Ce n'était cependant pas parce que je n'avais pas claqué la porte de ma chambre pour faire comprendre à Ronan qu'il m'agaçait que j'allais pour autant le rejoindre dans mon salon. Je m'installais sur le sol dans l'angle de la pièce. Je ne voulais pas me mettre sur mon lit, je savais que je m'endormirais, ce que je voulais éviter.

Malgré la résistance que j'imposais à mon corps pour ne pas dormir, mes yeux se fermèrent tous seuls et je fini par m'endormir, la tête calée contre le mur.

Je me réveillais deux heures plus tard, en sueur, à cause d'un cauchemar, qui ressemblait à ceux que j'avais imaginé. Je voyais mon père s'avancer vers un bâtiment immense qui paraissait désert, j'entendais ses bruits de pas. Et tout se terminait par une immense explosion.

J'avais crié dans mon sommeil. Ronan s'était précipité vers moi. Il m'avait cherché des yeux jusqu'à ce qu'il me trouve, dans le coin de ma chambre. Je m'étais redressée, sans dire un mot. Il n'avait pas osé poser de question après mon regard noir. J'étais passée dans la cuisine pour faire du café. Je lui en avais proposé, qu'il avait accepté.

Nous nous étions installés, en silence sur mon canapé. Aucun ne parla pendant ce qui me sembla être des heures.

Soudain des coups frappés à la porte retentirent. Je regardais l'heure, il était sept heures. Je n'attendais personne, j'hésitais à me lever pour ouvrir. Mais Ronan était déjà devant la porte quand je le stoppais.

- J'ai peut-être perdu mon père mais je ne suis pas soudainement devenue incapable d'ouvrir la porte de chez moi !

Dis-je d'une voix agressive. S'il se demandait si j'étais revenu à de meilleurs sentiments que la veille, il avait désormais sa réponse. D'un autre côté, les heures que nous venions de passer sans se parler pouvaient aussi être un indice.

Il recula au moment où je posais la main sur la poignée. Avant d'ouvrir, je le regardais, il avait l'air fatigué, je devais avoir une tête encore pire. Je me demandais s'il avait pu dormir un peu avant que je ne le réveille par mes cris. Et je n'étais pas vraiment méchante, simplement agressive. Je n'allais certes pas m'excuser de mon comportement, mais je pouvais devenir gentille, ne m'étais pas promis d'essayer de faire des efforts avec lui ?

- Si tu veux, tu peux aller prendre une douche, de toute façon, ça doit être Del. Fouille dans les tiroirs, tu trouveras tout ce dont tu as besoin.

J'ouvris ensuite la porte, et comme je l'avais prédit, c'était ma meilleure amie, cela ne pouvait être qu'elle. Après tout, je lui avais demandé de passer... Je m'effaçais derrière la porte pour la laisser passer. Et quand Ronan fut sûr que je n'étais pas en danger (comme si les méchants allaient sagement attendre derrière la porte que je leur ouvre, pensais-je, cynique...) il partit dans la salle de bain. J'hésitais à le retenir un peu. Je n'étais pas certaine de parvenir à parler à ma meilleure amie. Mais je ne voulais pas le mêler à tout ça.


Je n'eus même pas besoin de dire ce qui était arrivé pour que Del comprenne. Elle savait. On était comme ça, quand il arrivait quelque chose à l'autre, on parvenait à deviner ce qui s'était passé rien qu'en se voyant.

Elle me prit dans ses bras.

- Oh ma pauvre Tegan...

Dit-elle, ce qui représentait à peu près tout ce que je ressentais à ce moment. Elle n'avait pas besoin d'en dire plus. Cela me suffisait. Elle était là. Nous étions toutes les deux. Nous allions pouvoir nous en sortir.

Nous restâmes dans les bras l'une de l'autre pendant assez longtemps pour que Ronan revienne de sa douche. J'avais les larmes aux yeux, mais j'estimais avoir suffisamment pleuré pour remettre ça encore une fois. D'autant que j'avais des tonnes de choses à faire, du moins, je le supposais. Je n'en savais rien en fait... J'étais perdue...

Je me ressaisis rapidement, m'écartant de Del.

- Qui veut du thé ou du café ?

Demandais-je d'une voix qui, je l'espérais, reflétait une assurance que j'étais loin de ressentir. J'avais Del avec moi et je savais que nous allions y arriver. Mais sur le moment, j'avais l'impression d'être à la dérive.


Ronan paru interloqué par ce revirement d'émotion et Del ne dit rien. Mais elle savait comment j'étais et cela ne devait pas l'étonner. Elle passa derrière moi, attrapa trois tasses et mis de la poudre de cappuccino dans sa tasse et dans la mienne. Elle me connaissait si bien. Elle se tourna vers l'homme.

- Et vous ?

Lui demanda-t-elle. Je remarquais qu'elle le vouvoyait quand je n'avais à aucun moment envisager de lui montrer ce respect-là. Mais j'avais eu mes raisons la veille. Quoique, j'aurais aussi pu lui témoigner une froideur sans fond en le vouvoyant. Mais j'étais plutôt impulsive.

- Café aussi, merci.

Répondit-il.

Je mis l'eau à chauffer, et pendant ce temps, je sortis des viennoiseries à faire rapidement, au four. Je les préparais et les cuit. Je sorti une assiette pour les entreposer. Une fois prêt, je les posais sur la table basse et amenais les trois tasses. Pendant ce temps, sans doute pour ne pas se sentir en reste, le policier avait ramené dans la cuisine et rincer nos deux tasses utilisées un peu plus tôt.

Je m'assis sur le canapé, là où, la veille, Ronan m'avait raconté comment mon père était mort.

- Servez-vous

Dis-je aux deux autres. Quant à moi, je ne me sentais pas vraiment le cœur à avaler quoi que ce soit.

En observant Del et Ronan, je remarquais que ma meilleure amie tremblait. Trop centrée sur moi-même, je ne m'étais pas rendue compte qu'elle pourrait être aussi atteinte par cette perte. En l'appelant, je ne pensais qu'au soutien qu'elle pourrait m'apporter. Je n'étais pas une bonne amie : je n'avais pas pris en compte les sentiments que Del pourraient ressentir. Elle aimait beaucoup mon père. Je la pris dans mes bras.

- Ne t'inquiète pas Del, ça va aller. On surmontera aussi cette épreuve.

Ronan me dévisagea, comme s'il ne comprenait pas que j'apporte mon soutien à ma meilleure amie. Pour lui, le rapport devrait sans doute être inversé, que ce soit elle qui me console. Mais elle avait très bien connu mon père. Elle avait passé des semaines entières en vacances avec nous. C'était un peu comme un oncle pour elle. Je savais toutefois, qu'il valait mieux que je ne lui impose pas le récit des conditions de la mort, elle était assez sensible.


Del faisait partie de la famille presque. Ses parents n'étaient pas des modèles. Ils n'étaient jamais là pour elle. Ils partaient un peu partout depuis qu'elle avait l'âge de rester toute seule. Alors, naturellement, elle avait pris l'habitude de passer chez moi. Et mon père prenait autant soin d'elle que de moi. Il lui passait des savons aussi, quand nous rentrions complètement ivres, et même si elle ne l'avait jamais dit, je savais qu'elle se sentait appartenir à une vraie famille dans ces situations. Ses parents n'auraient même pas vu qu'elle était ivre alors forcément...

Je me tournais vers Ronan, une main toujours posée sur l'épaule de Del.

- Comment ça va se passer maintenant ?

Demandais-je. J'avais compris que je n'allais pas me débarrasser d'eux facilement et par 'eux' j'entendais toute l'équipe de mon père. Et encore moins avant ses funérailles.

- L'équipe va s'occuper de toutes les démarches administratives pour l'enterrement. Et on t'apportera notre aide pour l'organisation de la cérémonie. Ce ne sera pas facile... D'autant que cette affaire est déjà relayée dans les médias... Il y aura du monde Tegan...

Malgré la colère que je ressentais contre lui pour tout le reste, je lui étais reconnaissante, à lui mais aussi à toute l'équipe de mon père, de ne pas me lâcher dans une pareille situation. Pourtant, je ne les connaissais pas. Aucun d'eux. Mais ils ressentaient la même chose que moi, eux aussi avaient perdu quelqu'un. Et je savais que ce seraient les seuls à pouvoir me comprendre vraiment, avec Del bien sûr.

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant