Le jeune semblait totalement égaré, autant physiquement que mentalement car une fois que le bus était parti et madame Gladys en route pour une heure de marche à pied pour théoriquement cinq cent mètres de trajet, il s'avançait vers le panneau annonce du Burger-Paradise, serra la main au mannequin en mousse et semblait ravi d'en découvrir la texture moelleuse. Il croqua dans le burger en plastique et même après l'avoir bien mâchouillé quelques secondes, ne tenta pas de le recracher et se dirigea vers moi après avoir fait un signe de paix au mannequin.
Je n'arrivais plus à siroter calmement ma boisson et me retournais vers les autres serveurs qui eux faisaient tout pour signifier qu'ils n'avaient rien vu et qu'ils ne voulaient pas être dérangés dans leur partie de belote en s'exaltant et pour la plupart me tournant le dos.
Le jeune homme s'avançait jusqu'à moi et se racla la gorge :
– Gente dame, me voilà perplexe à l'idée de devoir passer la nuit dans un lieu méconnu. Pourriez-vous m'indiquer l'adresse d'une bienveillante masure où je pourrais me restaurer et me reposer. J'ai fait ma foi, une longue route. Et si par aventure vous auriez du temps à me consacrer, pour les jours à venir, j'aimerais volontiers visiter votre charmante cité qui ne figure pas sur la merveilleuse carte que le noble marchand de la ville précédente m'a offert si gracieusement.
– Ah d'accord... Ok. J'ai décroché le gros lot, j'crois...
Il restait figé, à attendre que je me décide certainement à répondre dans sa langue de momie mais je me décidais à prendre lentement la fuite en me redirigeant vers le restaurant. Il me rattrapait assez vite soutenant sa valise par le bout des doigts.
– Pardonnez mon attitude si je vous ai paru intrusif mais j'aurais grandement besoin de votre assistance car je ne connais point cet endroit.
– Mais pourquoi vous parlez comme ça ?
– Comme cela quoi ? Ce n'est pas ainsi que l'on s'exprime en États-Unis d'Amérique ?
– Non, on est plus au 17ème siècle !
Il s'immobilisait et regarda sa montre. Contrairement à tout son attirail et ses vêtements, sa montre était extrêmement moderne et neuve. Un gros modèle, presque militaire. Très lisse et très sophistiqué. Certainement tactile. J'étais étonné qu'elle fonctionne ici d'ailleurs.
– Vous faites quoi ? Lui demandais-je intriguée.
– Je mets à jour mon traducteur linguistique pour mieux... Ce n'est rien. Le temps qu'il... Oh ! Mais quel est ce magnifique bâtiment ?
Il désigna avec un vif intérêt le restaurant routier qui se dressait juste devant nous et je me retournais vers lui l'air moqueuse :
– C'est un endroit merveilleux où on peut manger de la vraie nourriture et pas du plastique, fis-je en lui désignant le mannequin devant le parking.
– Du plastique ?
– C'est ce que vous avez mangé là-bas. Du plastique ! Vous êtes grave bizarre... Vous êtes humain au moins ? Dis-je en rigolant un peu gênée.
Il se mit à tâter le haut de son corps puis sortit un miroir de poche de sa veste pour y coller son nez.
– Non, c'est pas vrai ! Je pensais que mon déguisement était parfait pourtant...
Maria, enflammé par l'objectif de recevoir un client fortuné dans son établissement, sauta sur le jeune homme pour lui vendre les bienfaits des burgers les plus caloriques et les plus chers de sa carte d'automne. Tandis que je voyais l'étranger entrer avec elle le sourire jusqu'aux oreilles ; j'essayais vainement d'oublier ce qu'il venait de me dire.
Une fois tous arrivés dans la pièce de réception, il s'extasiait devant les couleurs vives des canapés et se laissa tomber sur chaque banquette plusieurs fois. Je m'approchais de Maria dans l'idée de faire une remarque mais elle interrompit ma bouffée d'air pour m'indiquer que malgré la situation absolument malaisante, nous devrions laisser faire et lui offrir le meilleur pour qu'il nous laisse peut être un gros pourboire. Maria avait vu ce joli ensemble d'été dans la vitrine du vendeur d'article de vacances et pourtant elle savait qu'elle n'aurait jamais l'argent pour déposer ses pieds sur la plage. Elle pourrait toujours s'imaginer aux caraïbes en installant une chaise longue et un shaker sur le toit du restaurant.
Elle incita l'inconnu à prendre trois menus, prête à en jeter la moitié à la poubelle dans le conteneur du gaspillage pour se croire en vacances pour la première fois de sa vie et elle apporta la commande à son mari.
Je vis alors le gars bizarre faire un autre truc bizarre et je réalisais que j'allais devoir sûrement en voir d'autres : Il prit la serviette et la posa sur sa tête. Quand il semblait enfin prêt à recevoir la nourriture il attrapa les couverts dans le mauvais sens puis me regarda avec un grand sourire en fermant les yeux.
Est-ce que c'était vraiment en train de m'arriver ?
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Le bus dans le désert -Terminé-
Science Fiction(!Histoire terminée!) Une jeune serveuse sans illusions, un jeune voyageur très peu ordinaire. Une rencontre qui ne changera pas le monde mais qui nous rappellera ce que signifie "humanité". --Une histoire qui se développe au fur et à mesure, si vo...
