𝐂𝐇𝐀𝐏𝐈𝐓𝐑𝐄 𝟗

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˚⊱ Un mur d'incompréhension sans la moindre fenêtre d'intelligence. ⊰˚





Ife.



Malgré la confusion qui brouille mes pensées, je m'approche d'elle avec prudence pour ne pas l'effrayer.

Oh .... Mais je la reconnais.

C'est une élève de mon école, que j'ai croisée quelques fois dans les couloirs de l'établissement , toujours flanquée d'un surveillant.

D'après ce que les filles m'avaient raconté, après son accident de voiture , un événement dont personne ne semblait connaître les détails , ses parents avaient exigé que l'école lui assigne un garde du corps. Une demande jugée trop extrême par l'administration, qui avait néanmoins accepté un compromis : un surveillant l'escorterait entre chaque cours. 

Elles disent d'elle qu'elle est d'une solitude presque spectrale. Jamais un rire, jamais une conversation. Les quelques fois où elle a été contrainte de parler, sa voix n'était qu'un murmure à peine audible, comme si les mots lui brûlaient les lèvres. Les rares tentatives de contact s'étaient soldées par un recul instinctif, comme si le simple effleurement d'un regard étranger pouvait la brûler.

Et maintenant, la voilà devant moi, seule pour la première fois. 

Yumei Sawataya, en terminale 3.

Désemparée face à cette détresse, je ressens un nœud se former dans ma gorge. Mes mains se crispent d'impuissance.

Pourquoi est-ce que je ne trouve rien d'intéressant à dire ?

Ses respons sont saccadés, irréguliers, comme si chaque inspiration déchirait ses poumons. Un halètement rauque, s'échappe de ses lèvres. Son torse se soulevait par à-coups, comme si l'air lui brûlait la gorge.

— T-Tu... vas bien ? balbutié-je.

Elle hoche la tête, mais son regard fuit le mien, se perdant dans le vide puis s'assombri par une ombre que je peine à comprendre. Quelque chose en elle semblait se briser lentement. 

Puis, je les vois. 

Des larmes naissent lentement dans ses yeux, gonflant à la lisière de ses cils clairsemés avant de déborder. Elles vacillent un instant, suspendues dans un équilibre précaire, avant de glisser le long de ses joues, traçant des sillons humides sur sa peau.

— Qu'est-ce... qu'il s'est passé ?

Pas de réponse.

Juste une nouvelle larme, qui s'écrase sur le sol entre nous. D'un geste instinctif, je tends la main, essuyant sa joue avec ma mitaine, encore humide de la pluie. Le tissu rêche laisse une trace rougeâtre sur sa peau.

— Rien...Souffle finalement sa voix. Il ne s'est rien passé.

Un mensonge !

C'est Évident. Elle le sait. Je le sais.

Elle se raccroche à la machine, ses doigts se crispent sur le métal froid, les jointures blanchissant sous la pression. Ses jambes tremblent, flageolantes, mais elle se redresse.

Alors qu'elle passe près de moi, un murmure s'échappe, si bas que je pourrais l'avoir imaginé :

— C'est ma faute... J'aurais pas dû résister... J'aurais dû faire ce qu'il m'a dit...Comme toujours.

Quelqu'un lui a fait du mal. Et elle croit que c'est de sa faute.

C'est bien tu sais résumée...

CARELESS [ En Pause ]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant