Grimaldi

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Rapidement, Grimaldi perdit toute réserve. Il sentait ses forces décupler. Il plongea vers un autre ennemi, abattit sa lame de haut en bas, manqua de peu. L'avantage était à lui, ces pauvres mortels n'avaient pas la moindre chance. Il avait toujours été un dieu de destruction ; il n'avait simplement jamais eu l'occasion d'éprouver ses capacités. Il allait les abattre tous, vider la place sans même avoir besoin de Nyoto. Il porta un nouveau coup, plus fort, mais son adversaire, déséquilibré, réussit à le parer avec son arme. Le sabre cassa net à l'endroit de l'impact. Une première balle lui traversa l'épaule. Aucune douleur, seulement une conscience furieuse d'être blessé.

Il plongea sur son ennemi, qui chut lourdement, et l'écrasa de son poids. Il tenta de le maîtriser, mais son bras meurtri ne lui obéissait plus. Ses crocs claquèrent tout près de la chair vivante. À cette distance, il percevait le sang bouillonnant de cet homme à travers sa peau. Son appétit exigeait d'être servi tout de suite. Les ennemis qui battaient ses flancs ne comptaient pas. Pourtant, à force de coups de pieds, ils parvinrent à le renverser. Ils s'éloignèrent, le tenant en joue. Il tenta de se relever, s'appuyant sur son bras blessé. Un homme tira et l'atteignit en pleine poitrine. Ce fut alors un déluge de plomb. Les salves d'armes automatiques grêlèrent sur lui, déchirant ses chairs et brisant ses os.

Il demeura longtemps impuissant, les paupières closes, à s'inquiéter du silence qui l'environnait. Puis il parvint à ouvrir les yeux.

Les autres étaient partis. Il ignorait combien de temps il était resté sur le sol, inconscient. La douleur le transperçait, mais son entraînement lui permit d'en faire abstraction. Il se rendait compte de ses erreurs. Il avait, avant d'attaquer, élaboré une stratégie. Chaque déplacement avait été visualisé avec soin. Se mouvoir au milieu d'eux pour les empêcher de tirer, frapper au niveau du cou, tuer d'abord ceux équipés d'armes automatiques. Cette frénésie commune à sa race, il avait pu l'observer chez d'autres. Chaque fois, cette folie passagère lui avait semblé vulgaire, indigne de lui. La leçon avait porté.

Il ne lui restait presque plus une goutte de sang dans les veines. Son corps, instinctivement, avait utilisé ses dernières réserves afin de reconstruire un peu sa charpente démolie. S'il n'agissait pas, il entrerait en torpeur pour des années, peut-être des siècles. Ou quelques heures, si personne ne venait l'abriter du soleil.

Il n'entendait plus rien. Il aurait pu concentrer le peu de d'ichor qu'il lui restait afin de recouvrer l'ouïe ; il préféra l'économiser. Ses assaillants n'étaient pas loin, leurs voitures étaient encore à leur place. Il rampa vers l'homme qu'il avait atteint à la tête.

Le sang des cadavres perdait rapidement ses propriétés. Seuls les Rats pouvaient s'en nourrir — c'est du moins ce que racontait la légende. Heureusement, celui-là semblait frais, peut-être simplement assommé. Il commença par coller ses lèvres à la plaie qui courrait sur sa tempe. Il ne restait que quelques gouttes à demi séchées, mais elles avaient le goût délicieux de l'espoir. Rassemblant ses forces, il saisit le tanto qu'il gardait dans un étui attaché à son avant-bras et trancha la carotide. Le flux jaillit immédiatement. Il but longuement. Et quand le cœur de sa victime flancha finalement, il ne voulut pas s'arrêter. Il taillada le corps en de nombreux endroits, léchant vivement ces petites plaies, découpant de la main tandis que la bouche suçait, avide, avant que le sang ne perde sa qualité.

Lorsqu'il se redressa, il avait retrouvé l'essentiel de sa forme, même s'il avait mal jusque dans ses os. Il avait l'impression de se relever d'une cuite ; cette idée lui arracha un rire. Boitant, il inspecta les lieux.

Plusieurs hommes étaient couchés sur le sol ; Grimaldi se rappelait avoir tué la plupart d'entre eux. Après les avoir bien regardés, il n'en trouva qu'un qui était encore debout lorsqu'il avait perdu connaissance. Il lui suffit d'un coup d'œil pour constater qu'il était vivant. Un Beretta traînait à ses côtés, près de sa main droite. Un peu de sang s'était écoulé de sa tête. La pierre qui l'avait assommé n'avait pas rebondi très loin. Un présent de la part de Nyoto.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !