"Ça se voit que c'est de l'image de synthèse" pouvait-on entendre à la fin de ces années 2000, à l'occasion de la sortie de 9 blockbusters hollywoodiens sur 10. En effet cette décennie a quelque peu abusé du subterfuge, et ce qui impressionnait hier était alors devenu monnaie courante. Le tour de magie n'opérait plus.
Cet énième visionnage de la Menace Fantôme, premier épisode de la prélogie Star Wars, en révélait à mes yeux ses lacunes visuelles. Le manque de continuité avec la trilogie originale m'avait certes heurté dès la sortie en salle. Mais le gazon anglais des plaines de Naboo, à peine digne d'un fond d'écran Windows XP, m'arrachait désormais les rétines. L'aspect trop parfait des plans larges de ses monuments antiques m'avait cette fois-ci déçu. L'architecture de pierre, alignant d'imposantes constructions adossées les unes aux autres, avec leurs dimensions impossibles, me paraissait désormais trop factice.
Naboo s'était ainsi superposée à l'image de Jacintho. Du cinéma, nous étions passés au jeu-vidéo. Cette Washington extrapolée, tirée de la série Gears of War, nous expose en effet un nombre incalculable de bâtiments officiels gigantesques au blanc immaculé. Chacun s'écroule sous les assauts répétés de locustes souterraines. La durée de vie minimum exigée par le média, et les épisodes multiples, en ont étiré ses dimensions jusqu'à la démesure.
En ce printemps renaissant, suite à un hiver coincé dans mon fauteuil, j'avais des envies de nouvelles escapades. En qualité de célibataire, je pouvais prendre mes vacances à l'improviste en dehors des périodes scolaires. Si j'en étais à ressasser Star Wars, c'est qu'il était temps de me changer les idées. Mon superviseur m'avait conseillé l'agence de voyage du coin, tout en m'autorisant ma soudaine absence. J'avais trois jours à tuer, aussi me lançai-je à l'aventure...
Je n'avais pas la moindre idée de destination. Aussi décidai-je de laisser le hasard faire les choses. Ayant eu vent de personnes partant pour des destinations aléatoires à prix cassé, je me rendis donc à l'agence tout sourire lâchant un "surprenez-moi" libérateur, autre privilège du célibat. La petite dame de l'agence me proposa rapidement de passer ces 3 jours à Rome, avec visite guidée les deux premiers jours en matinée. J'étais enchanté par cette perspective hybride, garante d'explications dont je suis friand tout comme de liberté qui m'exalte tout autant.
A ma façon, j'étais en quelque sorte déjà familier avec les lieux. Nous étions alors en 2012 et le jeu Assassin's Creed Brotherhood n'avait pas encore soufflé sa seconde bougie. Les développeurs de cet opus avaient concentré leurs efforts sur la reconstitution d'une Rome de la renaissance italienne. Cet épisode de la maturité encore frais en mémoire, j'étais d'autant plus enthousiasmé par ce voyage improvisé.
Avant de sortir de l'avion je ne m'attendais bien évidemment pas à retrouver Machiavel ou Da Vinci. Je savais bien sûr que quelques vestiges de l'antiquité subsistaient, dont le célèbre Colisée que j'avais alors virtuellement parcouru de fond en comble. Mais je n'avais pour ainsi dire que des connaissances très limitées de la Rome moderne, si ce n'est sa circulation abondante et ses conducteurs imprudents. Sur ce point du moins, la ville était à la hauteur de sa réputation. Aussi, à l'image de Paris, Bruxelles ou Amsterdam, m'attendais-je à une métropole cernée d'immeubles modernes au vitrage morne et abondant, où les éléments historiques préservés se seraient engoncés dans le peu d'espace qu'on leur avait conservé.
Tel Felix Mendelssohn ayant quitté l'Ecosse et la composition de sa symphonie éponyme, je me retrouvai sitôt envouté par cette capitale bien moins suffocante que je ne me l'étais imaginée. Rome a certes un réseau de petites ruelles enchevêtrées, mais elle respire de par ses nombreuses ruines et avenues dégagées.
Avant même de découvrir le centre, le trajet dévoilait l'immensité de son cirque, dont on devine aujourd'hui à peine les traces sous le gazon brûlé. Seules quelques vieilles pierres empilées, apposées à cette pelouse sauvage, permettent encore d'identifier le monument. Le célèbre Colisée bordés d'arcs de triomphe et le palais, la fameuse "Machine à écrire marbrée" de Victor-Emmanuel II trônent au centre de Rome comme un couple divorcé.
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Manette au poing
Short StoryJ'aime les jeux-vidéo. C'est ma plus grande passion. De mes premières découvertes à l'envie de dépasser le simple statut de joueur, cette passion a profondément marqué ma vie. Au travers de différentes nouvelles, j'ai souhaité vous raconter celà. Ch...
