III : Une journée qui s'annonce plutôt mauvaise

59 7 7
                                        

PDV Ashton :

Génial ! Il est tout juste dix heures moins quart, ça fait à peine deux heures que je suis dans cette petite ville paumée de malheur et il m'arrive déjà des emmerdes !! Je savais que je n'aurais pas dû venir.

Il y a deux jours, j'ai reçu un message anonyme me disant qu'une vente privée avait lieu dans cette ville vers onze heures et qu'il fallait que je reste discret. Ayant déjà participé à des ventes privées, en ayant été contacté de cette manière, je n'ai pas douté très longtemps du sérieux de cette vente puisque de toute manière personne n'oserait me contacter si ce n'était pas sérieux. J'ai une réputation qui me précède même si je ne suis pas très âgé, mon nom est déjà rependu.

Donc moi, con comme je suis, je prends le métro pour me déplacer dans la ville puisque dehors il pleut des cordes. Et devinez quoi, il vient de tomber en panne ! EN PANNE ! Alors que je suis dedans !

Déjà que je déteste les endroits bondés de mon espèce, imaginez si je dois me coltiner des humains mal odorants et désagréables. Il y a d'ailleurs une femme en face de moi qui n'arrête pas de me lancer des regards qui se voudraient, je pense, aguicheurs, mais elle n'y est pas du tout. Je sais que j'ai un charme fou, mais j'ai tout de même des critères à respecter. Un autre homme en diagonale de moi me fixe depuis plus de dix minutes maintenant, mais lui avec dégout. Il faut dire que mes yeux bordeaux et mes cheveux blancs ne sont pas des choses courantes chez les humains. Surtout que ma longue tresse blanche dénote avec mon sweet à capuche noir et ma veste en jean.

Revenons-en aux choses sérieuses. Il faut dire que je ne sais même pas ce qui va être mis en vente. Je ne suis pas de ceux qui s'achètent des esclaves ou des filles de joies hors de prix dans les ventes privées comme c'est souvent le cas et j'espère pour eux qu'ils l'ont bien compris s'ils ne veulent pas que je les massacre !

Ouais, je sais, je suis un peu violent sur les bords. Je suis à cran en ce moment et vous imaginez bien que cette situation n'arrange pas les choses.

Mais comprenez-moi ! On n'achète pas des esclaves, ni même des filles de joies !! Autant les kidnapper directement puisque de toute façon c'est comme ça qu'ils les obtiennent ! Pourquoi dépenser de l'argent en plus ? Je sais bien que l'on est supposé avoir plein d'argent, mais puisqu'il nous permet d'être au-dessus des lois, autant l'utiliser de manière réfléchie !

Hahahaha !! C'est quoi ces têtes ? Vous pensiez vraiment que j'étais contre l'esclavage ? Hahaha, vous êtes trop drôle !

Evidemment que je suis contre ! Enfin contre l'esclavage de masse et la maltraitance, mais quand vous êtes destinés à avoir une longue, très longue vie et que vous avez tellement d'argent que vous ne tenez plus les compte, comme moi, il vaut mieux se trouver des personnes de confiance pour s'occuper des tâches domestiques. Pour ma part, toutes les personnes qui travaillent chez moi le font de leur plein gré et je pense même qu'elles sont plus heureuses ainsi que là où je les ai trouvées quand je leur ai proposé ce travail, c'est-à-dire dans la merde. Je respecte les humains moi !

Dans tous les cas, toutes les personnes qui sont chez moi le seront à vie puisqu'il faut bien protéger le secret, mais cela avait été mentionné dans le contrat. Je ne suis pas malhonnête.

Enfin, on doit bien se nourrir et il est mieux d'avoir ses habitués que de chercher une nouvelle proie à chaque fois ce qui impliquerait un la trouver, deux lui prélever du sang sans faire trop de dégâts, trois l'hypnotiser pour qu'elle ne se souvienne de rien, et ça cinq à six fois par semaine !

Breeef, revenons-en à mon problème principal : je suis bloqué dans un vieux métro malodorant avec des gens désagréables, dans une ville que je déteste et que ceux de mon espèce évitent pour une raison évidente : la forêt de plusieurs milliers d'hectares qui l'entoure. Je suis de prime abord, censé allé à un rendez-vous anonyme dans le trou du cul du monde, pour une vente privée qui doit rester secrète.

Elle sentait la merde cette invitation de toute manière.

