Nyoto

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Nyoto, dissimulé par un buisson, n'avait rien manqué de la scène. Ces hommes connaissaient Grimaldi, aucun doute possible. Et ils l'avaient laissé passer sans lever leurs armes.

Si un combat devait éclater, Nyoto ne craignait pas les mortels. Grimaldi, aussi jeune fût-il, serait le seul véritable adversaire dangereux. Il convenait donc de l'éliminer le premier. Mais attaquer un autre membre de l'Ordre, même un subalterne, n'était pas à prendre à la légère.

« Monsieur Grimaldi, ne faites pas l'idiot. Nous avons une proposition honnête. »

Ce mortel venait de soulager Nyoto d'un cruel dilemme, mais il devait réévaluer la situation dans son entier. Tout à coup, Grimaldi devenait un allier, mais un allier qui s'était mis bêtement dans une position précaire. Grimaldi, dissimulé par la portière de sa voiture, sortit de son rouleau de carton un long sabre brillant et droit. Les technomanciens vantaient sans arrêt leurs performances en combat, voilà une occasion de faire leurs preuves.

« Nous voulons simplement discuter avec Michel Grandbois. »

Celui qui parlait était un homme massif, armé d'un fusil de chasse. Les autres attendaient, leurs regards décrivant des aller-retour entre leur chef et la voiture de Grimaldi. « Nous lui présentons notre proposition, vous la vôtre, et il choisira librement. »

À quoi cette mascarade les menait-elle ? Ils n'avaient qu'à tirer et à s'emparer de Michel ; à quoi bon discuter ? À moins...

À moins qu'ils aient peur.

À la lumière de la lune, il arrivait à voir la poussière que la sueur avait collée à leur visage, à percevoir le mouvement saccadé de leur respiration. Il s'agissait de mortels, craintifs face à Grimaldi comme devant le Destin lui-même. Ils savaient ce qu'il était, ce que cela signifiait. Difficile de vaincre un vampire sans qu'il n'emporte au moins un mortel avec lui, et personne n'avait envie d'être celui-là.

Grimaldi se redressa, tenant caché son bras armé. « Qui êtes-vous ?

— Nous pensions que vous le saviez. »

Nyoto ferma les yeux. Grimaldi venait de leur révéler son ignorance, preuve de faiblesse ; peut-être bien une de trop.

Il entendit des pas derrière lui, sur le sentier. Michel marchait bien en vue, et se dirigeait vers le stationnement, gardant loin de lui ses mains nues. Il lui avait pourtant ordonné de rester caché quoi qu'il arrive. Une balle perdue et sa mission serait un échec.

Les hommes n'esquissèrent pas un geste quand ils aperçurent Grandbois, mais Nyoto aurait juré les avoir vus sourire. Même dans la pénombre, ils ne pouvaient que reconnaître sa haute silhouette, élargie par son manteau qui battait dans le vent telle une cape.

« Que me voulez-vous ?

— Viens Michel. Nous voulons simplement causer. »

Le chef fit quelques pas, mais Michel lui ordonna d'arrêter, prêt à rejoindre en courant l'ombre des bois. « Si vous voulez me parler, vous pouvez le faire d'où vous êtes. »

Que cherchait-il ? Après avoir attendu la moitié de sa vie d'être invité par l'Ordre, il allait écouter les offres concurrentes ? Mais, à mesure qu'il l'observait mieux, il pouvait voir à quel point Grandbois était apeuré. Ses mains tremblaient.

Une rafale éclata.

Michel tressaillit.

Ce fut le colosse au fusil de chasse qui tomba.

Grimaldi avait jailli de sa voiture comme un diable en boîte et avait profité de la distraction pour ouvrir le feu. Un tireur expérimenté aurait pu tuer la moitié de ses ennemis de cette seule salve. Pas Grimaldi ; son chargeur se perdit dans le feuillage. Lâchant son arme inutile, il saisit à deux mains son sabre.

Nyoto se plia sur lui même, prêt à bondir. Maladroit au combat, Grimaldi pouvait au moins servir de distraction. Restait à guetter le moment propice et, surtout, à ne pas mettre Michel en danger.

En trois pas rapides, Grimaldi se retrouva au milieu de ses ennemis. Il tenait le sabre très près de son corps et, sans élan, trancha net les deux bras d'un homme. Nyoto ne pouvait s'empêcher d'admirer la férocité de cette attaque désespérée. Les mortels retenaient leur feu, craignant de se toucher entre eux. Il était tenté de plonger dans la mêlée, mais son instinct le poussait à rester caché encore un peu.

Grimaldi porta un coup à la tête d'un autre adversaire, qui s'écroula sur le sol. Nyoto pouvait voir ses pupilles se dilater alors que croissait en lui une envie de meurtre. Le double animal de Grimaldi prenait le contrôle, prêt à frapper sans réfléchir, ignorant le danger et la douleur. C'était un état que Nyoto connaissait bien.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !