J'avais proposé à Suki quelque chose de nouveau. C'était à cause de ce qu'il avait fait la première fois que je l'ai vu. Je l'avais emmené chez Craig Jones, c'était le seul bar du coin mais ça n'avait rien à voir avec le Burger-Paradise. C'était un bar de motards et je pensais qu'en s'installant dedans on n'aurait que les habitués avec qui c'était plus facile de converser sans en arriver à se cracher dessus. À l'inverse des bikers touristes qui venaient de temps en temps pour frimer avec leurs grosses bécanes et faire passer leurs gros bras graisseux pour des muscles au repos.
Quand nous étions arrivés à l'intérieur, Suki avait fait exactement ce que je craignais qu'il fasse ; c'est à dire, être lui-même. Il s'était avancé en face de Craig, un barman immense et énorme qui prouvait que la bière n'était pas la boisson idéale pour un régime hypocalorique et il avait passé son doigt sur toute la longueur du comptoir avec un air sérieux pour le regarder droit dans les yeux et lui lâcher avec une assurance absolue :
– C'est normal le centimètre de poussière, là ?
Craig avait simplement froncé les sourcils puis on avait cru qu'il s'était gonflé comme les personnages de cartoon. J'avais pris mon camarade par les épaules en essayant de présenter mes excuses avec un débit de trouille et je l'ai emmené avec moi pour s'asseoir dans un coin du bar. Suki voulait continuer d'exprimer son mécontentement sur l'aspect hygiénique de l'endroit sans aucune crainte de se faire aplatir comme un tacos par le maître des bikers, alors je lui ai mis la main devant la bouche et l'ai obligé à se taire avec un regard rempli de frayeur pour qu'il comprenne enfin que ce n'était pas utile de partager son avis négatif sur un endroit rempli de lions et de tigres quand nous, étions plus proches d'une petite gazelle et d'une girafe malade.
Mon nouvel ami posa encore son doigt sur la table et me prouva qu'il n'était pas fou en y soufflant dessus et révélant une pincée de poussière. Je posais ma main contre mon front en tournant légèrement la tête vers le comptoir, croisant le regard mauvais de Craig qui se demandait sûrement si la moutarde ou le ketchup était plus appropriée pour nous assaisonner sur son barbecue alimenté par un moteur de F-22 Raptor.
Quand Craig arrivait pour prendre notre commande, j'obligeais Suki à prendre une bière locale en coupant sa demande et le barman n'attendait pas plus et repartait en grommelant.
L'étranger se pencha vers moi l'air inquiet :
– Pourquoi venir ici, si vous avez peur de cet endroit ?
– À la base tout aurait dû bien se passer mais vous n'avez pas pu vous empêcher de dire un truc sincère.
– Je pensais sincèrement que l'honnêteté était une qualité.
– Mais ce n'est pas une qualité que l'on apprécie surtout quand la vérité remet en question la vie de la personne à qui on parle.
– Oh... Et bien ça c'est de l'hypocrisie alors.
– Bienvenue sur terre !
Le type aux cheveux blonds-blancs semblait déçu et regarda autour de lui puis tomba sur une affiche du Hellfest et quand il commença à pointer du doigt les types sur la publicité en train de faire des signes étranges, je le devançais et commença à ricaner :
– Et oui, le signe que vous avez fait à Madame Gladys, c'était pas un salut amical. Il faudrait revoir les informations de votre « pays » sur nous car ce n'est pas du tout à jour. Lui indiquais-je
– Peu d'entre nous ont vraiment visité votre terre et je suis le deuxième à y être resté plus d'un mois. Déclara-t-il.
– Ça fait un mois que vous êtes là ? M'estomaquais-je.
– Non quatre. Je suis d'abord allé en France, puis en Allemagne et en Espagne et un homme âgé m'a dit qu'en Amérique les gens étaient plus libres d'esprit mais je pense qu'ils sont surtout moins éduqués. J'en viens à me demander si vous êtes humaine, vous-même.
– J'aimerais ne pas l'être parfois et quitter ce coin de ploucs complètement barges. Il m'arrive de me demander si la terre n'existe pas et que le sol terrestre est en fait un lieu crée et habité par le diable qui nous fait croire que le démon vit en dessous alors qu'il vit parmi nous.
– Et l'espace serait le paradis ?
– Ça serait logique vu comment vous, vous êtes gentil et sincère.
– L'espace serait la vie après la mort mais donc... Commença-t-il.
Suki roulait des yeux pendant quelques secondes puis une petite ampoule traversa son esprit et il se tourna vers moi :
– Et si tout ça, ici était une épreuve... Tous les hommes sont condamnés à tenter de s'élever dans un monde de débauche, de douleurs et de difficultés pour ensuite à la fin de leur existence être jugés et s'ils ont bien réussi à se dépasser dans une terre si basse d'esprit, peuvent renaître parmi les nombreuses planètes développées dans le reste de l'univers et devenir des êtres ultimes, absolus pouvant vraiment changer le monde. Les meilleurs petits esprits d'entre vous choisis pour devenir les meilleurs apprentis de notre grand monde.
– La terre serait une planète test ?
Il hochait vivement la tête.
Craig arriva et posa brutalement nos pintes puis repartait en direction de ses autres clients certainement plus marrants que nous. Je commençais à boire dans la mienne puis regardais Suki qui avait engloutit la sienne et pendant que je me demandais comment un si petit corps pouvait absorber autant de boisson et d'aliments, je me redressais pour revenir à notre dernière conversation, l'esprit bouillonnant d'interrogations :
– Mais, euuuh... Suki. Cette théorie sur la terre, qui est une planète test et l'espace, le paradis d'après notre vie ici, c'est une simple théorie que vous avez élaboré dans votre coin, ce n'est pas...
Il me coupait en reposant sa pinte dans un grand bruit puis il mit son doigt devant sa bouche en m'offrant un rapide clin d'œil.
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Le bus dans le désert -Terminé-
Science Fiction(!Histoire terminée!) Une jeune serveuse sans illusions, un jeune voyageur très peu ordinaire. Une rencontre qui ne changera pas le monde mais qui nous rappellera ce que signifie "humanité". --Une histoire qui se développe au fur et à mesure, si vo...
