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RAVEN

— Chérie, on se réveille !

— Dégage, clochard, marmonné-je.

— Clo- quoi ? Igor ! Viens chercher ta nana, j'en peux déjà plus ! réplique Cassian.

Il me frappe à l'arrière de la tête avant de s'enfuir en courant. Je reste figée quelques secondes, les yeux encore lourds, sans vraiment comprendre ce qu'il vient de se passer. Je n'aime pas ce type. Il parle trop, bouge trop, envahit mon espace comme si j'étais un objet qu'on pouvait secouer pour s'amuser. Ça me met mal à l'aise. Ça me donne envie de le frapper.

Je prends une inspiration lente et regarde autour de moi. Les murs, le lit, la lumière... Tout revient d'un coup, brutalement. La boule dans mon ventre disparaît presque aussitôt. Je ne suis pas là-bas. Pas cette fois. Je me redresse, encore un peu désorientée, comme si mon corps n'avait pas totalement suivi. Je ne suis pas encore habituée à tout ça... À être libre de bouger, de respirer sans demander.

Je finis par rejoindre Cassian au rez-de-chaussée. L'air glacial me frappe immédiatement le visage et je frissonne sous la chemise d'Ivan, beaucoup trop légère pour ce froid. En levant la tête, mon regard s'arrête sur le bâtiment, et je reste bloquée une seconde. C'est immense. Trop grand. Trop imposant. Cassian rigole en voyant ma réaction.

— Bienvenue à la maison !

Maison. Le mot résonne étrangement dans ma tête, comme quelque chose que je devrais reconnaître mais qui ne me concerne pas. Je n'ai pas de maison. Je n'en ai jamais vraiment eu. Je ne réagis pas.

— Dans mes souvenirs, je ne suis pas sortie par là pour aller à l'aéroport ?

On commence à marcher vers l'entrée et mon regard glisse partout sans jamais se poser. Trop d'espace, trop de détails, trop de choses que je ne contrôle pas. Ça m'agace presque autant que ça m'attire.

— C'est normal. On est à l'arrière du bâtiment. Quand tu es sortie, c'était par l'avant, et il y a une façade qui cache tout ça. C'est pour garder l'endroit secret.

Secret. Bien sûr. On entre par une porte en acier et je ralentis légèrement sans m'en rendre compte. L'endroit est irréel. Trop propre, trop grand, trop silencieux. Je ne sais pas si je dois trouver ça impressionnant ou inquiétant. Peut-être les deux. Ce monde ne m'appartient pas. C'est ce même monde qui m'a détruite. Et pourtant, une curiosité malsaine s'installe en moi, une envie de comprendre, de voir jusqu'où ça va, comme si quelque chose en moi refusait de reculer.

— Je te ferai visiter tout à l'heure... Pour l'instant, suivons juste Igor. Il est déjà assez énervé, me chuchote Cassian.

Je hoche la tête sans répondre. On arrive devant trois ascenseurs. Je les fixe un instant. Trois. Pourquoi trois ? Je ne sais même pas pourquoi ça me dérange, mais ça me dérange. Ivan appuie sur celui du milieu et on entre. Personne ne parle. Le silence est lourd, presque oppressant. Le hall derrière nous est vide, immense, comme si quelque chose manquait. Le ding retentit et les portes s'ouvrent sur un long couloir bordé de portes identiques. Tout est lumineux, presque trop parfait. Ça ressemble à un décor. À quelque chose de faux.

On avance jusqu'à la dernière porte. En entrant, les autres sont déjà là. Cade, Niguel et Navaya.

— Vous êtes enfin là, lance Niguel.

Navaya se précipite vers moi sans prévenir et commence à parler trop vite, trop fort, en me demandant si je vais bien, si j'ai faim, si j'ai besoin de quelque chose. Je cligne des yeux plusieurs fois, un peu perdue sous le flot de ses paroles, puis je secoue la tête. Je n'aime pas ça. Je n'aime pas qu'on s'inquiète pour moi. Je vais bien.

IGOR Où les histoires vivent. Découvrez maintenant