Chapitre 30 : Europe, fille de Jupiter

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À bord de l'hélicoptère, l'ambiance était étrangement feutrée. Karine s'était attendue à un bruit assourdissant, mais c'était au contraire le silence qui entourait la cabine de l'appareil. C'était la première fois qu'elle volait à bord d'un hélicoptère et la vision des milliers de lumières créant une mosaïque d'ilots de vie parmi les immeubles de la capitale était absolument magique à regarder.

L'appareil avait décollé tout à fait normalement depuis l'un des toits de l'hôpital Pitié-Salpêtrière situé en plein Paris, comme il le faisait quotidiennement pour répondre aux urgences médicales. Personne ne leur donnait la chasse, au grand étonnement de Karine qui savait l'hôpital sous protection militaire depuis leur arrivée dans ses locaux. Comment était-ce possible ?

Ce fut Korian qui lui apporta la réponse, s'adressant à elle directement dans sa tête sans avoir besoin de lui parler.

— Ce que tu as pris pour un hélicoptère est en fait un appareil un peu plus perfectionné, comme tu vas bientôt t'en rendre compte...

— Où allons-nous ?

— Dans un endroit où vos enveloppes corporelles seront à l'abri. Nous avons un voyage à faire, Karine. Un très long voyage, en compagnie de tes amis. Vos esprits auront besoin de liberté et nous ne voulons pas que le Duc en profite pour intervenir sur vos corps...

Karine se tourna vers l'arrière de l'appareil. Alexia était maintenant allongée dans une sorte de brancard et lui souriait bravement, son bras de nouveau relié à des perfusions. À ses côtés, Adam et Tom lui racontaient tout ce qui leur était arrivé.

— Je ne comprends plus rien... Pourquoi personne n'intervient-il ? Astaroth semblait contrôler toute la situation dans l'hôpital...

— Il la contrôle toujours. Il se sert de l'hypnose pour influencer les décisions des militaires. Si j'avais laissé faire, les médecins auraient tenté de prendre le contrôle de vos symbiotes. Astaroth les a persuadés qu'une invasion extraterrestre était en cours et qu'il était le seul à pouvoir leur expliquer comment créer de nouvelles armes pour y faire face.

— Et il nous laisse partir ?

— Il ne sait pas encore que nous sommes partis. J'ai modifié la trame temporelle. Tout se déroule au ralenti dans l'hôpital, alors que tout va très vite pour nous. Tu as entendu parler de la théorie de la relativité ?

— Je n'y ai jamais rien compris, avoua Karine en regardant les lumières de la ville devenir de plus en plus petites.

L'appareil montait à grande vitesse au-dessus de la capitale, mais toujours dans un silence absolu. Karine avait la sensation désagréable de ressentir le vide sous ses pieds, comme dans un ascenseur qui monte trop rapidement.

— Je suis sûr que tout cela deviendra un jeu d'enfant pour toi dès que tu auras eu le temps d'étudier la courbure de l'espace-temps. Mais nous verrons cela une autre fois. Quand le Duc aura compris qu'il a été berné, il sera déjà trop tard : notre appareil aura quitté la Terre !

— Pardon ?

Karine se colla le nez au hublot, mais recula rapidement, effrayée par ce qu'elle venait de voir. Une structure circulaire venait de surgir tout autour de la cabine, faite d'une sorte de métal aussi brillant et lisse que du mercure liquide. Des grondements sourds se firent entendre à bord, comme si de lourds objets se mettaient en place dans l'appareil. Les parois de la cabine coulissèrent, révélant d'autres murs couverts de structures géométriques complexes semblant reliées entre elles.

Le pilote et son copilote, qui n'avaient été jusque-là que deux silhouettes casquées occupées à l'avant de la cabine et dont Karine n'avait aperçu que le dos, se levèrent et s'approchèrent des adolescents, dont les sièges s'allongèrent automatiquement pour se transformer en couchettes. Des coques translucides apparurent dans leur structure et vinrent englober le corps des collégiens, les protégeant contre tout mouvement intempestif. Les deux membres d'équipage s'occupèrent ensuite d'Alexia dont les appareils de monitoring médical nécessitaient des manipulations plus délicates.

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