Chapitre 1

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« J'ignore si, un jour, quelqu'un lira ces lignes. Ces quelques lignes qui témoigneront de notre passage sur terre. Au fond de moi, j'ai un terrible pressentiment, une issue fatale guette. Elle semble si proche et inéluctable. Écrire pour ne pas oublier qui nous sommes et d'où nous venons. Un témoignage pour les générations futures si elles ont encore une chance d'exister. L'espérance a toujours fait partie de moi et, pourtant, aujourd'hui, je doute et je cherche un chemin qui n'existe pas. Les Hommes ont eu beaucoup de torts par le passé, mais méritons-nous tous de périr ?

Je lève mon regard vers la fenêtre. Une mésange vient de se poser sur le rebord en bois. Intriguée, elle observe l'intérieur de la modeste demeure. Puis, elle repart, libre et sauvage vers la forêt.

Mon stylo en main, je le fais tourner entre mes doigts. Je réfléchis à mon passé, à ma vie avant d'arriver ici. À toutes ces années de luttes, de douleurs et de larmes. Je n'ai jamais cessé de rechercher la liberté, la liberté de cette mésange, et je ne l'ai jamais réellement obtenue. Toutefois, j'ai connu l'amitié et l'amour. J'ai eu la confiance et la loyauté. L'espoir, le courage et jamais l'abandon. Je me suis relevée, à chaque fois, pour avancer. Cet ensemble vaut, sans aucun doute, toute la liberté du monde.

Qu'adviendra-t-il de nous demain ? Je l'ignore et cela m'effraye. Malgré toutes les épreuves que j'ai traversées, celle d'un avenir incertain me terrifie. Autrefois, j'ai été capable d'affronter les vents et les marées. Aujourd'hui, c'est une force diminuée. Je me remémore ces visages et ces lieux du passé, des fantômes, des souvenirs que le temps finira par disperser. Certains veulent oublier, mais pas moi. Je ne pourrai jamais oublier ma ville, mon pays, mes amis et ma famille.

J'inspire profondément et je me penche sur mon cahier. " France — août 2233 ", une très bonne date. La meilleure de toute mon existence. Si loin et pourtant si proche. J'ai la sensation que cela était hier. »

France — août 2233

Était-il possible de reprendre le contrôle de sa vie ? Tout lui échappait. Elle glissait entre ses doigts telle l'eau dans la plus minuscule des failles. Elle coulait sans rien pour la retenir. Encore et encore, et sans le moindre effort. Plus rien n'avait de sens. La logique avait déserté ce monde vide d'humanité. Le poids des responsabilités s'alourdissait chaque jour. Était-il possible de reprendre le contrôle de sa vie ? Elle fuyait, insaisissable, telle une brume dispersée par le vent. Elle se cachait pour vivre. Non, survivre. Elle se faufilait à travers chaque issue. Elle refusait de se laisser rattraper. La liberté. Oui. La liberté. Existait-elle encore ? Elle n'était qu'un mot murmuré par la brise. Elle n'était qu'une utopie, car vivre enchaînée était la cruelle vérité.

Son regard vairon contemplait un lac perdu au milieu de la Haute-Savoie. Les rayons du soleil scintillaient sur la surface de cette eau de cristal. Un cri résonna entre les montagnes, probablement un aigle dans ce ciel si bleu. L'herbe pliait sous la brise, elle dansait tandis que le chant du vent finissait par se perdre. Tout était paisible, mais aucune tranquillité ne régnait dans son esprit. Seule. Elle se sentait terriblement seule. Abandonnée face à l'adversité. Comment avait-elle pu croire cette main tendue ? Comment avait-elle pu imaginer qu'il changerait pour elle, pour eux ? Chacun avait ses propres démons et certains étaient plus tenaces que d'autres.

Des larmes coulèrent sur son visage. Il rougit, irrité par les flots incessants. Elle renifla et s'essuya du revers de sa manche à défaut d'avoir un mouchoir à portée de main. Son corps frissonna, de froid, de peur ; une réaction face à l'inconnu de son avenir, face à cette route floue et boueuse. Malgré sa majorité, elle était terrorisée de cette situation, de ce qui allait se produire, de ce qui l'attendait. Les mœurs n'avaient pas évolué pour les individus de la haute société. Oh que non ! Quels étaient les mots employés par les plus âgés d'entre eux ? Indécent. Honte. Indigne. Tandis que la jeunesse se divisait. Certains, élevés au sein des conservateurs, soutenaient la démarche de leurs aînés ; alors que les autres, plus progressistes et libres s'en moquaient, ou soutenaient cette jeune femme.

Sang et PouvoirOù les histoires vivent. Découvrez maintenant