Chapitre 8

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Au fur et à mesure que nous marchions dans les allées, je pouvais entendre de façon plus claire les pleurs et la plainte d'une petite voix blottie dans un coin. Je m'approchais du son pendant que Suki s'extasiait encore sur la beauté des animaux que moi, je connaissais par cœur et je trouvais qu'ils n'avaient rien d'exceptionnel.

Je passais derrière le chariot de ramassage des ordures et tombais sur un petit garçon couvert de larmes qui relevait la tête au moment où il sentit mon regard sur lui. Je m'étais mise à sa hauteur et lui demandait où étaient ses parents mais il ne répondit pas et essuyait la morve de son nez avec sa manche.

Après quelques secondes ; il baragouinait quelques mots que je ne réussissais pas à comprendre. Je jetais un coup d'œil autour de moi en espérant apercevoir un homme, une femme ou les deux en panique en train de chercher leur enfant ou au moins demander à d'autres visiteurs en singeant une attitude de panique, mais je n'avais rien vu. J'ai mimé un geste affectueux vers l'enfant en l'invitant à venir dans mes bras et il s'était exécuté. Je l'avais installé au-dessus de mes hanches et sa tête s'était engouffrée dans mon cou.

Un temps encore plus tard, Suki accourait vers moi comme heureux de m'apercevoir à nouveau, certainement persuadé que je m'étais enfuie en le laissant seul dans ce lieu inconnu. En vérité il me montrait du doigt un glacier ambulant en train de dormir profondément entre deux rochers du parc.

– C'est quoi ça là-bas ? On peut y aller ? Me demanda-t-il avec une forte curiosité dans la voix.

Puis en prenant le temps de bien m'observer il aperçut l'enfant dans mes bras et quand il arriva à ma hauteur, il approcha sa main de lui et lui touchait le front mais l'enfant remit sa tête dans mon épaule en gémissant.

– Arrêtez, vous allez lui faire peur ! Lui ordonnais-je un peu sèchement.

– C'est un animal de compagnie ça aussi ?

– Non c'est un enfant...

– Oh ! Un petit humain ?! J'ai lu une étude de chez moi sur eux, et vous savez quoi ?!

– Non mais vous mourrez d'envie de me le dire...

– Si ça ne vous gêne pas, je préfère, rester en vie après cette leçon.

– C'est une expression, mourir d'envie, ça veut dire en avoir très, très envie.

– Ah... Ben... Pourquoi ne dites-vous pas « très, très envie » ? Pour quelqu'un qui n'est pas d'ici, ça peut porter à confusion !

Je le regardais de travers et il se ressaisissait :

– Oui alors l'étude des enfants. Un chercheur de ma cité avait réussi à prouver que les enfants humains naissaient avec leurs capacités cérébrales absolues mais comme leur corps était trop frêle et peu développé, en grandissant et au contact des humains stupides, ils perdaient leur pleins pouvoirs intellectuels. Et donc tout ça pour vous dire que les enfants sont des êtres absolus, mais sur terre, élevés par les humains se sont des êtres absolument mauvais dans l'âme.

– Ça vous arrive d'étudier des choses positives sur nous quand même ?

– Euuuuh... Oui... Dans.... Ah oui ! Dans quelques millénaires la planète va dépérir, l'homme va disparaître et le climat va se stabiliser pour que la planète reparte de zéro et pour que la faune et la flore, règnent en maître jusqu'à la fin des temps.

– Et c'est positif ça ?

– Oui, la planète va être sauvée.

– Génial... Rappelez-moi de ne plus proposer mon aide à des inconnus qui mangent des hamburgers en plastiques sur des parkings.

Tout à coup l'enfant leva le bras en l'air et hurla quelque chose comme : « Es ist ihr ! » Et j'allais dans la direction qu'il indiquait avec son doigt. Puis arrivés à un carrefour, tandis que le type blanc nous suivait sans rien comprendre, peut être pensait-il que c'était un jeu, le gamin tourna la tête et hurla : « Ich sehe sie, sie ist da druben ! » Je suivais encore la direction indiquée par le bras de l'enfant mais à un moment donné je tombais dans une allée totalement vide et il n'y avait personne d'autre que nous à cet endroit. L'enfant eut l'air complètement abattu et commençait à pleurer contre ma poitrine.

– Qu'est-ce qu'il dit, s'interrogea Suki.

– Je ne sais pas, je ne connais pas cette langue. Ce doit être un étranger européen, il n'y a que des latinos ici en général.

– Attendez, j'ai la solution.

Il remontait sa manche et montra sa montre à l'enfant qui semblait la trouver très belle, puis il mit ses mains autour en s'exclamant : « Oh, ich will das gleiche ! »

La montre fit un bruit étrange de rouages puis les yeux de Suki montrait une vive lumière passer d'un œil à l'autre, puis l'inconnu regarda l'enfant en souriant et prit une voix rassurante dans une langue similaire à l'enfant, que je ne comprenais vraiment pas mieux :

– Wer bist du ? Wo sind deine Elterne ?

Et l'enfant lui répondait :

– Ich musste vor den Bären auf sie warten, aber sie kamen nie aus der Toilette, sie müssen ohne mich gegangen sein.

– Il dit quoi ? Fis-je à l'homme en blanc.

Ses yeux eurent de nouveau une lumière étrange dans l'iris et il appuya de nouveau sur sa montre :

– Il dit que ses parents sont aux toilettes et qu'ils n'y en sont pas sortis donc il pense qu'il les a loupés et qu'ils sont partis sans lui.

– Ah oui, je vois. Retournons aux toilettes alors.

– Non je ne pense pas. Statistiquement un humain normalement constitué reste quinze minutes aux toilettes. Ils ont dû oublier leur enfant et sont partis.

– Certes, ils ont oublié qu'ils étaient des parents responsables, mais ils sont toujours dans ce parc. Dis-je en retournant dans l'allée centrale, l'enfant dans les bras et Suki qui me suivait l'air étonné.

Nous arrivions devant la porte des toilettes et le son de râles humains vacillant vers le buffle et la souris geignarde, m'indiquait que j'avais vu juste. Je posais l'enfant au sol et donna un grand coup de pied devant la porte que j'incriminais.

Elle tomba sur un couple entrain de donner un sens à toutes ces scènes de baises absurdes qui se déroulaient dans les toilettes, annihilant l'aspect romantique de cette action. L'homme avait l'intention de me refaire le portrait mais quand il vit son fils à mes côtés, la bouche grande ouverte, il se plaça devant son épouse et mit sa main devant son attirail.

Suki tapotait sur sa montre en murmurant :

– Je vais proposer une nouvelle définition d'humanité...

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant