Là où personne n'est jamais allé

Depuis le début
                                    

« Non, mais je rêve, qu'on me pince, là tou.... AIIIIIIIIIIIIIIE, » se fit-il interrompre en prenant conscience que le muscle de son bras lui faisait mal.

« désolé Prof, mais c'est vous qui l'avez demandé ! » lança le capitaine, un peu moqueur, mais tout aussi bluffé que l'était son voisin. Il leur avait déjà fallu émerger de leur torpeur, ils étaient bien incapables de dire ce qui avait bien pu se passer, ils avaient dû ensuite se sortir de ce champ magnétique, de cette bulle invisible contre laquelle ils avaient effectué une étrange chorégraphie, repoussant et poussant cette illusion. C'est le docteur qui l'avait désactivé en la perçant avec une des seringues qu'il avait dans son mini étui portatif. Ils regardèrent autour d'eux, la même grange, le même plancher poussiéreux au-travers duquel passait le même rayon de soleil qu'auparavant. Seuls, ils étaient seuls, Spock n'était pas là. Ils étaient sur leurs gardes, le phaser en position «neutralisation» dans la main, prêts à défendre chèrement leur peau. Le vrombissement avait cessé mais pas la douleur ; leur tête leur faisait mal. Ils se sentaient désorientés, comme si le bruit, en meurtrissant leurs tympans, avaient fait basculer les cristaux de leur oreille et ils étaient chancelants.

« j'ai autant d'énergie qu'une cacahuète rassie », protestait Bones, en essayant de garder son équilibre. « peut-être devrions-nous reculer contre ce mur, au moins on tiendrait debout ».

« acculés pour acculés, autant que ça nous serve, c'est ça, Prof ? Peut-être avez-vous quand même assez d'énergie pour nous dire ce qui nous est arrivé», demanda le capitaine, un peu exaspéré. Il passa nerveusement sa main dans ses cheveux, cherchant, creusant sa mémoire pour essayer de retrouver la chronologie des événements.

« trou noir complet, capitaine, impossible de me rappeler quoi que ce soit. Bon sang. Et où est Spock ? C'est déjà assez compliqué comme ça, mais en plus il a disparu. On a nos communica... »

Il resta bouche bée, ne finissant pas sa phrase, en voyant devant lui ce spectacle incongru.

« oh, wahoo », lâcha le capitaine, blême. Le plancher vermoulu s'écarta, lentement, en faisant tomber une pluie de poussière sur eux, mais pas un ne bougea, pétrifiés par ce à quoi ils assistaient. Le docteur laissa tomber le phaser, en relâchant les muscles de sa main. Devant eux, qui les surplombait, un rideau rouge était en train de s'ouvrir. Ils furent saisis d'étonnement, ils étaient toujours aussi seuls devant cette immense scène qui s'offrait à eux. Et sur cette scène, il y avait 150 hommes et femmes, musiciens, qui se mirent à produire la plus belle des mélodies jamais entendue à 1000 années lumière à la ronde. Une mélodie douce et puissance, charmeuse et apaisante. Bones et le Capitaine Kirk avaient oublié leur faiblesse et se tenaient là au milieu de cette ivresse harmonieuse. Ils buvaient à la source de cet enchantement, lapant chaque note comme un antidote à leur mal-être, oubliant les pourquoi et les comment, se laissant pénétrer par chaque sonorité cuivrée et chaque envolée de cordes. Mais, soudain, ajoutant encore à leur sidération, si tant est que cela fut possible, ils virent surgir du centre de la scène, un petit promontoire circulaire, s'élever lentement. Sur ce promontoire, un soliste inattendu : Spock qui grattait les cordes de son luth stellaire, faisant monter dans les airs une mélodie tellement irréelle que le Capitaine avait l'impression que ses pieds allaient quitter le sol. Bones, à côté, était médusé, muet, saisi, réduit au silence, incapable de dire un seul mot. Il écoutait. Et là, se produisait en même temps quelque chose d'incroyable, la douleur dans sa tête s'était évanouie. Il avait toute la technologie de son temps, réduite et immédiatement efficace, son tricordeur pouvait tout analyser, tout guérir, enfin presque tout, car à y repenser, il n'avait pas pu... , il n'avait rien pu faire. Oui c'était exact, son protoplaseur stoppait les hémorragies et les épanchements, mais il n'avait su supprimer cette incessante douleur dans son oreille. Et quelques notes sur un instrument improbable avait eu ce pouvoir là ? Non, Léonard Mccoy n'était pas homme à se laisser bercer par ce genre de frivolités ? Et pourtant, le calme était revenu sous son crâne. Et ça, il devait bien l'admettre. C'était logique. Ah non, voilà maintenant qu'il se mettait à paraphraser le gobelin au sang vert.

"là où personne n'est allé"Là où vivent les histoires. Découvrez maintenant