J'appuyais frénétiquement sur la sonnette de comptoir mais Gaby McCready, la fille de Jane se moquait éperdument de nous recevoir dans de bonnes conditions car elle était trop absorbée par la lecture de son magazine people, et de l'écoute de son bruit dans son walkman. De temps à autre, tandis qu'elle accomplissait la prouesse de mâchouiller un chewing-gum vert comme la salive d'un ragondin radioactif, elle gonflait sa pâte à mâcher en de gigantesques bulles et à chaque fois que ces dernières éclataient, Suki se mettait à rire en sursautant comme fasciné.
Bientôt je dû sortir du hall pour récupérer une poignée de gravier et à la grande surprise de l'inconnu, je les lançais sur Gaby qui faillit s'étrangler avec son chewing-gum et réveilla tout le premier étage avec son : « Mais quoi, putain ?!! »
– Je crois que vous venez de dire une grossièreté... Remarqua calmement Suki.
– C'est qui l'autre coincé ?! Baragouina l'adolescente.
– Ton client. Il veut prendre une chambre sans piscine, sans télé et...
– Avec balcon, si possible, fit-il en s'incrustant dans notre discussion comme un enfant surexcité.
– Combien de nuits ?
– Une... Pour l'instant...
– C'est soixante dollars et on n'offre pas le petit déj'. Ménage à neuf heures. Voilà les clés.
L'homme voulu prendre le trousseau mais la jeune fille ne le lui céda pas et tendait son autre main en rappelant qu'il n'avait pas donné l'argent. Il ouvrit son portefeuille toujours autant rempli et lui donna cent dollars puis se dirigeait dans le couloir derrière Gaby, sa clé en main. La gamine garda l'argent sans lui spécifier qu'il avait donné trop et mit le billet dans sa poche.
En ayant trois mètres de retard sur ses pas, je n'avais pas eu le temps, de l'empêcher d'ouvrir la première chambre qu'il croisait et en le rattrapant nous tombions sur un couple décidé à profiter de leur corps d'une agréable façon.
– C'est à ça que ça ressemble ?! Je suis un peu déçu, chez nous...
Je lui posais ma main sur la bouche et le ramena en arrière pour ensuite fermer la porte et lui rendre la clé.
– Ce n'est pas votre chambre !
– Mais ma clé l'a ouverte.
Je regardais attentivement la clé et compris en voyant le logo sur le porte-clé que Gaby lui avait donné un pass. Je retournais la voir, décidée à la mettre devant le fait accompli mais avant que je puisse la réprimander elle leva la main comme pour m'empêcher d'ouvrir la bouche avant qu'elle ait fini de lire son magazine. Excédée je démarrais :
– Tu nous a donné un pass de bonne pas une clé de client !
– Pfff... On n'a pas d'autres clés, trop de chambres délabrées, trop cher à s'occuper. On a plus de bonne aussi...
– Mais tu as dit que...
– Ouais j'ai dit QUE. Au pire si t'es pas contente, tu l'emmène chez toi le zinzin et on en parle plus. Y a que les clés à pass qui peuvent ouvrir les chambres avec balcon. On a perdu les autres.
– Tu as perdu les autres...
– Casse-toi ! Tu me gonfles !
Quand je retournais dans le couloir du premier, je tombais sur Suki qui se prenait un coup de sèche-cheveux d'une femme en serviette complètement folle et qui le chassait de sa chambre. Il se tourna vers moi surprit par l'événement qu'il venait de vivre et il me pointa la chambre de la femme en serviette du doigt :
– Devrions-nous aussi, nous déshabiller pour rester dans cet endroit ? Pourquoi tous ces gens sont nus?
– Euh non, c'est juste que... Venez, on va trouver votre chambre.
La nuit était déjà bien tombée sur la ville et je savais que j'allais devoir affronter Lovely qui me reprocherait de revenir après son frère, que j'allais faire trop de bruit et qu'elle ne pourrait pas se coucher tôt pour se réveiller pour ses ménages chez les riches de la ville voisine. La vérité c'est que j'allais revenir après son frère bourré qui allait encore essayer de ravager la cuisine et qu'ils allaient encore s'engueuler pendant que j'essayais de me cuisiner quelque chose, que ça allait être de ma faute car j'en « rajoutais ». Il fallait que je rentre avant que tout cela n'arrive.
Au moment où Suki était entré dans sa chambre il a directement posé sa valise aux pieds du canapé et s'est dirigé vers le balcon. Il s'est pris la baie-vitrée en pleine face et je m'étais demandé comment il avait pu ne pas la voir étant donné que la vitre était sale au possible, puis il s'est retourné vers moi le nez impeccable en posant ses mains sur le verre crasseux :
– Pourquoi ne pouvons-nous pas sortir ? Nous ne sommes pas en prison ?
– C'est pour éviter d'avoir froid, mais elle s'ouvre... Comme ça, fis-je en débloquant la porte et la faisant coulisser.
– Je croyais que l'air était vital sur cette planète ? Pourquoi l'empêcher d'entrer ? Il vaut mieux avoir un peu froid mais pouvoir respirer.
– Oui, euh... Bien sûr, vous avez raison, répondis-je car je ne savais pas quoi répondre de plus intelligent.
Il s'asseyait sur le canapé et me désigna le lit :
– Je n'ai pas besoin de plus. Je vous laisse le lit.
– Oh mais non ! Je ne reste pas avec vous, j'ai déjà une maison et je dois vite rentrer là !
– Vous n'allez pas me faire visiter votre ville ?
– Je ne vous ai rien promis là-dessus. Je suis désolée mais je dois absolument rentrer sinon...
Ça y était. Le réveil de la chambre annonçait que vingt-deux heures étaient passées, que Lovely était sûrement allée se coucher et que si j'avais le malheur de passer la porte maintenant, je risquais de voir une avalanche de sandales m'arriver dans la face.
– Ok, je reste avec vous mais juste pour cette nuit. Après je retourne à ma petite vie banale et vous rentrez chez vous. En plus sans moi vous n'allez pas survivre longtemps dans ce trou, à vous comporter comme un alien.
Je le vis entrer le mot « ALIEN » dans sa montre et quand il eut, semble-t-il lu le résultat de la recherche de ce terme, il se tourna vers moi un peu gêné et lâcha son plus grand sourire :
– Exact !
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Le bus dans le désert -Terminé-
Science Fiction(!Histoire terminée!) Une jeune serveuse sans illusions, un jeune voyageur très peu ordinaire. Une rencontre qui ne changera pas le monde mais qui nous rappellera ce que signifie "humanité". --Une histoire qui se développe au fur et à mesure, si vo...
