Un début prometteur

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     Le décor défilait à grande vitesse par la vitre de la vieille Golf. Les arbres, de plus en plus rapprochés, laissaient apparaître un début de forêt. Sur le siège passager, Zane soupira en contemplant les feuillages verdoyants de la fin du printemps.

     — Je n'arrive pas à croire que l'on fasse ça... murmura-t-il.

     La tête collée contre la portière, il baissa le regard vers le badge de fortune que le chef du B.E.V leur avait remis à peine une demi-heure plus tôt. Le papier froissé et mal découpé avait été plastifié. En gros caractères, on pouvait lire : Zane Fahey, consultant pour le Bureau des Enquêtes Vampiriques de Bordeaux. Une photo d'identité le complétait, mais ne parvenait pas à lui conférer une apparence plus professionnelle. Connor, concentré sur la route, laissa poindre un sourire ravi.

     — Enlève ce sourire de ton visage ! Ce n'est pas un jeu, s'agaça Zane en braquant à nouveau son regard sur le paysage.

     — Ça va, détends-toi Zane, rassura Connor, d'une voix amusée. On a déjà fait ce genre de chose.

     Zane tourna la tête vers son ami en montrant les dents. Les deux canines particulièrement longues brillèrent un instant au soleil.

     — Informateurs ! On était occasionnellement informateurs. Pas consultants ! Ce n'est pas du tout la même chose !

     Le regard rivé sur le bord gauche de la route où les voitures de police s'agglutinaient, Connor ne répondit pas. Malgré l'heure matinale, quelques promeneurs ou randonneurs observaient, depuis l'autre côté, des rubans tendus entre quelques arbres, qui indiquaient la scène de crime. Connor se gara sur un bord de route inoccupé et sortit de la voiture, l'air pressé.

     — Tu es un grand malade, lui assura Zane en secouant la tête, d'un air dépité. Tu sais que quelqu'un est mort, n'est-ce pas ?

     Connor s'arrêta. Toute trace de sourire disparut, il se tourna vers son ami.

     — Bien sûr, que je le sais, dit-il, l'air grave. Mais tu sais ce que représente cette opportunité, pour moi. Être enquêteur de police a toujours été un rêve inatteignable pour des gens comme nous. Aujourd'hui, même si nous ne sommes que consultants, je me sens à deux doigts de le réaliser.

     Zane soupira.

      — D'accord, mais ne t'attends pas à être bien traité par qui que ce soit ici, le prévint-il en lui donnant une tape amicale sur l'épaule. Ce n'est pas parce que ce programme d'intégration est mis en place que tout le monde est pour.

      Connor hocha la tête, signifiant à son ami qu'il n'ignorait rien des discriminations auxquelles ils risquaient de se heurter, puis se dirigea vers la scène de crime d'un pas rapide. Les deux hommes arrivèrent devant l'une des bandes jaunes qui fermaient le chemin de randonnée. Des promeneurs jetaient des regards mi-inquiets mi-curieux vers les policiers qui prenaient des photos des lieux. Alors que Zane et Connor s'apprêtaient à passer en dessous du ruban, les deux hommes se firent arrêter d'un bras par une armoire à glace en uniforme qui les toisa d'un regard haineux.

      — Scène de crime, vous ne pouvez pas passer, leur dit le géant d'un ton abrupt, le regard fixé sur leur médaille d'identification - une pièce de métal gravée de la lettre V sur une face, et de leur nom sur l'autre - suspendue à leur cou.

      Connor sortit son badge de sa poche, manquant de le faire tomber dans la précipitation.

      — Nous sommes consultants pour le B.E.V de Bordeaux, expliqua-t-il en lui présentant l'insigne grossièrement découpé.

B.E.V, programme d'intégrationOù les histoires vivent. Découvrez maintenant