Chapitre 14

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J'avais difficilement trouvé le sommeil, cette nuit-là et la raison était assez évidente mais la vérité était que j'avais surtout peur que cette histoire ai des répercussions sans précédent. Je retournais le passé dans ma tête comme un film qui défilait en boucle en cherchant un moyen de me rassurer et d'en trouver la solution.

Ce type ; colonel ou général était venu pour Suki et moi j'étais sur sa route. Un obstacle. Je savais beaucoup trop de choses. À leurs yeux je pouvais me retrouver en quarantaine et même subir des expériences sur la mémoire qui pourrait révéler tout ce que je savais.

Mais Suki avait tué un homme. C'était un gros connard mais quand je repensais à l'arrivée de ce grand gars, maigrichon, absolument candide qui ne se doutait pas que l'argent puisse être un motif de guerre et qui avait des réflexions profondes sur des problèmes mineurs de notre société qui révélaient des troubles plus profonds de notre humanité... Et bien, je ne comprenais pas pourquoi il avait ôté la vie à un être vivant, délibérément. Vu la conséquence rapide et grave, c'était forcément volontaire. Mon dieu, Suki ! Mais pourquoi tu as fait ça ?! C'était sûr que maintenant ils auraient une bonne raison de te capturer et de te disséquer dans la zone 51... !

Je plaquais ma main contre mon visage et commençais à pleurer. Si seulement tout ça ne s'était pas produit et que... Non ! Je devais accepter que je n'eusse jamais été autant heureuse que pendant ces dernières heures. Personne ne m'avait jamais dit des mots aussi gentils et sincères. Personne ne m'avait jamais choisie pour mon esprit plutôt que pour mon corps et personne n'avait jamais douté de moi. Quand je pensais qu'à la base j'étais hypocrite, je voulais juste qu'il s'en aille. J'étais gentille, juste pour me débarrasser plus vite de lui. Il avait toujours cru que j'étais sincère alors que mes intentions étaient bien moins honorables que les siennes.

Je m'en voulais tellement... !

La nuit venait de tomber après une journée de réflexions intenses dans une grande solitude. Dans ma chambre d'hôpital, gardée par des dragons de l'état. Une jeune infirmière entra en déposant un gros objet près de mon lit.

Elle me souriait et laissa également un plateau repas.

– Mademoiselle, voici une valise apportée à l'accueil par votre amie Lovely Johnson avec des vêtements de rechange et des affaires de toilette. Je vous trouve en très bonne forme mais le médecin pense que vous devriez rester encore un peu, au cas où il y aurait des complications ou que vous ayez fait un traumatisme crânien. Ne vous inquiétez pas, nous veillons sur vous.

– le médecin porte des médailles en bronze et en or maintenant ? l'interrogeais-je avec une pointe d'accusation.

Elle comprenait où je voulais en venir et s'empressa de me laisser avec un dernier sourire amical puis sortait de la chambre.

Quand je voulu ramasser la valise, ayant accepté ma prise d'otage dans cet hôpital je reconnus l'objet en question :

C'était la valise de Suki, avec sa forme vintage et tous ses autocollants de pays différents qui surchargeaient chaque face.

Je l'ouvrais vite et récupérais des vêtements encore porteurs d'étiquettes et un petit mot écrit sur un papier à lettres enfantin couvert de dessins de petits nounours et de ruban noués. Je pris la valise dans mes bras et allais directement dans la salle d'eau et ferma la porte derrière moi.

Les mains tremblantes je saisissais le petit papier avide de nouvelles positives :

« Chère Diana. Je suis désolé que tu aies tous ces problèmes à cause de moi. Je vais tout régler et quitter la terre. Veux-tu bien m'apporter cette valise à l'arrêt de bus où je suis arrivé la première fois ? Si tu tiens fermement la valise dans tes mains, où que tu ailles, qui veut te nuire, ne pourra te voir. Je t'attendrais... »

Sans réfléchir plus longtemps, je jetais ma chemise blanche de bloc et enfilais les vêtements qui étaient pliés avec perfection dans la valise. Je la refermais et sortais de la salle de bain, la poignée bien installée dans ma paume. Encore dans ma chambre je fixais le jeune soldat mais il décalait sa tête comme pour savoir si j'étais sortie de la salle d'eau et se ravisait en continuant de faire un duel de regards avec le sol.

Je tournais doucement la poignée de ma chambre et le militaire ne bougea pas, le visage vissé vers le carrelage. Tandis que je lui passais devant à tâtons, il se redressait d'un coup et je me figeais en serrant les dents. Mais il voulait simplement se mettre dans une meilleure position et s'étira de tout son long avant de donner un dernier coup d'œil à ma chambre. J'accélérais le pas en direction de la porte de l'étage.

Je n'ai jamais couru aussi vite pour rejoindre un bus, même quand j'avais vu celui qui m'emmenait au lycée quitter l'arrêt, j'acceptais mon échec et patientais promptement jusqu'au prochain passage.

Mais on est de suite plus pressé de retrouver quelqu'un que d'aller quelque part.

J'avais dévalé les escaliers à une vitesse presque surhumaine et j'aurais bien aimé pouvoir voler pour atterrir précisément où je le voulais sans devoir supporter la foule à éviter et la route tortueuse. J'ai longé la grande route de Newitt et j'ai tendu mon pouce en l'air un bon nombre de fois avant qu'un mec en moto ne s'arrête. J'étais un peu méfiante au début à cause de mon passif avec un certain motard qui a eu soi dit en passant une fin tragique mais il me proposa assez vite de monter derrière lui, me tendant un deuxième casque :

– Vous avez l'air pressée ! j'espère qu'il ou elle en vaut le coup !

– Oui, c'est une personne qui compte beaucoup.

– Vous le connaissez depuis longtemps ?

– Une journée.

– Ah ouais... ! Allez miss, en route ! J'accepte la mission. Accrochez-vous !

Il démarrait à vive allure après avoir fait ronfler le moteur et couverts par le bleu de la nuit nous avions roulés sur les quinze kilomètres qui séparaient Newitt de Breaking-Holle en faisant passer les poteaux électriques pour des étoiles filantes.

Quand le motard arrivait au bord de la route et que j'apercevais au loin, le bus à l'arrêt, je sautais littéralement de la moto. Il me stoppait avant que je prenne la fuite en direction du grand véhicule :

– Attendez, miss ! Votre gars, c'est votre ami ou votre amoureux ?

– C'est mon ami.

– Ouah, c'est fort. Je pensais que vous aviez eu un coup de foudre.

– C'en est un.

Nous avions échangé un sourire et il m'envoya un salut avec son index et son majeur réunis. Je repartais d'un pas vif vers le bus. Au moment de le contourner j'entendais nettement sa voix douce. Et je me retrouvais enfin face à Suki, en train de discuter avec Gladys qui venait certainement de descendre du bus et qui lui tendait un sac de croissants et de pains aux chocolats.

Il tournait la tête vers moi et je croyais sentir mon cœur exploser.

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant