Dublin... tout simplement

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Texte rédigé en 2004 et revu le 31 mai 2015

L'art de se faire rapidement une idée d'une ville internationale s'acquiert au fil de l'expérience des voyages. En ce qui concerne les deux vadrouilleurs que nous sommes, c'est à pied que nous apprenons à mieux sentir l'âme d'une agglomération et de ses résidents. Pour cette aventure-ci, nous avons usé nos semelles à cœur joie, visitant tous les coins de Dublin, souvent plus d'une fois, au cours de notre séjour trop court.

Capitale de la République d'Irlande, la cité abrite à peine 500 000 habitants (2004). Dublin est un centre historique, culturel, artistique, industriel et, bien sûr, politique. Elle attire les touristes de partout dans le monde et cela se voit dans ses rues étroites comme dans les plus larges. Ayant lu énormément sur cette ville dont le nom en gaélique Dubh Linn signifiait « l'étang noir », et dont l'origine serait un campement viking au bord de la rivière Liffey, j'aimais son allure rebelle avant même d'y déposer les pieds.

Notre première impression de Dublin nous vient du haut des airs, à travers un hublot, alors que l'Airbus 320 de British Midland fait son approche vers l'aéroport, situé à quelque 30 kilomètres du centre-ville. Sous le ciel couvert de nuages gris, ternes et plutôt foncés, l'agglomération nous apparaît très étendue. Construite en demi-lune autour du port de la capitale nationale, elle est parsemée, ici et là, de quelques hautes bâtisses de 15 ou 20 étages. Il n'y a pas d'immenses gratte-ciels accotés les uns sur les autres qui s'ingénient à couper la lumière et l'air de la mer. Une mégapole à la grandeur humaine, comme nous les aimons.

Le Jackson Court, sur la rue Hartcourt en plein centre-ville, est l'endroit où nous habiterons pour quelques jours. Sur les conseils du service touristique, nous prenons l'autobus « Air Coach » qui, pour sept euros par personne, nous déposera à moins de 500 mètres de notre gîte. De plus, son circuit nécessaire pour amener des voyageurs à divers hôtels de quartier nous permettra de commencer notre exploration de la ville, du moins... nous le pensions.

Bien assis dans le véhicule, le plan de la ville étendue sur nos genoux, nous essayons d'abord de saisir la meilleure manière de s'orienter dans la cité. Très vite, nous comprenons notre erreur. Comme c'est le cas pour la majorité des municipalités que nous avons visitées en Europe, il n'y a pas de poteau de signalisation au coin des rues. Le nom de chaque artère est affiché sur un panneau accroché sur le mur d'une maison. Aucune des plaques ne ressemblent à une autre. Ça complique les repérages, vous direz ? Mais encore ! Souvent, il n'y a aucune indication, comme si on avait oublié de remplacer l'affiche tombée on ne sait trop pour quelle raison. Ce n'est vraiment pas facile de s'y retrouver dans ces conditions et il devient totalement impossible d'identifier quelques points de repère que ce soit sur la carte que nous avons dans les mains.

La fatigue s'accumulant dans nos corps depuis près de trente heures d'avion et d'attentes interminables, nous sentons le fou rire briser notre respiration. Incapables de résister à cette hilarité, nous laissons les autres passagers réagir par des expressions faciales choquées, hautaines ou simplement amusées. C'est ainsi que nous décidons de ranger nos cartes et de nous fier au chauffeur pour retrouver la position exacte où se situait notre hôtel. Pourquoi avons-nous l'impression qu'il se moquait de nous ? De notre air apeuré ? De notre accent canadien ? De notre allure fatiguée ? Nous le trouvons tout de même très sympathique avec son sourire narquois et son langage irlandais très prononcé. Il nous restait à savoir s'il nous débarquerait au bon endroit...

Quarante minutes suivant notre départ de l'aéroport, l'homme taquin arrête son autobus sur un coin de rue puis il nous aide à déposer nos immenses bagages sur le trottoir. OK. Étrange. Gentiment, il nous informe qu'il faut nous diriger vers notre gauche pour nous rendre à notre hôtel. Un peu découragée, je regarde notre matériel de voyage empilé qui contient tout notre équipement de camping, en plus des lourds sacs à dos que nous transportions sur nos épaules. Quelques 500 mètres jusqu'à notre gîte. Un trottoir grandement ravagé par les rénovations. La distance nous paraît plutôt comme vingt kilomètres. Soudain, la fatigue nous atteint de plein fouet. Plus d'une fois, au cours de ce petit trajet, je me suis demandé pourquoi nous n'avions pas investi 40 euros afin d'éviter cet exercice inhumain. Bon ! Il faudra s'en souvenir au retour !

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant