XV : Le pacte de sang

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Une maisonnette à l'ambiance accueillante s'offrit à ma vue. Je me penchais pour passer le pas de la porte et détaillais la pièce d'un regard. Etrangement je me souviens encore très bien de cette pièce alors que mon souvenir remonte à plus de treize ans.

Sur un pan de mur, une large cheminée en pierre abritait un feu vif qui illuminait l'espace. En face, se trouvait de gros fauteuils disposés sur un vieux tapis dans les tons sombres. Une table en bois sculpté, entourée en chaises assorties, reposait elle aussi sur un épais tapis. Une horloge dans un coin émettait un tic-tac continu alors que les crépitements sonores du feu venaient troubler cette régularité. Des rideaux étaient tirés sur les fenêtres et de petits meubles soutenaient des plantes vertes. A ma droite se trouvait une porte fermée et à ma gauche une autre porte entrouverte. Une grande bibliothèque meublait un autre mur et des charpentes en bois composaient le plafond. L'endroit dégageait une ambiance confortable.

Je déposais le garçon sur un des fauteuils et partis ensuite en direction de la porte entrouverte qui laissait entrevoir un couloir. Je le parcourus en ouvrant chaque porte à la recherche d'une salle d'eau. Je pris dans la pièce bien ordonnée des serviettes propres que j'imbibais d'eau chaude. Aussi étrange que cela puisse paraître, il y a l'eau courante dans cette maison isolée. Je retournais ensuite dans la pièce principale et m'assoyais sur l'accoudoir du fauteuil, aux côtés de l'enfant. J'approchais la serviette mouillée de la blessure du garçonnet d'une main mal assurée.

Je n'ai pas pour habitude de soigner des blessures, que ce soit les miennes, ou celles des autres. C'était même la première fois que je faisais une chose pareille. Après un instant d'hésitation, je plaquais le tissus sur sa plaie et essayais d'enlever un maximum de sang et de terre. Je frottais sa peau en essayant de ne pas le réveiller. Parfois son visage se tordait dans une grimace. 

Le sang séché se liquéfia à nouveau et colora la serviette de rouge tandis que la terre la noircissait. Sans surprise ma manipulation avait rouvert la plaie et le sang se remit à couler. Je m'emparais alors d'une seconde serviette légèrement humidifiée que je plaquais sur sa coupure.

Je repartis ensuite sans tarder dans la salle de bain pour trouver du désinfectant et de quoi panser la plaie. J'ouvrais tous les tiroirs et placards avant de trouver une vieille bouteille d'alcool et des pansements. Quand je remis les pieds dans la pièce, les mains chargées, je ne fis pas attention à la présence dans la pièce. Je ne me concentrais que sur sa blessure. Il fallais bien que je répare mes erreurs. J'appliquais de l'alcool sur la plaie avec un coin propre de la serviette ce qui le fit gémir. Il se tortilla pour échapper à la brulure du désinfectant.

J'interrompis mon geste et me retrouvais à nouveau nez à nez avec une paire d'yeux d'un vert intense. Je ne bougeais plus, tout à coup mal à l'aise. Je finis par détourner le regard et c'est à ce moment-là que je vis la femme à côté de la porte. Elle attendait là, le regard sur moi, les habits tachés de sang. Elle se dirigea ensuite vers le couloir alors que moi et le petit la suivions des yeux. La brune aux cheveux ondulés ressortit une dizaine de minutes plus tard, vêtue d'une longue robe droite et blanche. Une fine brodure en argent traçait des motifs sur le tissu délicat.

Pendant ce temps, je m'étais assis à côté du garçon que j'avais finis de panser. Il s'était à nouveau endormi et son petit corps tombait à moitié sur moi mais je n'osais le repousser, de peur de le réveiller. J'avais poser plusieurs pansements sur sa peau délicate. Le sang coulait encore doucement et un filet rouge s'étirait sur sa joue. Je l'essuyais de temps en temps. J'étais conscient que mes soins somaires ne lui étaient pas des plus utiles et que j'avais tracé sur son visage une trace indélébile. Il aurait peut-être besoin de point de suture mais ça ne faisait pas parti de mon domaine d'expertise. Et puis je ne suis pas sûr qu'il se serait laissé faire si je lui avais planté une aiguille dans la peau, si près de son oeil.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant