Chapitre 4 : Le Chemin de Traverse

Depuis le début

A midi, ils déjeunèrent au Chaudron Baveur. Ilåna avait peur qu'on lui serve de la bave de crapaud sur son lit d'asticots aux doigts de Humpa-Lumpa, mais non, ils eurent droit à un véritable pudding (et bon, qui plus est !)

Trop d'images, de mots et d'émotions tourbillonnaient dans la tête d'Ilåna pour faire une phrase construite, elle hésitait entre rire et pleurer, et elle ne disait rien. Quant à Caleb, il paraissait perdu. Ilåna ne voyait pas très bien pourquoi son père avait voulu qu'il vienne, mais peu lui importait. Elle était heureuse de passer un moment avec son père et son frère, un de ces moments qu'elle avait fini par oublier. Elle n'avait pas vu son père heureux depuis longtemps. D'habitude, il y avait toujours ce boulot qu'il n'arrivait pas à finir, ce patron qui l'exaspérait, et cette tristesse qui l'accablait, toujours la même, dont il n'avait pas réussi à se remettre.

Parce qu'au fond, il manquait deux personnes à ce joli tableau -

On t'annonce que tu es une sorcière, se dit Ilåna, et voilà à quoi tu penses ?

Sorcière. Sorcière. Sorcière.

Rien à faire, Ilåna n'arrivait pas à s'y habituer. Pour elle, les sorcières, c'était les créatures mythologiques, les monstres du Moyen-Âge, les déguisements d'Halloween. La matinée qu'elle venait de passer avait tout chamboulé.

Mais ça va, c'est cool.

Parce qu'après tout, à Poudlard, elle finirait bien par trouver sa vraie place... Non ?

Après s'être gavés de pudding et de gâteau glacé, ils reprirent leurs courses. Des balais resplendissants, des costumes colorés brillaient dans la vitrine d'un magasin appelé « The Quiddich League », mais la liste de fournitures indiquait clairement que les Première Année n'avaient pas droit au balai. Dommage, c'était un des trucs qui faisait rêver le plus Ilåna.

Puis vint le moment d'acheter la baguette magique.

Ilåna poussa la porte d'une boutique poussiéreuse dont l'enseigne disait « OLLIVANDER - Fabricant de baguettes depuis 378 avant J.C. » Son père et son frère attendaient dehors.

Presque aussitôt, un vieillard aux cheveux ébouriffés et aux sourcils hirsutes surgit derrière elle, faisant sursauter Ilåna.

- Bonjour ! s'exclama-t-il en lui serrant la main. Je suis M. Ollivander, fabricant de baguettes de première qualité. Que cherchez-vous ?

- Je... Heu... Une baguette, je crois, répondit Ilåna, mal à l'aise.

- Bien sûr, bien sûr. (Le regard du vendeur inspectait Ilåna de la tête aux pieds. Il sortit un mètre-ruban et commença à la mesurer.) Quel est votre nom ?

Ilåna se sentait toujours aussi mal à l'aise.

- Ilåna Stayne, monsieur, bredouilla-t-elle.

- Très bien, fit-il distraitement.

Il s'éloigna parmi les rayonnages de sa boutique, qui était beaucoup plus grande qu'elle n'en avait l'air, et Ilåna s'aperçut que le mètre-ruban continuait de prendre des mesures tout seul.

- C'est bon, ordonna M. Ollivander, et le mètre-ruban s'arrêta immédiatement. (Il lui tendit une baguette, qui était longue et noire.) Tenez, essayez celle-ci.

Ilåna saisit la baguette, qui n'était qu'un vulgaire morceau de bois entre ses mains. Elle se concentra, essaya de faire surgir quelque chose - mais il ne se passa rien.

Ilåna reposa la baguette. Elle se demanda si elle s'était trompée quelque part.

- Bien sûr, bien sûr, dit M. Ollivander. Essayez celle-là, plutôt.

Il lui tendit une autre baguette, plus courte, taillée dans un bois noueux.

- Bois d'if, dit M. Ollivander. Et plume de phénix. Très résistant. Allez-y ! ordonna-t-il.

Une fois de plus, Ilåna agita la baguette, et une fois de plus, il ne se passa rien.

M. Ollivander lui tendit une troisième baguette.

- Bois de Frêne, dit-il, et ventricule de dragon. 24, 11 cm. Souple et maniable.

Ilåna saisit la baguette et sentit immédiatement un contact chaud sous ses doigts. A cet instant, elle eut l'impression qu'elle serait capable de tout.

Avec un bruit de moteur, la lumière du magasin décupla de puissance. A un moment, cela devint tellement fort qu'une des lampes explosa.

Ilåna reposa précipitamment la baguette.

- Eh bien, voilà, fit M. Ollivander d'un air satisfait. Je crois que nous avons trouvé votre baguette, Mlle Stayne.

Ma baguette, répéta Ilåna dans sa tête, fixant le morceau de bois. Ma baguette.

- Votre baguette est puissante, commenta M. Ollivander. Ou bien est-ce vous qui l'êtes ? Les théories diffèrent à ce sujet... Mais sachez une chose, Mlle Stayne : C'est la baguette qui choisit son sorcier, et non l'inverse.

- Heu... D'accord, fit poliment Ilåna, qui n'était pas sûre de bien comprendre.

Elle alla chercher son père pour qu'il vienne payer la baguette, puis ils repassèrent par le Chaudron Baveur avant de retrouver ces rues de Londres qu'Ilåna connaissait bien. Quand ils remontèrent dans le métro, le monde parut bien terne à Ilåna, qui avait eu l'impression jusqu'ici de marcher dans un rêve. Elle était épuisée, peinait à tenir sur ses jambes, et se refaisait mentalement la journée folle qu'elle venait de vivre. Quand ils rentrèrent, il était à peine 19 heures, mais Ilåna s'écroula dans son lit et sombra, une fois de plus, dans une nuit sans rêves.

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