I : Une journée pourtant banale

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PDV Jayden :

Je lançais un regard par la fenêtre et regardais la pluie tomber, totalement désintéressé par ce qu'il se passait dans la classe.

Vrrr vrrr vrrr

Mon téléphone vibre dans ma poche et je me tends. Mon voisin de bureau me lance un regard interrogatif animé d'une pointe de reproche, il faut dire que nous ne sommes pas réellement proche. Il ne se montra en revanche pas insistant, mais je sais déjà que c'est parce que je l'effraie un peu, et il se reconcentra sur sa copie, noircie de formules complexes. Je l'ignorais donc et sortis discrètement mon téléphone en gardant le prof en vue du coin de l'œil.

Depuis que mon père est parti, ma mère s'est plongée dans l'alcool et a de plus en plus de mal à s'arrêter. Vous me direz que cela n'a aucun rapport avec le fait que mon téléphone sonne, mais j'y viens.

Depuis hier, ma mère est à l'hôpital pour coma-éthylique et elle ne s'est toujours pas réveillée. Je me suis donc permis de laisser mon téléphone allumé pour ne pas rater un potentiel appel de l'hôpital.

Le numéro affiché à l'écran est un numéro inconnu, ce qui m'interpelle car le numéro de l'hôpital, qui est un des seuls qui pourrait me joindre à cet instant, je l'ai enregistré il y a de cela quelques semaines déjà, ma mère n'en étant pas à son premier écart.

Mon téléphone continuant de vibrer, je ne me posais pas plus de questions, me disant qu'ils devaient seulement utiliser un autre numéro. J'étais persuadé que ça ne pouvait qu'être l'hôpital. Qui cela aurait-il pu être d'autre de toute façon ? Je n'ai pas d'amis susceptibles de m'appeler, je n'ai pas d'amis tout court, et aucun membre de ma famille ne sait pour ma mère, je suis le seul.

Ne voulant pas rater l'appel, je me levais sans plus attendre pour échapper à ce cours étouffant. Ayant en plus un prétexte pour m'enfuir de ce contrôle de chimie, de toutes manières, ma feuille serait restée blanche, car déjà, je ne comprends rien à cette matière, mais en plus, je n'ai pas eu le temps de réviser hier, ayant passé la soirée et la nuit à l'hôpital.

Je rassemblais mes affaires et me levais sans plus attendre, prêt à décrocher dès que je sortirais de cette salle.

- Jayden ! Qu'est-ce que tu fais ?!

- A première vue, il semblerait que je sorte, monsieur.

Le prof rouge de colère, se leva brusquement, comme s'il me mettait au défi de faire un pas de plus en direction de la porte. Je fis comme si de rien n'était et continuais ma route en soupirant. Il faut dire qu'entre ce prof et moi, la communication n'est pas facile et que je ne l'ai pas non plus ménagé depuis ce début d'année. En même temps, je ne vois pas pourquoi je devrais respecter un putin de prof homophobe, qui lui-même ne me respecte pas.

Mais, pour une fois, je n'agis pas par simple provocation, il faut que je sorte, c'est tout. Je fis donc abstraction de ces protestations et des regards désapprobateurs de mes camarades qui pèsaient sur moi et sortis précipitamment sous les remarques désobligeantes de certains. Après tout, je me suis déjà habitué à être traité comme un malade étrange par les gens qui m'entourent, à avoir afffaire à des comportements malveillants. Il parait que la moitié du lycée me voit déjà comme un monstre ou un psychopathe à cause de mon apparence, mais il faut dire que je n'y suis pour rien, ce sont mon environnement et mon entourage qui m'ont rendu agressif et provocateur.

Avant de sortir de la salle, je leur lançais un sourire méprisant, ne pouvant m'empêcher de les énerver un peu plus.


Evidemment, personne n'est au courant pour ma mère, pas même le proviseur, donc je ne formalise pas de leur comportement même si je sais qu'ils n'auraient pas mieux agi s'ils avaient su dans quelle situation je me trouvais. Ils auraient certainement sous-entendus que ce n'était pas grave si la mère d'un anormal était dans le coma et qu'elle ne devait pas avoir plus de valeur que lui de toutes manières. Et je ne peux pas leur en vouloir de n'être que des connards ignorants et irrespectueux. En fait si, je peux et je dirais même que je ne demande qu'une chose, c'est de réduire au silence chacun de ces connards qui osent me ridiculiser, m'insulter, s'adresser à moi avec mépris alors ils sont les plus méprisables. Je me suis d'ailleurs battus plus d'une fois à propos de toutes ces conneries. Je suis déjà rentré le nez en sang, mais je n'ai jamais été le plus amoché à quitter les lieux. J'ai déjà cassé des bras et je n'en suis plus à mon premier avertissement, je suis même plutôt proche de l'exclusion définitive.

Mélange IncertainOù les histoires vivent. Découvrez maintenant