes au loin me fait comprendre que j'avais raison de craindre le pire. Je jure en silence.

            — Une boîte de nuit, chuchote William. Ce salaud s'est enfui dans une boîte de nuit !

            Il est furieux. Comme moi, il a compris que nous n'avons plus la moindre chance de lui mettre le grappin dessus.

Yanael 2.5 - EtradisLisez cette histoire GRATUITEMENT !