Chapitre 9

6 2 0
                                        

Une fois rentrée à Breaking-Holle, j'avais eu envie de me balader un peu dans la ville pour faire découvrir les seuls vrais recoins tranquilles et agréables que je fréquentais quand trop de choses chiantes m'arrivaient. Comme ce jour-là avec ce couple incapable d'assumer sa faute et à nous rejeter les tords. Heureusement, l'enfant semblait moins stupide qu'eux et a empêché son père de nous faire la peau, bien que j'avais la position parfaite pour parer son coup, réceptionner et renvoyer avec une étrange habitude. Nous arrivions machinalement dans l'entrepôt désaffecté, endroit vraiment parfait pour déprimer mais aussi pour s'échauffer la voix après une grosse colère que l'on avait dû retenir afin de ne pas passer pour le dégénéré de la région. Je marchais sur les dalles rehaussées en tentant de ne pas tomber au risque de chuter dans une large coulée de lave, tel que nous le pensions tous vers nos six ans. Mais même si c'était un concept abstrait pour Suki, il se rendait bien compte que cette action me rendait heureusement et naturellement, il me laissa agir comme une demeurée, car ce qui était bien avec ce gars ; c'était que je pouvais être la plus bizarre sur terre, pour lui j'étais la plus saine d'esprit car je me rapprochais de ce que lui était : Un être absolument difforme d'esprit pour les humains. Et pour ça, j'étais reconnaissante envers sa persévérance de me supporter, moi au début qui avait tout fait pour me débarrasser de lui. J'avais perdu un peu moins de 24 heures, mais j'avais gagné une conscience.

Il faisait jour, et j'avais levé machinalement les yeux au ciel. J'avais de suite, pensé à mon compagnon. Ce type vraiment barjot qui était en réalité un étranger dans notre monde. Jusqu'à présent, j'étais un peu dans le déni à propos de sa nature. Mine de rien je l'avais accepté. C'était juste très nouveau mais d'un autre côté c'était excitant de me dire que j'étais la seule sur terre qui le savait. Je m'étais alors tourné vers l'inconnu et lui ai annoncé en toute sérénité :

– J'aimerai bien connaître les possibilités de l'espace. C'est un lieu qui m'a toujours terrifiée. Quand j'étais petite, j'imaginais que c'était la bouche gigantesque d'un monstre qui attendait toujours le bon moment pour me dévorer. En fait c'est simplement un manteau immense qui se couche tous les soirs face à nous. Le moment où on peut tout voir de lui et malgré ça on n'en sait toujours rien.

– Que ce que l'on veut que vous sachiez. Ajouta-t-il.

– Vous m'en dites plus ?!

– Je ne peux pas malheureusement.

– Pourquoi ?! D'un côté vous n'avez pas cherché à cacher votre origine, dès le début où nous nous sommes rencontrés.

– Ce n'est pas tout à fait exact. La vérité c'est que vous avez rapidement pris mes propos au sérieux et c'est pour ça que vous savez maintenant. J'imagine que tous les autres hommes m'ont pris pour un fou.

– Personne n'avait dû rester si longtemps en votre compagnie ?!

– Non c'est un record. Après vous, c'était une petite fille... Maintenant que je sais que c'était une petite fille et non un animal, qui avait bien voulu rattraper la balle que je lançais. Je voyais les gens le faire dans un parc avec une bestiole poilu étrange à quatre pattes. D'ailleurs on en parle de ceux qui ont le quart ou le sixième de la taille d'un homme et que les gens portent dans les bras en les habillant avec des manteaux... ? À un moment donné, très intrigué j'ai sorti ma psycho-liseuse, et vous savez à quoi l'animal pensait ?

– Et ça vous avez le droit de me le partager ?

– Oh, ce n'est pas...

– Mais non, je ne veux pas savoir. Je veux continuer de pouvoir dire à ma grand-mère que son caniche-toy adore quand elle lui met des rubans rose fuchsia sur les oreilles.

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant