Le coup de fil

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Après s'être chargée de son petit-fils, Murielle retourna dans sa chambre. Elle échangea sa robe à fleur légèrement râpée (tous ses vêtements étaient heureusement faits d'un tissu très résistant) et rangea provisoirement le chapeau dans l'armoire. Elle se posa ensuite sur son lit, à attendre que Cristina se lève. Elle ne s'endormit pas, par peur de ne pas réussir à se réveiller après. Le manque de sommeil ne la dérangeait pas. Depuis qu'elle avait passé près de quatre-vingt-dix heures dans un profond trou en Australie, pays comptant des animaux parmi les plus venimeux du monde, à attendre, éveillée en permanence, que l'unité de secours vienne, Murielle arrivait à s'en passer facilement, de sommeil.


Elle repensait à cette nuit. Tout avait été répété des dizaines de fois, dans les mêmes conditions, avec même un agent nain pour simuler la présence de Jules et ainsi piéger un quelconque observateur malintentionné. Ils avaient également été très subtils au téléphone lorsqu'il s'agissait de parler de l'opération Héritage, ne laissant planer aucune idée d'essai mais bien d'exécution pour s'assurer que si leur conversation était interceptée par un espion, il se rendrait sur les lieux de l'événement et serait facilement arrêté. Pourtant, malgré les précautions, l'ennemi invisible, la menace fantôme que Murielle redoutait depuis des années, savait tout, et s'attendait à ce que cela se déroule ce jour là en particulier.


Elle tourna la tête vers son réveil; Il était déjà huit heures passées. Elle entendit ensuite des bruits de pas et la porte s'ouvrir.


-Bonjour maman, résonna la voix veloutée de Cristina.


Les cheveux d'un noir de jais, les lèvres couleur rose, la peau blanche comme la neige, ce n'était peut-être pas une princesse qui se tenait devant Murielle mais une douce apparition angélique. Cristina était une de ces personnes dont on devinait, rien qu'en un regard, l'immense gentillesse. Ses longs cheveux tressés posés sur son épaule et ses yeux noirs, toujours à moitié endormis, elle venait réveiller sa mère avec un petit-déjeuner sur un plateau et son plus beau sourire.


-Bonjour ma chérie, dit-elle, lui souriant en retour.


Ce à quoi Murielle tenait le plus au monde était bien sûr sa famille. À la vue de sa fille, tous ses doutes concernant le projet Héritage s'étaient dissipés. Elle devait le faire. Elle devait protéger ceux qu'elle aimait.


Cristina s'installa à côté de sa mère dans le lit et posa sur leurs jambes le grand plateau sur lequel un large choix de victuailles était proposé. Différentes variétés de biscuits, de quoi tartiner, du thé, du café, du chocolat en poudre, du mille-feuilles et tout ce qui pouvait se trouver dans les placards de la vieille espionne. Murielle se doutait que sa fille n'avait pas amené tout ceci pour lui proposer de choisir. Elle la connaissait, et s'il y avait une chose qui la définissait à merveille, c'était bien sa gourmandise. D'ailleurs, durant le long séjour de sa mère en "maison de retraite", Cristina avait pris beaucoup de poids, mais grâce à sa sœur qui l'avait encouragée à maigrir, elle n'était désormais que légèrement enrobée.


-Ça me rappelle quand j'étais petite, dit-elle en beurrant une tartine, à la fête des mères, continua-t-elle en la croquant, quand on t'apportait le p'tit dej avec Julie, termina-t-elle, la bouche pleine.


-Oui, je me souviens, répondit Murielle alors que Cristina venait d'avaler goulûment, et elle te criait toujours dessus pour que tu ne piques pas de biscuits du plateau.

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