La seule raison qui m'a poussée à venir ici, car oui, il y en a une, c'est que, par le plus grand des hasards, je pourrais trouver ma source. Elle est la seule personne dont j'ai réellement besoin pour vivre aujourd'hui et l'ennui c'est qu'elle peut être de n'importe quelle espèce. Si je ne la trouve pas avant mes cent ans, alors toutes mes chances d'avoir accès à l'immortalité, à la guérison accélérée allant jusqu'à la régénération de membres chez certains me seront enlevées. Je perdrais même les dons d'hypnose dont je dispose, ma vision nocturne, ma vitesse et ma force ! Et encore, ce ne sont que les capacités principales dont je dispose, il y en a des dizaines d'autres qui ne me viennent pas à l'esprit tellement elles me paraissent naturelles.

Et je veux l'immortalité. Je sais, on dirait un gosse capricieux, mais comprenez-moi !

A cause d'une malédiction de merde qui pèse sur ma famille depuis des générations mais qui ne s'était encore jamais manifestée, je me retrouve irrémédiablement enchaîné à ma source. Elle se déclenche pour la première fois et il fallait que ça tombe sur moi, évidemment ! Si on est tous certains dans la famille que j'en suis porteur, c'est à cause de mes cheveux blancs et de mes yeux rouges, parce que je vous rassure, ce n'est pas la normalité de mon espèce. Sinon de quoi on aurait l'air à devoir se faire des teintures tous les mois ?

En principe, on n'a pas besoin de trouver notre source. Certains d'entre nous ne l'on encore jamais trouvée et cela n'a en rien affecté leur vie. Mais moi, si je ne la trouve pas avant mes cent ans, je vais devenir la risée de mon espèce. Je vais me taper tous les inconvénients mais aucuns avantages. Des années à ne se nourrir que de sang, ça se récompense tout de même !

Si j'échoue, ça voudrait dire adieu tous mes pouvoirs mais en plus de ça, si ma source meure avant que je ne la trouve, j'en serai forcément affecté. Manquerait plus que je sois tombé sur un dépressif suicidaire !

Franchement, imaginez, si je ne la trouve pas, ça signifie adieu les balades en plein jour, eh oui les rayons du soleil vont me rendre malade s'ils ne me tuent pas, et puis j'aurais besoin de plus en plus de sang pour survivre, mon ouïe et ma force mon régresser jusqu'à devenir égale ou inférieure à celle des humains, ces êtres fébriles. Même mon sang va perdre ses capacités à soigner blessés et malades !

En revanche, ma vie sera longue, mais pas interminable. Si par malheur je venais à être blessé, je ne dépasserais pas les deux semaines. Dans tous les cas, je suis destiné à devenir faible et à mourir dans d'atroces souffrances quand je ne pourrais plus avoir assez de sang.

Il me reste un peu moins d'un an maintenant pour trouver ma source, sans compter qu'elle n'est peut être même pas née ! J'ai cherché dans tous les recoins du globe sans aucun succès ! Je suis de plus en plus découragé. Alors maintenant, j'essaye juste de croiser le plus de personnes possibles en priant pour que ce ne soit pas un ermite. Je sillonne les rues, les boîtes, les magasins, les villes, les campagnes, ect, en espérant simplement que quelque chose se déclenche en elle ou en moi si je la croise.

Vous voyez ce que je suis prêt à faire ? Moi, l'être le plus asocial, le pire sociopathe qui puisse exister, forcé de côtoyer, de croiser tout être de toute espèce confondue. Ce n'est pas non plus un hasard si j'ai pris le métro.

Les seuls que j'évite consciencieusement, ce sont les lycanthropes, plus couramment appelés les loups-garous, ces êtres qui ressemblent plus à des animaux qu'à des êtres civilisés. Cette ville en est d'ailleurs truffée depuis que les chasseurs en ont été chassés. Le seul loup que je côtoie, c'est Dane, un ami de longue date.

Bon, dans tous les cas, si je ne sors pas de ce métro bondé, je vais être en retard. Et il m'est inconcevable de pouvoir être en retard.

Je remonte donc le métro, en prenant soin de bousculer l'homme qui me fixe depuis tout à l'heure, pour aller demander l'ouverture d'une porte au conducteur. Je me fous considérablement que l'on soit au milieu d'un souterrain et dans l'obscurité, après tout, il me reste encore ma vision nocturne et j'étouffe ici.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant