Grimaldi

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Tout de suite après avoir quitté les deux autres, Grimaldi se rendit compte à quel point sa démarche était idiote. Un mouvement d'orgueil. Entre la clairvoyance de Michel et la puissance insolente de Nyoto, il s'était senti inutile. Et puis, un peu de zèle devant un supérieur, c'était bon pour l'avancement. Bon pour l'avancement, mais mauvais pour la santé.

Pas question de revenir, pourtant. Les technomanciens avaient toujours quelque chose à prouver.

Suivre le sentier était dangereux. Il serait à découvert, devant des adversaires armés. Le sol de la forêt était couvert de feuilles et de branches mortes ; il y provoquerait un boucan de tous les diables. Dans un cas comme dans l'autre, il était illusoire de tenter la surprise. Alors il baissa la tête, avança à pas légers, tendit l'oreille.

Bientôt, le stationnement apparu. Ils étaient une quinzaine, la plupart armés. Ils étaient tous vêtus en civil, mais Grimaldi avait déjà connu ce genre d'homme, à l'aube de la Guerre des ogres. Leur carrure et leur port droit suggéraient des militaires. C'était trop, beaucoup trop pour lui, même en supposant qu'il ne s'agisse que de mortels. Pourtant, le temps pressait. Certains s'affairaient près de sa voiture. S'ils la sabotaient, comment trouverait-il un refuge avant l'aube ?

« Monsieur Grimaldi ! »

Grimaldi se figea en entendant son nom. Qu'il ait été découvert n'avait rien d'absurde, mais qu'on le reconnaisse... Cela ne pouvait signifier qu'une chose. On l'avait trahi. Levinston ignorait où ils étaient allés. Il ne restait qu'un suspect.

Il se redressa et contempla les hommes armés qui décrivaient un demi-cercle devant lui. Il prit le parti de les ignorer. D'abord, se rendre à sa voiture, sans se faire tirer dessus si possible. Il marchait lentement. Les intrus le suivaient du regard. Il craignait leurs armes, mais espérait qu'ils hésiteraient à les utiliser.

Les hommes ne réagirent pas lorsqu'il ouvrit la portière de sa voiture. À seize contre un, ils pouvaient se permettre ce luxe.

Sa mitraillette était toujours là où il l'avait déposée. Il ressentit un court soulagement. Et quoi ensuite ? Se dresser et faire feu ? Combien pourrait-il recevoir de projectiles avant d'être hors de combat ? Accroupi et dissimulé par sa portière, il passa en bandoulière la mitraillette.

Myriam et le Cercle de ferLisez cette histoire GRATUITEMENT !