JADA
Longtemps, j'ai cru à tort que mes émotions négatives n'étaient pas légitimes. Parce que l'on m'a toujours appris que sans traumatisme, il n'y a pas de raison d'aller mal. Pourtant, le vide a toujours été là. Ce vide intense et sans fond. C'est devenu encore plus difficile en grandissant.
Compliqué de ressentir indéfiniment les mêmes souffrances qui étaient comme ancrées en moi.
Découlant de ce désarroi, la colère est venue épauler la douleur, transformant mon cerveau en champ de bataille et accentuant mon incompréhension. J'ai passé des années à déformer la réalité, à chercher des causes à ce qui se passait à l'intérieur de moi. Avec des médecins qui se sont évertués à me transformer en une loque impuissante à l'aide de substances chimiques.
2 mois.
Deux mois que je n'ai pas touché à la drogue. Et putain c'est dur. L'état de manque est une sensation qui ne peut être comprise que par les gens l'ayant déjà vécu. Les maux de tête, les douleurs physiques, les vomissements à répétition. L'addiction n'épargne personne, c'est un cercle vicieux. Moi, Je n'arrivais pas à résister, je survivais pour prendre le prochain cachet, ma prochaine dose. Le sentiment de soulagement était beaucoup trop jouissif pour ressentir une quelconque culpabilité. Mais quand la mort d'une personne prend le relais, la culpabilité est dure à étouffer, surtout lorsque c'est votre faute.
Soixante-trois jours de reproches, de descentes aux enfers, l'anxiété qui revient sans cesse. Elle est parfois tellement forte que seul le rappel de la sensation que cela fait de céder suffit à me faire tourner la tête. Je me dis que c'est juste une fois... Une dernière petite fois pour soulager momentanément la douleur psychologique...
- Craig ? Craig, tu m'entends ?
Je me redresse en entendant mon collègue Miller m'interpeller. Il me regarde avec inquiétude, ce qui change de la pitié de certains de mes collègues ces derniers temps.
- Tout le monde a été convoqué dans le bureau de ton père. Une unité a été appelée pour un corps et apparemment, c'est pas beau à voir.
Je le vois sur son visage blême, qui contraste avec sa peau habituellement bronzée. Miller a le regard d'une personne qui aurait vu un fantôme.
- J'arrive, je regarde les derniers dossiers des Atramans, je cherche ce qui cloche. Ils n'ont pas pu mourir dans les circonstances présentes dans le dossier. Tout était fermé à double tour de l'intérieur et il n'y a aucune trace d'effraction, il y a forcément un élément qui cloche et...
- Ok, ok, stop. Arrête de te torturer avec cette affaire, tu vas trouver, Craig. Tu résous chacune de tes affaires. Alors, Madame parfaite, on repose ce dossier et on se change les idées avec autre chose.
- Autre chose ? Comme un meurtre sanglant ?
Je lui dis ça avec un demi-sourire qu'il me rend automatiquement. Miller reste un séducteur invétéré. Cependant, on pourrait presque dire que c'est dans sa nature, avec son physique avantageux et son uniforme. Il fait chavirer le cœur d'énormément de femmes. Dont moi. Je dois bien le reconnaître, de temps en temps, il est facile de se laisser aller avec lui. Il n'y a pas de prises de tête, pas de sentiments, seulement un bon moment partagé.
Il s'approche avec ce sourire charmeur qui ne l'a pas quitté et une démarche quasiment féline. Il fait le tour du bureau pour venir m'encadrer de ses bras et coller mon dos contre mon siège.
- Ce soir, ça te tente ? On finit en même temps.On monte chez toi ?
Son souffle chaud dans mon cou me donne des picotements, je laisse ma tête tomber doucement sur le dossier.
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VISCÉRALE
Romance// SOUS C ONTRAT D'ÉDITION - SORTIE 2025 // Jada a une vie bien rangée dans les forces de l'ordre. Pourtant, un tueur qui sévit dans les rues de new-York va venir tout bousculer. Les crimes horribles perpétrés ont un seul point commun. Un club secr...
