Les aéroports

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Pourquoi simplifier la vie des millions de voyageurs qui transitent par les aéroports du monde quand on peut juste la compliquer ?

Aéroports Pierre Elliott Trudeau, Montréal, 30 juin 2004

Notre envol était prévu à 20 h, mais Caroline et Nicholas voulaient passer un peu de temps avec nous avant ce grand départ. Nous sommes donc arrivés à l’aérogare quatre heures à l’avance. Nous comprenions que nos enfants appréhendaient un peu pour ce périple de 51 jours. Nos jeunes adultes n’avaient plus vraiment besoin de leurs parents, mais une sorte d’inquiétude s’inscrivait sur leur visage. Pour nous ? Pour eux ? Nous ne poserons pas la question. Durant cette période d’absence, les communications entre l’Europe et le Canada seraient tout de même faciles. Notre cellulaire permettrait les appels internationaux. Puis, l’internet s’était énormément amélioré au cours des dernières années. Bien sûr, la technologie Wi-Fi ne commençait qu’à s’installer de par le monde, mais les hôtels et les édifices publics partout dans le monde proposaient des connexions ou rendaient disponibles des ordinateurs connectés au réseau internet.

Dès notre arrivée à l’aérogare, nous avons remarqué que la file d’attente était presque inexistante au poste d’Air Canada international. Notre expérience nous incite à déposer dès lors nos bagages qui feront la route dans la soute de l’appareil et recevoir nos cartes d’embarquement.  

Nous savions l’idée bonne, mais c’était sans tenir compte de la procédurite aiguë qui affecte les voyages en avion depuis les évènements du 11 septembre 2001 à New York. Quand nous présentons nos billets à la préposée d’Air Canada, elle nous informe qu’en procédant avec l’enregistrement immédiatement, nous devrions également nous rendre tout de suite dans la zone sécurisée. Elle nous suggère, judicieusement nous l’espérons, de rester un peu plus longtemps avec nos enfants avant de commencer le processus. La chose nous surprend, mais, habitués des voyages à l’étranger, nous interprétons que la peur du terrorisme international continue d’influencer les méthodes de sécurité des aéroports.

Acceptant d’emblée le conseil de l’employée, nous passons deux belles heures avec Caroline et Nicholas à discuter du périple que nous avions prévu, à nous assurer qu’ils possédaient tous les deux les informations pour nous appeler en cas d’urgence et à donner nos dernières recommandations pour notre absence… même s’ils n’en ont pas vraiment besoin. Après tout, des parents restent des parents !

Nous retournons au comptoir d’Air Canada International deux heures avant le vol. Quinze minutes plus tard, nous nous retrouvons devant la même préposée. Faisant suite à l’examen minutieux de nos billets, elle nous apprend que nous ne sommes pas au bon endroit. Ce kiosque ne dessert que les vols pour les États-Unis. « Hé ! T’aurais pu nous dire ça tantôt ? », me dis-je, alors que je sens la moutarde me monter au nez. Mon conjoint bougonne. Surpris, nous regardons autour de nous pour comprendre comment nous avons pu ainsi nous tromper. Il n’y a, à la vue, aucune indication permettant d’identifier que ce comptoir ne s’occupe pas des vols vers l’Europe. Si nous sommes quelque peu soulagés que la faute ne nous appartienne pas vraiment, nous écoutons à peine les commentaires de la préposée nous informant que cette confusion arrive souvent. « C’est ça ! Surtout, ne faites rien pour éviter ce mélange ! » pensai-je. Je reste tout de même silencieuse et j’accroche difficilement un sourire sur mon visage.

Bon ! Maintenant, où pouvons-nous trouver le comptoir pour l’Europe ?

L’embrouille nous a fait perdre vingt minutes. Je sens l’énervement m’envahir. « Merde, je suis en vacances ! Je veux le calme et non pas les embêtements ! » Avec une douceur que je ne ressens pas vraiment, je questionne un employé d’Air Canada qui nous invite à marcher environ 30 mètres le long du corridor; selon lui, nous trouverons « facilement » la file d’attente pour les vols vers Londres. Bien sûr, il avait raison. Il n’a suffi que de trois minutes pour atteindre l’impressionnant attroupement devant le comptoir de dépôt des bagages pour notre vol vers l’Europe. Nous observons la centaine de voyageurs qui, d’un regard un peu hagard, prendront près d’une heure pour s’approcher d’un préposé. Un sourire narquois s’étire sur nos visages. Habitués d’Air Canada, nous filons tout droit vers les postes libre-service que personne n’utilise malgré les encouragements des employés. Vive la technologie ! Ainsi, en un tour de main nous tenons nos cartes d’embarquement et il ne reste qu’à passer nos bagages au comptoir rapide…

Deux Québécois en vadrouille en IrlandeLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant