Je n'adorais pas spécialement les comédies romantiques, c'était plutôt le genre de Del, mais je reconnaissais aisément que ces histoires avaient un pouvoir de détente extrême. Et puis, une fois de temps en temps, j'appréciais de savoir que tout allait bien se terminer. C'était évident dès le départ que les deux personnes qui se haïssaient ou qui n'étaient pas faite du tout pour s'entendre allaient finir par s'aimer. Tellement prévisible que je souriais en voyant tous les événements mis en travers de la route du futur couple. Parfois j'aimerais être comme Del et croire que la vie pouvait aussi bien tourner que comme dans un de ses films préférés. Mais je ne serais pas moi si je croyais à ce genre de chose. La vie était cynique et rien ne se terminait jamais bien.

Il fallait d'abord que je rentre chez moi. J'entrais dans l'immeuble qui abritait mon studio. Je gravis les escaliers rapidement, j'avais hâte d'être enfin chez moi. La journée avait été épuisante, après une matinée avec Del j'avais passé le reste de mon temps à me donner au maximum au boulot. Les deux hommes du café m'étaient complètement sortit de la tête.

Je poussais la porte de mon chez moi, je jetais négligemment les clés sur le vide poche, déposais mon sac sur un fauteuil et me servis un verre de jus d'orange. Je le bu tout en parcourant mon courrier. J'en profitais aussi pour déterminer le repas du soir. J'avais encore des restes d'une pizza que j'avais commandée la veille. Avec une salade, cela serait parfait et comme cela je n'aurais rien à préparer. Je pourrais profiter d'une vraie soirée détente.

Laissant mon portable sur la table de la cuisine, je me rendis dans ma chambre pour prendre cette douche si prometteuse. J'ouvris la fenêtre de la petite salle d'eau qui ne tarderait pas à être pleine de buée et je me laissais aller sous l'eau bouillante qui coulait sur mon corps. Je me sentis très rapidement mieux.

Je n'avais aucune idée du temps que j'étais restée là, l'eau ruisselant sur ma peau, quand je fus ramenée dans le monde réel. J'étais perdue dans mes pensées, ne cherchant qu'à obtenir la plus grande détente possible et c'est la raison pour laquelle les coups frappés à la porte me parurent être une illusion. Mais ces mêmes coups se reproduire une deuxième puis une troisième fois.

- Oui, j'arrive !

Criais-je à l'attention de celui qui s'acharnait sur ma porte. Je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait. Je ne devais avoir aucun visiteur dans la soirée. Ce devait être ma meilleure amie ou peut être Éric, si j'avais oublié quelque chose au café. C'était courant que Del passe me voir, le soir. Elle vivait toute seule et moi aussi alors nombre de nos soirées avaient été improvisées au dernier moment. Aussi bien elle était derrière la porte avec un saladier de pop-corn et le DVD de son film préféré du moment, qu'elle voulait absolument que je regarde. Même si j'avais pensé que cela puisse être Éric, j'en doutais toutefois, j'étais à peu près sûre de n'avoir rien laissé au café. Cela m'était déjà arrivé d'oublier mes clés, mais alors, je n'aurais pas pu rentrer chez moi, c'était une évidence.

Mais dans le fond, je savais que ce n'était pas normal. Del m'aurait prévenu, Éric m'aurait simplement envoyé un sms au pire. Je ne voulais juste pas imaginer le pire. Mais j'étais conditionnée ainsi. Le pire arrivait toujours alors autant être prête à l'affronter. Qu'est-ce qui m'attendait ?

Je passais mon peignoir et traversais rapidement la pièce pour me retrouver devant la porte. J'eus fortement envie de ne pas ouvrir, parce que j'avais peur, peur que ce soit un flic qui vienne m'apprendre la mort de mon père. Et je n'aurais pas pu être aussi clairvoyante que ce soir-là...

J'ouvris la porte après une lutte intérieure de quelques secondes. D'une part, ce pouvait être quelqu'un d'autre avec un tout autre motif, peut-être ce type du café où j'étais allée avec Del le matin même et d'autre part, même si c'était une mauvaise nouvelle, ne pas ouvrir ne ferait que me maintenir dans l'incertitude.

Une fois la porte ouverte, je ne reconnus pas le type qui aurait bien aimé me draguer. Non mais à quoi je pensais ? Ça n'aurait pas pu être lui puisqu'il ne savait même pas comment je m'appelais... Alors trouver mon adresse...

Le mec en face de moi était en costume, il était très sobre et classique dans son pantalon noir et sa chemise blanche. Il ressemblait fortement à mon père lors de cérémonies qui n'impliquaient pas un uniforme... L'homme était relativement jeune, juste vingt-cinq ans selon moi. Je ne l'avais jamais vu. Je ne savais pas qui il était. Mais il me connaissait visiblement...

- Bonsoir Tegan, je peux entrer ?

Je le dévisageais un instant et resserrait ma prise sur la porte pour lui faire barrage. Comment il connaissait mon nom lui ? Et de quel droit s'invitait-il chez moi ? Mais mon regard dû être transparent puisqu'il apporta immédiatement les explications de son comportement.

- Je travaille... travaillais pour ton père. Il faut que je te parle et je pense que ce serait mieux qu'on ne fasse pas cela sur un pas de porte... C'est pour ta sécurité.

Je m'écartais suffisamment pour qu'il puisse franchir l'entrée. Une fois encore le pire s'était produit, si j'en croyais l'imparfait utilisé par cet homme... Cet inconnu...

Tegan, fille de flicLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant