La Reine Cassandra

119 10 3

Cassandra observait son royaume remuant.

De sa loge, elle avait une vue imprenable sur la foule qui s'agitait à ses pieds. Elle y recherchait Michel Grandbois, sans toutefois se faire trop d'illusions. Elle était certaine qu'il était encore vivant, quelque part, mais elle n'aurait su dire en quel état. S'il était capable de se tenir debout, il n'avait sans doute pas le cœur à la fête.

La silhouette d'Édouard de Larochelle se détacha bientôt. Il avait le pas rapide et décidé des mauvais jours. Il ne lui avait rien caché de l'ultimatum de Medina, de ses accusations et de son armée. Ensemble, ils avaient bu de ces mélanges d'alcool et de sang humain dont elle avait le secret jusqu'à ce que le noir se grisonne. Ils avaient parlé de fuite sans trop y croire. Si la guerre éclatait, elle embraserait le monde. Autant rester sur leurs positions et défendre leur fief. Depuis, il venait souvent s'enquérir de ses nouvelles visions et l'informer de l'absence de développements. Si Rodrigue avait un plan de bataille, il n'en avait pas informé son conseil.

De Larochelle grimpa les marches quatre à quatre. Elle n'attendit pas qu'il frappe pour lui ouvrir. La musique tonitruante dévala sur elle. Édouard, qui se répugnait à crier, lui indiqua seulement de le suivre.

Ils sortirent tous les deux sans un mot. Ils remontèrent la rue Saint-Christophe vers le nord, près de l'endroit où la rivière se mettait dans le fleuve avec un fracas rassurant. Puis ils tournèrent vers la gauche et commencèrent l'ascension de cet escalier cher aux touristes qui menait vers une voie qui séparait la cathédrale du palais princier.

« Où allons-nous?

— Au Sanctuaire. »

Elle eut un mouvement de surprise, mais elle n'osa néanmoins demander à son père pourquoi ils empruntaient cette voie plutôt que les tunnels qui conduisaient directement du Vade Retro au Sanctuaire.

L'escalier débouchait sur une rue médiévale étroite. Édouard l'attrapa par l'épaule et la traîna sur le côté, derrière les arbustes qui poussaient au-dessus de la falaise.

« Regarde. Tu vois? »

Il pointait une saillie dans les murs de pierre à la jonction entre deux bâtiments, un restaurant étoilé nomme « La Falaise » et une galerie d'art.

« Je ne vois rien.

— Regarde mieux. »

Cassandra, déjà assaillie par des rêves prémonitoires, avait mis du temps à développer la seconde vue. Des choses lui échappaient encore qui paraissaient évidentes à Édouard ou à son aïeule Clarimonde Concetti. Peu à peu, à force de se concentrer, elle remarqua une croix de sang qui déchirait un coin d'ombre.

« Un croisé.

— Je voulais que tu apprennes à les repérer. »

Il prit sa main et la guida le long de la falaise vertigineuse. Les arbustes se coloraient et allaient bientôt perdre leurs feuilles, mais ils étaient encore dissimulés au regard des mortels. Il y avait là une porte dérobée pour le Sanctuaire. Sans doute Édouard voulait-il vérifier si les croisés la surveillaient elle aussi.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !