Mine de rien, une certaine poésie se dégageait de la ville désertée. Nous étions en Septembre 1998, et New York était en proie à une série de phénomènes étranges. Un peu partout dans la ville, on assistait à des cas de combustion instantanée. Des créatures difformes y sévissaient. Des corps calcinés témoignaient d'une atmosphère morbide. J'y incarnais l'agent Aya Brea, qui semblait être seule à pouvoir affronter tous ces dangers. Aya était belle, mais forte avant tout. Sous le regard mélancolique de la statue de la liberté, j'arpentais les tréfonds d'une New York nocturne et désincarnée, dans un jeu magnifique.
Mais il était temps de repartir et d'éteindre la console. Laurent m'attendait sur le pas de la porte. Je remis le CD dans son boîtier cristal, admirai les visuels une dernière fois, et m'apprêtai à partir. J'étais étudiant à Angers, j'y habitais une petite chambre dénuée de loisirs. En à peine 2 semaines de cours, nous avions déjà dû ingurgiter l'équivalent d'un trimestre de lycée. Les premiers examens oraux furent difficiles, et bientôt chaque samedi matin fut synonyme de sentence à l'écrit. Fort heureusement, tous les deux week-ends, je rentrais à la maison, y retrouvais une petite sœur enchantée de me revoir et des parents au soutien indéfectible. Cette petite journée et demi sur 14, soit 10% de mon temps, je la consacrais pleinement à ma passion, et rallumais ma console jusqu'à la déraison.
Sitôt entré à l'école, nous avions subit une sorte de bizutage, relativement léger, qui ne disait déjà plus tout à fait son nom. De quoi souder notre promotion, face à l'adversité scolaire que nul d'entre nous n'avait connu auparavant. Nous étions donc tous "nouveaux", terme qui avait été à l'évidence récemment substitué à "bizuth" dans les pages du livret qui nous fut confié. Ce recueil artisanal et traditionnel était rempli de petits tuyaux pratiques. Dans mon petit groupe de nouveaux, je rencontrais entre autres, Laurent et Marc.
Rapidement, plusieurs d'entre nous furent rebaptisés. "Bizuth coucou" s'époumonait à crier toutes les heures, et mettait du cœur à l'ouvrage. Maximax, du haut de ses 1m95 remarquables, ne parvenait même pas au sommet de notre promotion. Nous étions nombreux à arborer ainsi de nouveaux patronymes. Laurent fut l'un des rares à éviter la salve. J'héritais de "Chipstouille" du fait d'un penchant pour certains gâteaux apéritifs. Marc, quant à lui, s'était vu rebaptisé Milhouse. A l'image du copain de Bart Simpson, il avait de petits yeux légèrement écartés, cachés par d'épaisses lunettes rondes. Ce qui ne laissait aucun doute quant à l'origine de son surnom.
Laurent et Marc/Milhouse se connaissaient. Bretons de confession, ils habitaient à proximité. Laurent disposant d'un véhicule motorisé, il avait accepté de nous ramener chez nos parents tous les quinze jours. Ces heures passées dans le même habitacle motorisé, permirent de rapidement consolider notre nouvelle amitié.
Bien sûr, isolé à Angers, je cherchais d'autres moyens d'assouvir mes desseins. Si Laurent était l'heureux propriétaire d'une voiture, côté loisirs il était tout autant démuni que moi. Aussi nous avions rapidement pris l'habitude de passer nos dimanches après-midi dans la chambre de Milhouse. Ce dernier était autrement mieux équipé. Il disposait en effet d'un ordinateur dernier cri, qu'il bichonnait à toute heure. Le gros des joueurs de notre promotion n'avait alors d'yeux que pour Starcraft et Quake II, qui ne tournaient que sur PC. Avec mes consoles délaissées à des kilomètres de notre école, je vivais dans une sphère vidéoludique séparée.
Milhouse dépareillait néanmoins du gros de notre promotion, de par son affection pour quelques jeux plus proches de mes préoccupations. Il avait en effet découvert Final Fantasy VII sur PC et ne tarissait pas d'éloges à son propos. Je lui précisais alors que je l'avais de même parcouru de fond en comble sur Playstation. A mon grand étonnement, Milhouse me précisait alors "Ouai mais c'est moche, sur console".
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Manette au poing
NouvellesJ'aime les jeux-vidéo. C'est ma plus grande passion. De mes premières découvertes à l'envie de dépasser le simple statut de joueur, cette passion a profondément marqué ma vie. Au travers de différentes nouvelles, j'ai souhaité vous raconter celà. Ch...
