Chapitre 28 : Les Mondes Perdus

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Le premier regard d'Alexia est pour Karine, les yeux noyés de larmes, qui se jette sur son amie, un large sourire aux lèvres. La jeune blessée parvient à redresser sa tête encore couverte de bandages et fait un énorme effort pour répondre aux bises maladroites de sa camarade. Alexia joue les durs, cherche une plaisanterie :

- Je savais bien que je pouvais compter sur toi !

- Tu n'es pas encore tirée d'affaire, ma grande. Je t'ai juste trouvé une sorte de dopant pour tes petits neurones.

- T'inquiètes, ça va le faire ! Tout fonctionne bien dans ma caboche. Dis-donc : il y a un de ces mondes, dans cette chambre ! On pourrait pas être un peu tranquilles, non ?

Alexia se marre intérieurement, rien qu'à voir la tête que font tous ceux qui l'entourent. Les toubibs ont l'air totalement ahuris, comme s'ils venaient de voir une revenante. Les infirmières et les internes qui s'occupaient des appareils de monitoring roulent des yeux guère moins effrayés, conscients d'assister à un événement rarissime. Parmi tous ces visages plus ou moins inconnus, l'adolescente aperçoit soudain celui, ravagé de larmes, de sa maman qui tente de lui faire un beau sourire.

- Allez, ouste ! Laissez-moi un peu respirer ! Tout le monde dehors, je veux parler à ma famille !

- Vous avez entendu ? Laissons cette jeune fille tranquille. Elle a bien mérité de pouvoir rester avec ses proches !

C'était la voix grinçante du Duc d'Astaroth et Karine, surprise, le vit qui s'efforçait d'éconduire poliment tout le personnel médical qui se pressait pour assister à ce réveil miraculeux d'une malade en état de coma. Le professeur Lapernuité essaya bien de protester, mais le Duc se montra ferme et courtois, ce qui ne manqua pas d'intriguer les deux adolescentes. Il devait manigancer quelque chose...

Pourtant, le sinistre personnage alla se placer à la porte de la chambre, accompagnant les dernières personnes qui quittaient la pièce dans un brouhaha général. Intimidés, les parents d'Alexia purent enfin s'approcher de leur enfant. Sa mère lui caressa tendrement les cheveux, impressionnée par les énormes bandages qui entouraient une partie de son crâne. Son père faisait celui qui en avait vu d'autres, mais il ne trouvait pas ses mots et on voyait bien qu'il se retenait pour ne pas fondre en larmes à son tour.

Karine resta un peu en retrait, attendant que les effusions familiales se soient calmées. Elle y avait eu droit elle aussi quelque temps auparavant et ses propres parents l'attendaient à l'étage au-dessous, ne comprenant toujours pas pourquoi on ne les autorisait pas à ramener leur fille à la maison.

Après quelques minutes de pur bonheur familial, Alexia et ses parents avaient totalement oublié la présence du personnage vêtu d'un complet noir qui se tenait contre la porte d'entrée. Il se rappela à eux d'un sinistre raclement de gorge. Toutes les têtes se tournèrent vers lui. Karine sentit son cœur faire un bond. On y était !

Il s'approcha d'Alexia avec une large grimace qui aurait pu être un sourire, si les muscles de son visage émacié ne l'avaient pas déformé en quelque chose d'aussi disgracieux.

- Tu ne me présentes pas à tes parents, Alexia ?

La jeune fille hésita un long moment, ne sachant quels mots seraient le plus approprié. "Saleté de démon", "horrible cafard hypocrite", ... Ce n'était pas encore assez fort ! Ce fut Karine qui intervint fort à propos.

- Ce monsieur se fait appeler "Duc d'Astaroth". Il dirige les services français de la Défense du Territoire. Autrement dit, les espions...

Le mot fit hoqueter de surprise la mère d'Alexia.

- "Des espions" ? Mais quel rapport avec toi, ma pauvre petite Alex ?

- T'inquiète, maman. C'est à cause de cette météorite et des pierres qu'on a trouvées. Je ne sais pas ce qu'on vous a raconté à Papa et toi, mais ce ne sont pas de simples cailloux tombés de l'espace...

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