Prologue

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Vendredi 07 Juillet

Un courant d'air caresse mes longs cheveux bruns. Le regard vers l'extérieur comme à mon habitude, je n'écoute pas un mot de ce que Monsieur James peut bien raconter, en ce dernier jour de mon année de seconde. Plus passionnée par le beau Jonas que par la vie politique au seizième siècle, j'attends patiemment que la cloche sonne la fin des cours, et de mon calvaire par la même occasion.

Après la sonnerie, j'attrape vivement le sac à main qui me fait office de sac de cours, et me dirige lentement vers le couloir. Hors de ma salle de cours, je suis presque émue de quitter ce lycée miteux. Je redescends très vite de mes pensées lorsque quelques lycéens qui, comme moi, ont hâte d'être en vacances, me bousculent.

Je me pousse sur le côté afin d'éviter un groupe de jeunes en furie. Je souffle un coup en replaçant une mèche brune derrière mon oreille gauche. Une fois le couloir légèrement dégagé, je saisis enfin mon courage à deux mains et sors de cet enfer appelé : "lycée".

D'habitude, le vendredi après les cours, je vais voir ma psy. Je ne suis pas folle, juste "psychologiquement affaiblie" selon tous ces cons. Et pour avoir plus d'informations, il suffit de demander à mon médecin, qui se fait une joie d'expliquer à tout le monde, surtout à mes parents, à quel point je suis perturbée par la mort de ma petite soeur.
M'enfin, qui ne le serait pas ?!
M'envoyer raconter à un inconnu mes problèmes n'était pas la solution. Sérieusement, quoi de mieux que des fous pour rendre fou quelqu'un ? Osez me dire que les psy ne sont pas "psychologiquement affaiblis" eux aussi, après avoir passé leur vie à écouter des gens parler de leurs problèmes.
Mme Faith avait beau être très gentille, elle était aussi dérangée que je peux l'être. Et je suis contente de quitter cette vieille dame.

Je monte dans mon bus et enfonce mes écouteurs dans mes oreilles. La musique est ma meilleure amie, à égalité avec tout ce qui peut être comestible.
Elle est ce qui me permet d'être seule, sans pour autant le ressentir. C'est reposant, apaisant, et c'est devenu vital pour moi depuis que Noah nous a quitté.
Après ce court trajet, je rentre chez moi pour boucler mes valises. Je monte dans ma chambre et finis de ranger mes dernières affaires.

Cette année, je ne pars pas en vacances. Plutôt que de continuer à faire souffrir mes parents avec ma pseudo-dépression -pour reprendre les mots de mon abruti de médecin- et voir Mme Faith se dégrader en même temps que moi, j'ai décidé de partir. Du haut de mes seize ans, je vais intégrer un internat réputé, à 3h30 d'avion de chez moi.
"C'est une école prestigieuse pour les jeunes talents comme toi " me rapelle souvent mon père. Sans me vanter, j'ai toujours eu une facilité dans le domaine de la danse. Une chance que je sois douée pour une chose dans ma vie, elle est déjà assez déprimante comme ça.

Après avoir fini mes bagages, je pense à faire mes adieux à mes amis, puis je me rappelle que je n'ai pas d'amis. Alors, dans un dernier soupir, je prends mes valises et monte dans ma voiture avec mes parents en claquant la porte.

Demain, je serais là-bas. Je suis trop jeune pour me lamenter sur mon sort, et il est temps que je me réveille. Perdre ma petite soeur a été dur, mais en voyant ma mère à l'hôpital après une tentative de suicide m'a fait un électro-choc. Si je ne me reprends pas, personne ne le fera pour moi. Et mes parents ne pourront pas passer à autre chose. Il est temps que je me resaisisse.
Demain je serais là-bas. Demain je commencerais une nouvelle vie loin d'ici, loin de tout. Le futur paraît toujours mieux, et même si la vie semble vouloir s'acharner sur moi, elle n'a pas idée de ce dont je suis capable d'encaisser.

Je ne suis pas "psychologiquement affaibli", et la fumée noire que j'ai toujours laissé trainer derrière moi va se dissiper, je le sais.

[...]

" Je me levai en courant. J'étais essoufflée, paniquée, je tremblais. Je couru jusqu'à la salle de bain et passai mes mains sous l'eau, je n'arrivais pas à reprendre mon souffle, mes larmes coulaient toutes seules. Je lavai mes mains, toujours tremblotantes, pendant deux ou trois minutes, jusqu'à ce que je sente un souffle chaud dans mon cou me provoquer un frisson, et qu'une main passe au dessus de mon épaule pour fermer le mitigeur.

Je levai les yeux du lavabo et regardai dans le miroir en face de moi. Aaron, dans mon dos, me regardait avec intérêt et incompréhension.
Je me retournai pour me mettre face à lui. Les larmes dévalaient lentement mes joues en silence, j'étais toujours essoufflée, j'avais peur. Il s'approcha alors encore plus près de moi et hésita un instant, avant de me prendre dans ses bras. J'étais contre lui, dans le silence. Mes larmes coulaient toujours et humidifiaient légèrement ses épaules. Doucement, je me calmais.
Lorsqu'il senti que j'allais mieux, il posa ses mains sur mes épaules et me décolla de son torse. Il plongea son regard inquiet dans le mien. Son regard me transperçait, et je ne pu le soutenir bien longtemps. Je regardai ma main droite pour vérifier qu'il n'y ai plus de sang dessus. Elle était propre, bien que blanchie par la fraîcheur de l'eau.
" - ça va mieux ? Me demanda t-il, soucieux.
- ça va. " Répondis-je peu sûre de moi, en essuyant mes larmes du revers de la main. "

SKY - Fumée Noire - EN CORRECTION (encore, oui)Lisez cette histoire GRATUITEMENT!