~ 1 ~ L'ombre d'une étrangère [part 1]

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[MAJ 26/06/17]

Je crois bien que la seule chose que je pouvais réellement apprécier dans ce monde était le crépuscule. Les lueurs orangées du soleil se réverbérant sur la Terre et ses habitants donnait un semblant de vie à ce monde. C'était à ce moment, et celui-là seul, que j'aimais me trouver ici.

Il était dix-huit heure trente passé et les derniers élèves sortaient enfin du lycée avant la fermeture. De la cours abritée où je me trouvais, j'observai les autres se déverser par petits groupes des couloirs pour se diriger vers le portail, derrière le bâtiment qui me faisait face. Cela faisait une heure et demie que j'attendais là, seule autour de cette table en bois gris, à l'ombre des chênes dont le feuillage recommençait tout juste à reverdir. Je n'attendais pas par plaisir, oh ça non, mais parce que je n'avais pas d'autre choix. Je me devais d'être là où il était, à guetter ses moindres gestes, la moindre preuve qui me laisserait percevoir qui il était vraiment ; même si cela faisait bien longtemps que je le savait en réalité.

Il sortit alors par le couloir à ma gauche. Enfin ! Quelle idée aussi de rester après les cours pour réviser... bref. Je le laissai prendre de l'avance, comme dans les films où une voiture en suit une autre - toujours laisser de la distance et plusieurs véhicules pour ne pas se faire repérer. Mais là, il n'y avait personne d'autre, alors je devais me faire plus discrète encore. Je me levai donc, mis mon sac sur mon épaule et rabattis ma capuche au dessus de mes cheveux bruns. Les mains dans les poches, j'avançai silencieusement jusqu'à la deuxième cour, beaucoup plus vaste que celle que je venais de quitter.

Je le vis rejoindre d'autres personnes, en particulier un mec blond, plutôt grand, que je connaissais de vue. Le blond le salua et partis en direction du portail rejoindre une fille, un peu plus jeune que lui ; son portrait craché. Elle était blonde elle aussi, évidement, et aux grands yeux bleus gris cernés d'une épaisse couche de crayon et de mascara noir. Elle portait une jupe bleu nuit et des bas noirs épais en laine qui lui arrivaient jusqu'aux cuisses et comme à son habitude, elle revêtait sa veste courte en cuir violet foncé ; son style, je le reconnaitrais entre mille. C'est vers eux que je me dirigeai actuellement.

- Easie ! S'exclama la jeune fille en me voyant arriver.

Je m'arrêtai devant elle et saluai son frère d'un légers signe de tête accompagné d'un bref sourire.

- C'est pour faire croire à tes parents que tu bosses que tu restes ici tout les soirs après les cours ? me demanda-t-il en levant les sourcils.

Je laissai échapper un petit rire en levant les yeux.

- Mais non crétin, répondit sa sœur, c'est parce qu...

Sachant pertinemment ce qu'elle allait dire, je ne pu m'empêcher de la couper.

- Lyllie s'il te plait.

- Quoi ? Demanda-t-elle d'un sourire qui laissait tout dire.

Je soupirai.

- Rien... bon, je dois vous laisser, je vais encore me faire engueuler si je ne suis pas rentrée avant dix-neuf heures.

- Sérieux, ils sont lourds, plus protecteur encore que des vrais parents !

En temps normal, cette remarque aurait pu blesser n'importe qui ; mais pas moi, et Lyllie le savait.

- Tiens d'ailleurs pendant que j'y pense, repris la blonde, Alaow te cherchait tout à l'heure. Je ne sais pas ce que cette fille te veut mais elle me fait un peu flipper.

- Je suis sensé l'aider pour la physique, ça doit être ça...

- T'as vraiment pas de chance d'être dans la même classe que cette fille.

- Oh ça va, il y a pire dans ma classe.

- Pire qu'Alaow, je ne crois pas.

Cette voix avait surgis de derrière moi, et je savais à qui elle appartenait.

- Tu as peur d'attraper un coup de soleil Easie ? continua-t-il.

Je ne me retournais qu'un bref instant seulement mais cela me suffit pour voir son vif regard marron me fixer. Je déglutis péniblement, remontant davantage ma capuche au dessus de mon front et soupirai.

- Je dois y aller, répondis-je sèchement en prenant mon sac et en me dirigeant vers le portail sans un mot de plus.

Je ne devais pas me faire remarquer. Je devais seulement savoir, découvrir toutes les informations qu'il me fallait sur lui. Me fondre dans la masse et rester invisible ; tel était mon devoir. Il avait pourtant connaissance de mon existence, mais bon, après deux ans passés dans la même classe, Le contraire aurait été un peu difficile.

Je passai le portail d'un pas rapide et pris vers la droite. J'habitai à seulement vingt minutes à pieds et je ne pris donc pas le bus pour rentrer ; je n'avais pas assez d'argent sur moi. Je m'engouffrai donc dans les ruelles vides aux alentour du lycée et rejoignis rapidement le parc que je devais traverser. La nuit commençait à tomber et le calme ainsi que la sérénité à envahir cette espace de verdure que je supportais davantage que le remues ménage de la ville et des bouchons à cette heure de la soirée. J'arrivais près du lac lorsque mon portable se mit à vibrer. Je ne mettais jamais mon portable en vibreur, et s'il s'était déclenché, c'est qu'il y avait une raison. Je sortis alors mon portable de ma poche, affichant mon premier sourire de la journée. Celui-ci ne dura pas après avoir vus le contenue du message. Je m'arrêtai subitement.

"Nou avon du new de la o, fau ke tu viene, sa urg"

Au secours mes yeux ! Malgré le fait que j'eus un peu de mal à déchiffrer son message, le sens en était très clair. J'essayai alors de me calmer et d'analyser la situation. De toute façon, je ne pouvais rien faire pour le moment, cela allait attendre demain. Si je retournai au lycée maintenant, je ne sais pas ce qu'il adviendrait de moi une fois rentrer. Je rangeai donc mon portable dans ma poche où mes mains restèrent emmitouflées et repris ma route.

Je passai le pas de ma porte à dix-neuf heure douze. La grande entrée était vide mais pourtant une voix grave m'accueillit depuis le salon, sur ma gauche.

- T'as encore loupé le bus ?

- Nan, je suis rentrée à pied.

Ma veste atterrit sur une chaise de la salle à manger juste à côté, et sans le regarder je montai les escaliers. Il n'ajouta rien et cela m'aida à retenir mon envie de crier. Je sentis son regard peser sur moi durant mon ascension et la douleur dans mon cœur s'accentua ; le poids de ce monde pesait lourd en moi.

C'était comme ça tout les soirs. Une fois la porte de la maison passée, je me sentais étouffer. J'avais besoin d'air, d'espace, et même si l'endroit où j'habitais était assez grand, être ainsi enfermée m'était la plupart du temps insoutenable.

J'arrivai en haut des marches et une grande et mince femme s'arrêta devant moi. Je levai la tête ; elle était blonde clair, avec des yeux verts brillants, aux longues jambes et à la taille fine. Ses sourcils étaient froncés, me regardant d'une profonde noirceur. La lumière avait beau être éteinte, je la voyais distinctement au travers des lueurs de la lune qui filtrait par la fenêtre derrière elle. L'obscurité de la pièce rendant son visage fade et sombre.

Je la regardai sans ciller, ma main serrant la rampe en métal et mes pieds sur des marches différente, comme si j'avais encore l'intention de monter. Pourtant, je ne pouvais pas. Son regard seul m'empêchait de faire le moindre pas. J'étais chez elle, sous ses ordres, elle était responsable de moi et je n'avais rien à dire.

Parfois, il m'arrivait de me demander comment cette femme avait eu le droit de m'élever, de m'éduquer, et d'essayer de m'aimer. Elle était mon contraire, en tout point, n'avais jamais réussis de me comprendre et était bien loin de vouloir essayer.

La voir ainsi face à moi me rappela lourdement que ce monde n'était pas le miens, et qu'il ne le serrait jamais.

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