Chapitre 7

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Je pensais : « heureusement que mon vélo a déjà soulevé des paniers entiers de courses et d'achats en tout genre » mais après réflexion, ce n'était pas avec le poids plume du gars que mon vélo allait s'effondrer. Je conduisais et l'avait assis sur le porte bagages. Il tenait sa grosse valise sur ses genoux et de temps en temps je prenais une seconde pour demander si tout se passait bien. À un moment donné j'ai pris le risque de me retourner pour voir si vraiment tout se passait pour le mieux et le peu de temps où j'ai pu voir son visage ; il se tenait droit, les yeux fermés et laissait le vent fouetter son visage, qui évoquait un sentiment serein et apaisé.

Malheureusement, la seconde d'après mon vélo avait dévié sur le bord rocheux de la route et nous sommes tombés en avant d'une façon ridicule. Je voulais me redresser vite pour aller à son secours mais il était déjà debout et me tendait sa main. Au moment où je lui touchais la paume il se pencha vers ma jambe et nous nous rendions compte ensemble que mon genou était sacrément écorché.

– Ce n'est rien, fis-je. Ça ne m'empêchera pas d'apprécier cette journée.

Il se mit à genoux et ouvrit sa valise de sorte à ce que je ne puisse pas en distinguer le contenu puis la refermait et s'approchait de moi avec un tube et le débouchonna. C'était un spray et il propulsa des particules rouges sur ma blessure puis posa sa main dessus.

Quelques secondes après, il se releva et je constatais que mon écorchure avait disparu.

– Comment avez-vous... ?! Demandais-je abasourdie.

– Oh ça ? J'ai accéléré votre processus de cicatrisation avec mon... Et j'ai régulé votre afflux sanguin avec ma compétence médicale personnelle.

– Vous êtes médecin ?

– Non, non, mais j'ai développé cette compétence en grandissant, chaque membre de ma communauté obtient un talent au cours de sa jeunesse. Celui-ci est le mien.

– C'est amusant... C'est une drôle de coïncidence !

– Comment ça ?

– Je vais faire des études de médecine une fois que j'aurais assez d'argent pour entrer à la fac.

– Eh bien ma foi, c'est vraiment un heureux hasard mais ça ne m'étonne pas, votre altruisme est certainement la raison de votre choix d'avenir.

– Oui mais choisir ça ne suffit pas. Les études sont longues et difficiles. Parfois, je me demande si j'aurais la force.

Il relevait mon vélo et me le passa pour ensuite me lâcher son fameux sourire de confiance :

– Je pense que quand les choses valent la peine de transpirer, les épreuves à surmonter deviennent des buts à atteindre.

Et pour une fois je lui rendais ce même sourire puis remontais sur ma bicyclette et l'incita à s'asseoir de nouveau derrière moi.

Tandis que nous roulions et repartions en direction de la réserve qui n'était plus trop loin, il se pencha vers moi :

– Pourquoi le vélo est tombé ? Était-il cassé ? Nous devrions peut-être continuer à pied pour plus de sécurité.

– Non, c'est ma faute, je me suis retourné pour vous regarder.

– Mais pourquoi ?

– Pour rien... Vous ne comprendriez pas.

– Dommage, j'aime bien comprendre.

Je descendais de mon vélo et le garait dans l'abri prévu à cet usage. Nous nous approchions de l'entrée et une gamine rousse avec des tresses et des taches de rousseurs qui dépassait à peine du comptoir nous demandait cinq dollars pour avoir nos tickets. Le type sortait son portefeuille et ses billets en marmonnant :

– Ça fait combien cinq dollars ?

– Vous ne les avez pas, mais donnez-lui un billet de dix et elle vous rendra la monnaie.

– Ah je me disais bien que toutes les autres fois, le compte n'était pas bon...

J'étais embarrassée d'apprendre que toutes les autres fois il s'était fait avoir mais surtout que personne ne lui avait fait remarquer où l'avait interpellé pour lui rendre la monnaie en trop. Là je m'étais dit que « si nous continuons dans cette voie, et que les extra-terrestres viennent en grand nombre pour tester notre bonne foi, nous finirons dans des cages avec les écureuils avides qui volent les noisettes à leurs congénères au moment de préparer leur hibernation ».

Quand la gamine lui avait rendu ses pièces il les regardait avec grand intérêt et même s'il en mettait un certain nombre dans son porte-monnaie il en glissa deux ou trois dans une petite pochette raffinée qu'il replaça dans sa poche intérieure de veste.

Nous entrions progressivement dans le hall en bois qui conduisait directement aux allées en béton et aux enclos intérieurs puis extérieurs. Si l'on était allergique à la poussière ou au sable, c'est typiquement le genre d'endroit qu'il ne fallait pas visiter. Il n'y avait pas grand monde et en même temps c'était normal car entre Breaking-Holle et Newitt, la ville voisine, les touristes n'étaient pas l'espèce la plus nombreuse, bien que pour Newitt, c'était en partie faux car c'était une ville de riches. Les riches étaient ceux qui étaient auparavant touristes et que l'appel de la campagne avait invité à rester et à construire des casinos ou des villas dans une région morte représentée par des crânes de bison ou des cactus et que chaque piscine construite, plongeait une famille dans la misère.

Non en fait les visiteurs les plus fréquents étaient les jeunes de Newitt voulant s'évader de leur maison pourrie et leurs familles flétrissantes. Peut-être quelques couples cherchant un lieu pas trop naze pour se draguer et avoir l'illusion de se sentir vivants au milieu de tous ses animaux fatigués par la chaleur.

Suki n'arrêtait pas de coller son visage et ses mains sur les vitres pour bien profiter de la vue mais passait plus de temps à chercher les bestioles qui avaient la couleur du sol et des cailloux que de vraiment les observer. À un moment donné après avoir fait rapidement le tour, il se figea et hurla ce qui fit sursauter les autres personnes qui se dépêchaient de passer leur chemin en médisant à notre sujet. Il pointa du doigt pile devant lui à quelques centimètres :

– Oh non !!! Vous aussi vous avez ce genre de créature démoniaque. J'en ai entendu parler, sur Orzonode, il existait une créature similaire assoiffé de sang et de pouvoir qui a réduit la population en esclavage pour ensuite créer l'apocalypse... Elle a les mêmes yeux de tueur !!!

L'animal s'avança et lui léchait le doigt qui servait à l'accuser. Je m'avançais un peu désemparée et posa ma main sur son épaule :

– Non, non, ça c'est Toby, le chat du propriétaire de la réserve. Il est très affectueux en plus, regardez.

– Hm... Non. Ça sent la ruse. Il veut nous faire croire qu'il se soumet mais il a sûrement des projets machiavéliques derrière la tête.

– Euh... Ce n'est qu'un animal de compagnie...

Il se redressa et repartit en contournant la créature puis me regarda avec dédain :

– Je crois que vous n'aurez pas à attendre une espèce évoluée venant d'autres galaxies pour vous imposer une suprématie, vous avez invité chez vous la pire de toutes. Bon courage... !

Nous nous éloignions de Toby et je jetais rapidement un coup d'œil en arrière vers l'animal en me demandant comment cette boule de poils pouvait être ce qu'il disait. Puis j'ai préféré oublier que Suki savait certainement plus de choses que moi et que rien de faux n'était encore sortit de sa bouche.

Le bus dans le désert -Terminé-Où les histoires vivent. Découvrez maintenant