#06 - Alexandre le tyran

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Avant-propos :

Les nouvelles ici présentées sont fortement inspirées de faits et de personnes réels, bien que romancées. Afin de préserver une certaine authenticité, j'ai donc conservé les injures homophobes que nous employions à l'époque.

Pour expliquer l'homophobie latente qui fleurissait nos échanges, ainsi que tout le paysage rural qui nous entourait, il me faudrait au moins un livre complet. Tentons de résumer en précisant que dans ce contexte rural, aucun d'entre nous n'avait jamais rencontré, au moins de manière consciente, le moindre membre de la communauté LGBTQIA. Nos parents ou nos professeurs ne faisaient pas franchement preuve de pédagogie ou d'ouverture d'esprit sur la question à l'époque. Nous étions simplement dans l'ignorance la plus patentée.

J'ajoute que dans les années 90 les médias n'adressaient pas le sujet si ce n'est de manière caricaturale. En somme, nous n'avions aucune raison de remettre quoique ce soit en cause. De mémoire, ce n'est qu'au début des années 2000 que le problème de l'homophobie commença réellement à être traité en profondeur et de façon ouverte dans des séries américaines populaires comme Urgences avec Kerry Weaver (Laura Innes) ou Six Feet Under avec David James Fisher (Michael C. Hall).

"Pédé" était donc utilisé au même titre que "Petite bite" ou "Pédale", comme insulte balancée par tout prétendant au rôle de mâle dominant. Celles-ci visant à rabaisser leurs congénères masculins. J'ai honte d'admettre aujourd'hui que personne ne prenait la défense des opprimés. Ces termes étaient tout autant usités de manière offensive que défensive. Si opprimés il y avait parmi nous, ils étaient ainsi contraints au silence. J'en suis le premier désolé et espère sincèrement que les choses ont positivement évolué.

Afin de lever toute ambiguïté sur le contenu de cette nouvelle, je tiens donc à préciser ici le fond de ma pensée. Je pense que chacun, cisgenre ou transgenre, est libre d'observer les pratiques sexuelles (ou de ne pas pratiquer) qu'il ou elle veut, à partir du moment où les intervenants sont majeurs et consentants. J'estime également que chacun est libre de disposer de son propre corps comme il le sent. Je suis pour le mariage pour tous, pour la PMA, pour l'homoparentalité et l'adoption. J'estime que nul ne devrait faire l'objet de discrimination à ce sujet. Nul ne devrait avoir à se déplacer à l'étranger pour faire valoir ces droits. Je suis parfaitement conscient que dans le monde, des personnes LGBTQIA souffrent mille maux pour être simplement ce qu'elles sont. Je sais également que des personnes hétérosexuelles et cisgenre ont également à souffrir indirectement de cette injustice sociale. J'exècre et je condamne toute forme de privation de cette liberté fondamentale. Les propos entretenus dans les dialogues de cette chronique ne sont donc qu'un report de la situation telle qu'elle était dans les années 90 et non le reflet de ma pensée.


Est-ce de la paresse intellectuelle ou un réel phénomène de société ? L'intégralité des adolescents américains dépeints dans les films ou séries semblent tous pouvoir être rangés dans des cases bien délimitées. Jock, goth, cheerleader, nerd et autres en effet, obéissent à des lois intangibles. Nous avons bien eu quelques protagonistes sortant du carcan tels Parker Lewis ou Clay Jensen. Ceux-ci sont néanmoins systématiquement entourés d'une pléthore de lycéens répondant à tous les clichés de leur catégorie sociale attitrée.

Mes bons résultats scolaires, mes piètres performances en sport et mon goût prononcé pour les jeux-vidéo m'auraient illico rangé dans la catégorie des nerds. Je frémis à l'idée même d'avoir eu à traverser une adolescence telle que dépeinte dans ces fictions. J'ai bien sûr coché quelques-unes des cases correspondantes. Je n'aurais certes gagné aucun concours de popularité. Mais j'étais invité aux "boums", la plupart de mes camarades de classe m'adressaient la parole normalement, j'ai eu quelques copines. Ça n'a pas été un long fleuve tranquille, il y a eu quelques épisodes que j'aurai préféré éviter, mais au moins je n'ai pas été l'objet constant d'humiliations à répétitions de la part d'équipe de "jocks" au comportement de psychopathes.

Manette au poingOù les histoires vivent. Découvrez maintenant