Chapitre 13

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Ça sentait le chlore et le trop propre. Il y avait une faible odeur de cigarette et de parfum chic qui embaumait la pièce d'une façon si discrète qu'une personne trop shootée aux médicaments n'aurait pu sentir. Je tournais doucement dans les draps pour éviter à mon bras une trop grande douleur mais à ma grande surprise je n'avais plus mal. Mon nez que je croyais cassé ne faisait plus le bruit désagréable d'un jouet en plastique pour chien et quand je le tâtais avec mes doigts pour vérifier que la bosse désagréable n'y était plus ; je comprenais que ma fracture avait guéri.

Évidemment que j'étais dans un lit d'hôpital. Sûrement à Newitt. Ça ne pouvait être que là. Je tournais vite la tête vers la vitre qui donnait sur le couloir et mon regard croisa celui d'un jeune soldat qui attrapait un talki pour y baragouiner quelque chose. Une infirmière arriva dans la chambre suivie du grand homme en costume militaire. Elle entrait avec un grand sourire, sans doute ravie que j'aille bien mais l'homme n'esquissa aucune expression compatissante. Il demanda de suite à la femme l'autorisation de s'entretenir seul avec moi mais elle lui rappela qu'elle devait rester dans la pièce. Il tira un large sourire.

– Voyons, vous ne pensez tout de même pas que je pourrais faire du mal à cette jeune fille ? Je suis un noble patriote, je ne m'en prends jamais à mes frères et sœurs.

Elle s'inclina et sortit de ma chambre avec un air encore un peu inquiet. Une fois qu'elle eut disparu de notre champ de vision il ferma sa bouche et tourna le loquet de la porte. Il s'avançait vers le pied de mon lit les mains dans le dos :

– Je suis le colonel Han Whitfford... Ça va votre nez ?

– Oui.

– Bien, bien. Très bien. Un de nos concitoyen est mort aujourd'hui. Vous savez pourquoi ?

– Je crois qu'il s'est effondré d'un coup.

– Vous croyez... Des clients du bar ont dit qu'il vous avait frappé avec une grande violence et que vous saignez beaucoup. Mais vous avez l'air d'être en pleine forme.

– J'ai les os solides.

– Bien sûr, bien sûr.

Il fit le tour du lit pour se retrouver en face de moi, sur le côté gauche du lit, dos à la vitre de la chambre.

Il sortit un portrait-robot qui ressemblait beaucoup à Suki et le tenait fermement dans sa main pleine de grandes cicatrices :

– Vous le reconnaissez ?

– Ah... Oui, je l'ai vu au restaurant où je travaille. Il y a mangé hier soir.

– Et après ?

– Je lui ai donné l'adresse du motel de la ville.

– Ensuite ?

– Je ne sais pas, je suis rentrée chez moi.

– Ah d'accord, d'accord.

Il extirpa de sa poche un gros téléphone portable épais et appuya sur un certain nombre de touches avant de le positionner face à moi.

C'était un couple qui se filmait en train de faire l'amour et quelques secondes après, j'apercevais Suki qui entrait dans la chambre, complètement ahuri :

« C'est à ça que ça ressemble ? Je suis un peu déçu... Chez nous... »

Puis moi le suivant de près et le forçant à quitter la chambre la voix élevée, un peu en colère. On m'entendait alors derrière la porte pendant que le couple récupérait la vidéo pour couper l'enregistrement en direct :

« Ce n'est pas votre chambre ! »

L'homme esquissa un bref sourire moqueur et son visage satisfait face à mon expression effrayée, rendait son ricanement absolument terrifiant.

– Voyez-vous, Mademoiselle Gabrela, je suis totalement disposé à écouter votre version de l'histoire. Cet homme est un individu dangereux que nous recherchons depuis trois mois. Vous savez pourquoi sa présence à éveillé notre curiosité ?

Je secouais lentement la tête.

– Et bien, continuait-t-il, Une caméra de centre commercial l'a filmé en train de... Comment dire... Un adolescent avait projeté sa chaussure sur une poutre métallique de magasin pour débloquer la balle rebondissante d'un enfant, et cette basket a bien entendu réussi à faire tomber la balle mais la chaussure est restée coincée. Et bien figurez-vous que quand cet individu s'est présenté en dessous de la poutre, il a comme qui dirait, pousser la chaussure à distance en moulinant son poigné et la chaussure à basculé pour retomber sur le sol.

– Je ne comprends pas.

– Ah oui, et à Madrid, sur une place marchande, un chapiteau s'est écroulé sur une foule de personnes dont cet homme, et il s'en est sorti sans une seule égratignure. Je continue ?

– Je suis désolée mais je ne comprends vraiment pas.

– C'est curieux non ? Le sang qui était sur vos vêtements à votre arrivée à l'hôpital était le vôtre. Comment est-il sorti de votre corps si vous n'aviez aucune blessure ? Vous devriez songer à toutes les questions que je vous ai posé et réactualiser vos réponses en fonction.

– Qu'est-ce que vous voulez ?

– Dites-moi ce que vous savez sur cet homme, insista-t-il en me montrant à nouveau le portrait-robot ! Techniquement, il n'existe pas sur terre alors...

Je me ressaisissais sur mon lit et pris bien le temps de capter son regard avant de lui répondre :

– Je pense que vous êtes mort et que notre conversation n'est qu'une illusion psychique qui vous aide à surmonter votre propre disparition. Vous étiez dans le coma et vous êtes en train de partir. Votre vie entière a été consacré à la poursuite de gens inconnus et pacifiques mais vous restez convaincu qu'ils avaient l'intention de détruire le monde. Vous vous sentez constamment persécuté et vous cherchez un coupable. Si vous n'étiez pas mort, je vous conseillerais d'aller voir un psy.

Il se redressait, visiblement agacé mais tentais de faire croire que mes paroles étaient des aveux évidents et il emporta le portrait-robot avec lui. Il déverrouilla le loquet et au moment de sortir, se tourna vers moi :

– Je vous place sous surveillance. Où que vous alliez, l'un de mes hommes vous collera au train alors à votre place je n'irai pas retrouver des gens douteux...

La porte se refermait et je sentis une boule me comprimer la poitrine. Je vissais mon regard de l'autre côté apercevant la continuité de sable vers l'horizon et plus que de savoir comment je pourrais me sortir de cette merde, me demandais si mon ami était en sécurité.

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant