Chapitre 1 - Et le soleil pleurait

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Notes :

· Il s'agit de la préquelle d'une fiction à la base titrée « Pour qui », et que je comptais remanier totalement, notamment cette première partie qui n'existait que sous la forme d'un chapitre unique. Je ne sais pas si la deuxième partie existera un jour, mais on peut lire cette préquelle comme un texte indépendant sans problème 😊.

· J'ai écrit cette histoire en 2015, mais je l'aime beaucoup, donc je la poste même si le style a pas mal vieilli !

***

Il était là, seul, dans la rue emplie de la brume qui avait délicatement remplacé la pluie. Il était là mais, à son regard lointain, quiconque aurait eu le privilège et la douleur de l'observer aurait pu constater que c'était faux.

Le décor subissait les assauts d'une brise si légère que seul le coussin d'humidité flottant sur l'asphalte remuait doucement, joueur langoureux, caressant les chevilles du garçon. Le sentier qu'il avait quitté s'enfonçait dans le brouillard aux étranges couleurs ocre et la ruelle semblait cernée de palissades vernies au jus d'agrume. Ces panneaux, qui se contentaient d'ordinaire de sauver les charmants jardins de la fougue des guerriers du village, donnaient l'impression de tenir le passage prisonnier, vague chemin parmi le labyrinthe des lieux. Ils reflétaient une curieuse lumière lunaire. Complice, la brume s'insinuait dans leur tâche éclairante, sublimait leurs bases usées et floutait artistiquement leur faîte. Le mélange unicolore donnait au lieu un aspect extraordinaire ; il aurait pu y voler quelques lucioles verdâtres. La lune, ronde, immense, accablante, pouvait sûrement apparaître au poète comme un fruit d'ambroisie appelant à sa cueillette.

La nuit était jaune. C'était sans doute la raison pour laquelle l'intrus, dans ce décor fantastique, s'y fondait si bien. Le garçon était calme comme les pierres. Il se balançait légèrement d'avant en arrière, ses pieds fixés au sol, comme s'il voulait prendre l'impulsion pour décrocher l'astre gigantesque suspendu dans le ciel. La tâche dont il semblait si profondément rêver devait être plus ardue encore.

La couleur orange de l'uniforme s'était faite avaler par l'obscurité topaze. Seuls les cheveux blonds, ternes sous les rayons lunaires, relevaient d'un peu de vie l'allure fantomatique. Le garçon, les poings serrés, voyait sans doute bien plus loin encore que les années-lumière qui le séparaient des étoiles collées au drap noir couvrant de silence la contrée.

Ses yeux, pourtant bleus, avaient adopté la teinte surnaturelle de la poudre d'or alentour, avide d'acquérir cet allié au regard trouble qui s'accommodait si bien à l'impression merveilleuse de l'endroit. Cependant, l'orage revint un sombre instant dans les prunelles affadies. Chez cet enfant, chaque regard était un poème, une expression nullement descriptible et, pourtant, que nombre d'admirateurs auraient voulu passer l'éternité à raconter.

L'on ne décrivait pas les yeux de Naruto. On le faisait par défaut de mieux. On le faisait pour se rappeler de l'intensité du moment où cet océan de douleur avait croisé notre route. On le faisait parce que c'était, et cela resterait, le plus magnifique moment de notre existence.

L'expression de tels yeux vous faisait voir défiler votre vie entière et, comparée à la force et à la volonté qui transpiraient de ce tourbillon de sentiments, il vous semblait soudain qu'elle avait été bien obsolète. Les perles, tantôt azur, tantôt ciel d'orage, contenaient à elles seules assez d'expérience, de malheur et de ce magnifique dédain de la fatalité que vous en restiez enfant pour le reste de votre destinée. Ainsi, noyé dans le brouillard, il semblait minuscule et tout puissant.

La paire dolente était fixe, perdue dans les méandres jaunâtres de la poussière de pluie.

Pourtant, l'intensité du regard trahissait la réflexion désespérée de l'adolescent de treize ans. Tant d'amis se seraient gentiment moqués, si l'on avait dépeint la scène à leurs oreilles, et auraient accusé l'idiot d'être incapable d'un exploit tel que de se concentrer pour penser.

Sous la lune jauneLà où vivent les histoires. Découvrez maintenant