Chapitre 12

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Tout aurait bien pu se passer et me permettre de croire que les habitants de Breaking-Holle avaient de bonnes intentions au fond. Je pense que c'était vrai pour eux mais pas pour les touristes qui pensaient tout savoir du monde ; Ne dit-on pas qu'il n'y a pas pire que la certitude des ignorants ?

Je me sentais bien en présence de Suki, il disait des choses étranges, parfois incohérentes mais jamais mauvaises ni désagréables au point de vouloir quitter la table. Certes c'était souvent gênant et malaisant parce que sa culture était à des années lumières de la nôtre si on peut dire, sans paraître ironique. Mais Suki était une bonne personne. Et à cause de la situation critique qui a suivie, nous avons pu constater l'absolue bêtise des humains et leur pouvoir de corruption sur nos esprits.

Deux gros gars s'étaient garés en moto devant le bar et étaient entrés en parlant avec une grosse voix rauque et crachant des glaires. Puis ils nous ont vu au fond, et l'un des deux a tapoté l'épaule de son collègue en souriant malicieusement. Il avait relevé ses lunettes de soleil et avait décidé de venir troubler notre tranquillité pour une raison d'égo masculin blessé qui ne pouvait pas vivre en sachant qu'une femme avait eu le dernier mot.

Il s'est approché de nous en plantant ses bottines crasseuses dans notre espace de vie. Il n'hésita pas une seule seconde à faire comprendre que j'étais la cible de son arrogance :

– Eh poupée, J'te connais !

– Je ne vous ai jamais vu, dis-je avec la certitude que je n'avais jamais croisé ce type de ma vie.

– Peut être toi tu ne me connais pas, mais mon frère Jamie te connaît, toi et ta pute de patronne et il mal digéré ce que vous lui avait dit hier à ton restaurant pourri.

J'expirais une grande bouffé d'air car si je voulais donner l'illusion que je n'étais pas morte de trouille il fallait que j'affiche une confiance en moi à toute épreuve et que je la tienne sans craquer.

– C'est bête... Mais là je suis très occupée et honnêtement, je pense qu'il va s'en remettre, ça doit pas être la première fois.

– Tu vas t'excuser salope ! Tu vas venir avec moi dans les chiottes et tu vas te mettre à genoux pour expier tes péchés en accomplissant ce pourquoi les gonzesses sont faites pour les hommes...

Suki se levait d'un bond et fit face à l'homme qui avait au moins une tête de plus que lui. Ses yeux étaient injectés de veines bleues, plus apparentes que d'ordinaire. Je le voyais froncer les sourcils pour la première fois.

– Je vous conseille de partir et de laisser cette femme tranquille. Si vous quittez cet endroit maintenant ; j'oublierais les pensées abjectes que vous avez eu à son encontre.

Le sale type éclata d'un grand rire avec son ami et même moi je n'étais pas rassurée à l'idée d'un affrontement entre lui et mon ami. Mais je ne bougeais pas de ma chaise. Pourtant j'étais prête à prendre le risque de me prendre une raclée si le mec prenait lui, le risque, de frapper Suki.

– Oh Ralph, t'as vu comment elle ose me parler la crevette ! Ricana-t-il en se tournant vers son ami motard. Allez pousse-toi, j'ai à faire avec madame...

Il n'attendit pas plus longtemps pour lui assigner un coup de poing si violent que Suki tomba en arrière, je me relevais vite et lui assommais ma pinte sur la tête. Le verre brisé s'éparpilla partout autour de nous mais le type rageait tellement qu'il n'attendit que quelques secondes après mon geste pour me donner un coup de tête en plein visage qui me fit tourner de l'œil et je m'étalais de tout mon long sur le sol en percutant la table et la chaise, ressentant une vive douleur au bras et à la tête.

Malgré le sang qui jaillissait de mon nez, j'étais encore assez consciente pour voir Suki se relever si vite que le gars n'eut pas le temps de réagir et mon ami dont les veines bleues avaient envahi tout son corps laissaient entrevoir une lumière vive qui illuminait l'éclat de ses yeux. Il se positionna en face du motard et posa sa main à plat sur sa poitrine. Le macho avait envie de le frapper une nouvelle fois mais au moment de porter son geste, il semblait bloqué, immobilisé et n'arrivait plus à parler. L'instant d'après il tomba à la renverse, droit comme un piquet et commençait à convulser. Le barman se précipita sur lui et annonça à tous les gens présents dans le bar en panique, qu'il était en train de faire un arrêt cardiaque.

Tandis qu'il s'entreprit à un vif massage. Suki me prit dans ses bras et me porta en dehors du bar.

Je commençais sincèrement à partir dans le lointain de l'inconscience mais j'entrevoyais quand même le visage de Suki et sa douce voix qui tentait de me garder réveillée, avec lui. Il me tapotait la joue et ses paroles me semblaient si loin qu'il aurait pu se trouver à l'autre bout d'un tunnel.

Il enveloppait ma tête avec ses doigts puis eut l'air encore très inquiet. Il déposait ensuite son front sur le mien et une immense chaleur m'envahissait, ma douleur à la tête commençait à disparaître ainsi que ma douleur au bras. J'entendais plus loin de nous un type qui disait avoir appelé les pompiers de la ville voisine. Les gens dans le bar semblaient encore très angoissés et à un moment donné, une femme s'était mise à hurler.

Je me redressais et aperçu Craig à genoux complètement exténué. À côté de lui, le corps du sale type toujours inanimé. Les clients du bar commençaient à montrer des signes de panique et de grand stress. Au bout de quelques minutes, ils finissaient par se tourner vers nous, l'esprit absorbé par le grand mystère dont ils avaient été témoins.

Au moment où l'ambulance, la police et le camion rouge arrivaient, Suki se redressa vivement. Visuellement tout semblait ralenti et j'ai tendu ma main en vain pour le retenir. Il eut juste le temps de me dire : « Ils arrivent, je dois partir ».

Sa présence fut balayée par l'arrivée de secouristes qui s'étaient rapidement rendu compte que mon torse était couvert de sang.

Et quand ils me firent monter dans l'ambulance, je fus témoin de deux choses ; l'une affreuse, et l'autre étrange :

Les pompiers venaient de couvrir le corps du gros motard avec un plastique blanc et derrière le camion venait d'arriver une jeep vert kaki avec à son bord une équipe de mecs armés précédés par un grand homme en costume militaire, un képi, des lunettes de soleil et un cigare.

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant