Chapitre 4

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L'orage grondait au loin. Les éclairs illuminaient le ciel comme en plein jour. Le vent fouettait la ville avec violence, mais cette tempête ne l'effrayait guère ; il était habitué à pire dans sa montagne natale. Terres qui lui manquaient cruellement. Malgré son rang et son devoir, il détestait Paris ; cette ville trop grande, trop étouffante. Toutefois, son confort n'était pas une priorité : le peuple l'était. Son héritage maudit ? Être comte de la Haute-Savoie. Trop de responsabilités, de lourdes responsabilités. Jonathan David De Lacour avait été élevé pour ce statut. Il se souvenait de son père qui le poussait toujours plus loin, tandis que sa mère s'était illustrée par son absence. Il n'avait pas eu des parents modèles, même s'il n'avait jamais douté de leur amour à son égard.

Seulement, il avait toujours pensé gouverner seul, loin du bonheur et de la chaleur d'une famille, d'une vraie famille. L'arrivée de Rose avait été son salut ; une jeune fille issue d'une famille aisée, l'aînée des deux enfants. Ils s'étaient rencontrés au bord d'un lac, perdu dans les montagnes. Jonathan s'y était réfugié afin de fuir son quotidien. Son sourire et son regard, jamais il ne l'oublierait. Il ignorait si cela avait été un coup de foudre, mais un coup de cœur : certes. Durant des semaines, ils s'étaient fréquentés loin de tout et de tous. Ils avaient été eux-mêmes.

Cette période était révolue depuis longtemps. Ce jeune homme à l'envie de liberté n'existait plus. Le pouvoir imposait des sacrifices. Sacrifices qu'il avait acceptés. Il s'était lui-même sacrifié. Au tour de Charlotte d'en prendre conscience désormais. Elle pensait pouvoir être libre de ses choix et elle se leurrait. Jonathan avait tout fait pour son bonheur. Il n'avait jamais imposé de limite, car elle était assez mûre. Et pourtant, aujourd'hui, il se demandait s'il n'aurait pas dû la freiner bien avant. Cette grossesse lui avait fait prendre conscience qu'il avait sans doute été trop laxiste et qu'elle n'était sans doute pas apte à assumer ses devoirs. Le comte se devait de réagir s'il ne voulait pas que sa fille se fît bouffer par sa position, qu'elle fût dépassée par les événements et qu'il lui arrivât le même malheur que sa tante Marguerite.

Dans un soupir, il posa son verre d'eau sur la table à côté de lui. L'heure de la réception arrivait et il devait être prêt. Il ajusta sa cravate gris anthracite, vérifia sa chemise blanche et chercha sa veste du regard ; il ne la trouva pas. Après un grognement, il quitta son bureau et emprunta le couloir de droite dans le but de rejoindre le salon. Un long tapis blanc recouvrait le sol. Des tableaux étaient accrochés aux murs du couloir. Ils représentaient les différents comtes et comtesses de la Haute-Savoie. Quelques meubles en bois brut étaient disposés ci-et-là avec quelques vases de fleurs fraîches.

Jonathan traversa le hall qui reliait le salon, le vestibule, la cuisine et le hall d'entrée sur la gauche. La porte était ouverte et il savait que son épouse s'y trouvait déjà. Il sentait son pouvoir apaisant sur elle.

Rose Diane De Lacour possédait une douce magie : l'empathie. Elle ouvrait son esprit pour capter les émotions des autres dans un rayon d'une quinzaine de mètres. Arrivée à l'âge adulte, elle avait évolué au point de transmettre ses propres émotions, notamment dans le but d'apaiser son prochain ; Rose utilisait son pouvoir dans ce seul but — alors que d'autres pouvaient en profiter pour attiser d'autres sentiments, parfois très dangereux.

Quand le comte pénétra dans la pièce, son épouse discutait au téléphone, sans doute avec leur fille. Elle souriait, douce et apaisante, et elle était d'une grande beauté. Jonathan la trouvait sublime dans cette robe bleu nuit. Sa chevelure brune était coiffée en un chignon tressé et de mèches rebelles — comme Charlotte le faisait régulièrement. L'homme rit à cette pensée et aux souvenirs des cheveux colorés de sa fille quelques années auparavant : rose et bleu. À ce moment, elle avait tant ressemblé à sa tante Marguerite, la jeune sœur de Rose, décédée avant la naissance de Charlotte.

Sang et PouvoirOù les histoires vivent. Découvrez maintenant