SOUVENIRS D'ENFANT

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Le défi: 1h pour écrire une nouvelle sur le thème "vacances d'été".

Nouvelle écrite par : Fabien Fauvel

Instagram: le_monde_de_fab

Quelle chaleur ! Mais quel bonheur !

Après tout ce temps passé enfermé, qu'il est bon de retrouver la douce caresse d'une brise ne provenant pas d'une bouche de ventilation ; de humer un air aux multiples mystères, loin du flux recyclé et filtré du quotidien !

— Papa ! J'en ai trouvé une autre !

Au bord de l'eau, ma fille joue avec une canette métallique fraîchement déterrée. Les couleurs d'origine sont encore visibles, ce qui ne manque pas d'attiser davantage sa curiosité. Car aujourd'hui, tout est prétexte à l'aventure, chaque objet émerveille son appétit et devient un trésor de guerre qu'elle ramènera sans aucun doute chez nous.

— Ne t'éloigne pas trop ! Et garde tes lunettes !

Mimant un salut militaire, elle ressert le cordon derrière son crâne et réajuste la monture avant de partir à la poursuite d'un rampant qui ne lui échappera probablement pas.

Pas un bruit, si ce ne sont ses cris d'excitation. Pas un chat, autre que nous et quelques reptiles. Je me souviens des plages bondées, des parasols par dizaines, des ballons, des vendeurs à la sauvette, des parents vociférants, des discrets et des sans-gênes, du claquement des vagues, du grondement des scooters des mers ou des vedettes tractant glisseurs et bouées en tout genre.

Mes pieds nus remuent le sable noir inoffensif, pourtant poussière de roches pulvérisées mêlée de cendres de vies animales, végétales et humaines. Triste souvenir d'un temps qui semble derrière nous à présent. Les sommets des montagnes d'autrefois dépassent timidement de la surface de l'océan et tentent de remémorer à celles et ceux qui en ont l'âge qu'ils dominaient, à peine deux décennies plus tôt, le cœur de l'Europe.

Ma montre sonne et je rappelle ma fille.

— Alors, petite aventurière, qu'as-tu attrapé dans ce seau ?

Elle tend le bras pour exhiber fièrement ses trophées. Des cloques se forment déjà sur sa peau vierge du monde extérieur. J'échange ses tributs contre un goûter bien mérité. Elle avale sans rechigner les comprimés antiradiations qui répareront rapidement son épiderme et engloutit la ration alimentaire au parfum des fruits des bois.

— À quoi ça servait tout ça, papa ?

Je contemple son trésor et ne peux réprimer une vague de nostalgie.

— Eh bien, ceci s'appelait une canette. Elles contenaient des boissons de toutes sortes, de plein de couleurs différentes, parfois pétillantes, parfois sucrées...

— Vous buviez autre chose que de l'eau ? s'étonne-t-elle.

— Oui, en effet.

— Pourquoi faire ? L'eau, ça suffit non ?

Je hoche tristement la tête, presque honteux. La vérité sort de la bouche des enfants, disait-on à l'époque.

Alors pourquoi ne l'a-t-on jamais écoutée ?

Je repose le débris métallique et retire presque aussitôt ma main.

— Tu ne vas pas pouvoir garder ça, tu sais ?

Derrière les verres opaques des lunettes anti-UV, je vois sa moue boudeuse qui se dessine.

— C'est un animal. Il doit rester en liberté. On ne peut pas l'emporter à la maison.

— Alors je veux le prendre en photo ? tranche-t-elle comme pour sceller un compromis qui ressemblerait à une semi-victoire.

— Très bien.

Elle rapproche ses petites mains pour former le carré qui fait apparaître son intercom et cadre son trophée.

— Ils vont être trop jaloux en classe demain !

Une fois, le drôle de lézard libéré, je parcours ses autres trouvailles : un morceau de verre au bord poli par les années et les vagues, le reste rouillé d'une médaille sportive, des cailloux aux couleurs dignes de pierres précieuses, une douille de fusil...

Mes mâchoires se contractent et je chasse rapidement les bruits des explosions et les hurlements qui surgissent aussitôt dans mon esprit.

Un autre temps.

Son regard est sur moi et je sens sa main sur la mienne.

— Il faut qu'on rentre, c'est ça ?

Je consulte le dosimètre fixé à mon bras et acquiesce silencieusement.

— Mais on reviendra demain ? s'enquit-elle déjà.

— Bien sûr.

— Et là, on pourra se baigner ? Si j'oublie pas ma combinaison, cette fois-ci...

Son éclat de rire cristallin et son sourire si innocent me réchauffent bien plus que le soleil brûlant au-dessus de nos têtes.

— Oui, ma chérie, on pourra se baigner. Tous les jours si tu veux.

— C'est vrai ce que dit la maîtresse, papa ?

— Quoi donc ?

— Que tout ça, c'est à nous ?

Son regard se tourne vers l'océan, les montagnes, les arbres et le ciel immaculé.

— Oui, mais vous devrez en prendre soin, tu sais ?

Elle se retourne vers moi, presque choquée, et écarte les mains.

— Bah, bien sûr ! Tout ça, c'est vraiment trop beau pour qu'on le gâche !

FIN...

SOUVENIRS D'ENFANTWhere stories live. Discover now