La Guerre des ogres

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« Après un temps, les recherches ont avancé. On a découvert que ce qui infectait les contaminés transformait leur ADN. Pas énormément, mais assez pour que la définition légale d'être humain ne s'applique plus à eux. Alors on a pu arrêter les conneries. Les capturer avait été extrêmement difficile. Ces enculés n'étaient pas sensibles aux drogues, ils pouvaient briser leurs chaînes, défoncer un mur pour sortir d'une cellule, mettre les gardiens en morceaux. En fait, ils aimaient les gardiens : des poches de sang frais. Plus il y avait de gardiens, et plus l'évasion devenait facile. En capturer un pouvait coûter la vie à toute une unité, et le maintenir en captivité exigeait une fortune. Pire : certains semblaient commencer à se douter de quelque chose, et ils ont organisé des évasions, au cours desquelles ils tuaient tout le monde : les gardes, les scientifiques, même le personnel d'entretien. Les scientifiques en particulier trinquaient. Les contaminés prenaient assez mal qu'on les étudie, semble-t-il. Ils pouvaient ramener les scientifiques avec eux et les torturer pendant des jours. On est arrivé à en sauver quelques-uns, et ils nous ont raconté : les contaminés voulaient tout savoir. Ce que nous avions appris, où étaient les données, qui d'autre travaillait sur le projet. Des types parfaitement innocents ont été enlevés, torturés et assassinés simplement pour avoir eu des données sous les yeux. J'aimerais bien vous raconter les méthodes préférées de ces salauds, mais ce serait trop dur pour des filles comme vous. Il n'y a qu'à savoir que tout était bon : perçeuse, torche, fil de fer chauffé au rouge, rasoirs. Ils allaient jusqu'à leur donner leur propre sang pour les rendre plus résistants et les torturer encore davantage.

Ils n'étaient pas légalement humains, alors on n'avait plus à se gêner. C'était fini, les prisonniers. On a commencé à nettoyer les caves à la grenade ou au lance-flamme avant de descendre. Parfois, quand on tombait sur un nid, on pouvait faire évacuer un bloc en entier et tout incendier. On en capturait parfois, par chance. Dans ces cas-là, on leur amputait les quatre membres et on leur crevait les yeux avant de les amener. Ça peut sembler barbare, mais c'était le seul moyen. »

À mesure que le récit avançait, Hélène et Guenièvre prenaient peu à peu un air grave. Elles ne s'attendaient pas à un tel défilé d'horreur. Comment ces choses avaient-elles pu arriver à l'insu de tout le monde?

« Qu'est-ce qui a mis fin à l'opération? »

Frank haussa les épaules.

« Questions de priorités. Les contaminés étaient amenés dans les laboratoires en mer, sur des plates-formes. Ça coûtait une fortune. Puis il y a eu la crise. Le chômage partout, la pénurie d'eau potable, les inondations. Quand votre QG est inondé, que les gens veulent vous attaquer pour prendre vos armes ou vos rations et que la ville entière est soit pillée, soit rançonnée, les histoires de contaminés deviennent secondaires. Les gens ont renié leurs gouvernements un peu partout. Ils ont décidé de refaire confiance au grand patron, en haut. Un beau jour, on nous a dit que nos opérations passaient sous la responsabilité de l'Inquisition. Faut dire que les prises se faisaient rares. On m'a donné cette maison, une prime de séparation et une pension confortable; qu'est-ce qui me restait à faire? Je n'ai jamais su ce qu'il était advenu du reste de l'opération; je crois bien qu'ils ont fermé le livre, peut-être pour de bon.

« Mais je ne peux pas m'empêcher de penser à eux, là, dehors. Les contaminés. On en a tué un sacré paquet, mais c'est une maladie. Suffit qu'il y en ait un qui décide de la répandre, et en une semaine ça peut devenir pire qu'avant. J'espère que cette Inquisition fait du bon boulot. »

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !