Chapitre 1

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Ma vie entière vola en éclat le soir du sept octobre deux mille onze. Un médecin me faisait face, accompagné d'une infirmière.

- Anaïs, commença le médecin. Vous êtes si jeune, à peine 16 ans. Mais vous allez devoir faire preuve d'un grand courage. Il y a trois mois, vous avez été héliporté d'urgence au CHU de Grenoble pour y recevoir des soins intensifs...

Il m'apprit alors que j'avais survécu à de graves blessures : un traumatisme crânien, un enfoncement de la cage thoracique ainsi que de multiples fractures aux membres, sans compter les plaies, les brulures et les ecchymoses qui avaient recouvert tout mon corps. Pourtant, ce qu'il m'apprit par la suite fini de m'achever. Lors de l'accident, je n'étais pas seule dans la voiture. Mes meilleurs amis m'accompagnaient : Agathe, Olivier, Xavier et Nathan avaient tous péris. Cette nouvelle m'effondra. Mes amis étaient toute ma vie. J'avais miraculeusement survécu. J'étais la seule rescapée de cette atrocité sans nom. J'appris plus tard qu'à Méribel, ma ville natale, la nouvelle du drame plongea tous les habitants dans une morosité ambiante. En effet, beaucoup de personnes nous connaissaient et le lycée organisa même une marche solennelle en notre hommage mais également pour témoigner son soutient aux familles des victimes.

Ce soir là, allongée face au médecin de garde et son infirmière, je me réveillais d'un coma profond de trois mois. Trois mois de vie en dormance dont je ne garde aucune trace, rien. Je devais maintenant accepter cette nouvelle réalité : tous mes amis étaient morts. Pire, Nathan était mort avec eux. Celui que j'aimais, que j'aime encore, avais péri. La mort, je n'avais plus que ce mot là en tête. Pourtant, je ne m'effondrais pas en larme. J'étais tout simplement en état de choc.

Après mon coma, j'avais été transporté dans une clinique privée en Suisse pour y passer de longs mois en rééducation. J'avais maintenant 17 ans passés. La rééducation s'était très bien passée et je m'apprêtais à quitter la clinique. Tout le personnel médical avait fait preuve de bienveillance envers moi mais je devais maintenant leur faire mes adieux. Un taxi m'attendait à l'entrée de la clinique pour me reconduire chez moi, à Méribel dans les Alpes françaises. Voilà plus d'un an que je n'étais plus rentré à la maison. J'y avais grandi avec Nathan et je savais que le retour allait être très dur pour moi. Je savais qu'une fois à la maison, tous mes souvenirs referaient surface et je ne pourrai plus fuir le passé.

Bercé par la beauté des paysages montagneux que nous traversions, je laissais mon regard divaguer en repensant à Nathan. Je me rappelais de cette merveilleuse journée passée avec lui. Nous partîmes en randonnée sur des chemins de montagne. C'était une journée magnifique. Nathan était si beau : grand, musclé, les cheveux courts et blonds ainsi que des yeux d'un bleu profond. Nous avions tous les deux le même âge et nous étions amoureux pour la première fois. Tout le lycée disait que nous formions le couple idéal. Et pourtant, nous n'étions en couple que depuis un mois. Mais j'avais l'impression que la ville entière attendait notre union. Bien sûr, je vous passe les détails croustillants de notre relation. En fait, il n'y en avait pas. Je n'étais tous simplement pas encore prête à passer le cap. Nathan et moi, nous connaissions depuis de longues années. Lui et Viviane, sa sœur jumelle étaient arrivés à Méribel lorsque nous n'avions que cinq ans et depuis ce temps là nous ne nous sommes plus quittés. Nous étions inséparables tous les trois. Comme si une relation particulière nous liait.

Nathan et moi avions marché toute la matinée. Arrivée au niveau d'un pic rocheux, nous contemplâmes un instant le paysage. Les Alpes française se dressaient sous nos yeux. Nous étions seuls face à cette nature d'une beauté puissante. Un paysage surnaturel s'étendait à perte de vu. Je passais, tout simplement, le plus bel été de ma vie. Je regardais Nathan, mes longs cheveux bruns et bouclés flottaient dans le vent. Il avait envie de m'embrasser, ça se voyait dans ses yeux. Ca me gênait encore qu'il le fasse devant tout le monde. Passer du statut « ami » à « en couple », ce n'est pas si évident que ça. Je veux dire, il y a tout un monde à gérer à côté de ça. Mais là, seuls en pleine nature, c'était différent. Ca prenait tout son sens et je me lassais entièrement aller à son étreinte.

Nathan me prit dans ses bras, me rappela combien il m'aimait et m'embrassa tendrement. S'enivrant du moindre millimètre carré de lèvre que j'avais à lui offrir. Pour ma part, je trouvais ses lèvres plutôt douces. Il passa une main dans mes cheveux et de l'autre, il me ramena fermement contre lui. Je dois dire qu'il avait de la poigne. Nathan était mon premier amour et aussi loin que je puisse m'en souvenir, j'étais heureuse comme jamais.

- C'est pour toi, me dit-il en sortant un pendentif de sa poche. C'était une croix attachée à une fine chaine en or.

- Elle te protègera en toutes circonstances. Que je sois près de toi ou non, affirma t-il en me la passant autour du coup tandis que je relevais mes cheveux.

Nous nous tournâmes à nouveau vers l'horizon, une brise légère nous caressait le visage et le soleil nous réchauffait la peau. La vie ne m'avait jamais semblé aussi épanouissante. J'étais loin d'imaginer à ce moment là que nous passions notre dernière journée ensemble.

Le taxi arriva à Méribel. J'étais si heureuse et triste à la fois. Une sensation étrange. Je sortais mon iPhone et j'envoyais un message à ma mère pour la prévenir de mon arrivée imminente. Lorsque le taxi arriva à la maison, elle m'attendait sur le pallier de la porte. C'était une attitude qui ne lui ressemblait pas. Ma mère était un vrai bourreau de travail. Vétérinaire, elle était passionnée par son métier et ne quittait sa clinique que tard le soir. Quelle se permette un congé, aussi court soit-il, me réchauffait le cœur et me tétanisait à la fois. Cela montrait réellement tout le poids du drame qui s'était joué. Ma mère avait du affronter la douleur des autres familles. Ce qui avait du être dur pour tout le monde. Je n'avais pas choisi de survivre. La vie en avait décidé ainsi et si j'avais pu choisir, j'aurai volontiers prit la place de Nathan. Je comprenais mieux maintenant ce qui me freinait dans l'envie de rentrer chez moi : c'était d'affronter le regard déchiré des familles. Je descendis du taxi. Le chauffeur me remis ma valise tandis que je le remerciais. Je m'avançais vers le pallier de la porte tandis que ma mère me suivait du regard. Son visage était radieux. Elle semblait si soulagée de me voir rentrer. Ca se lisait dans ses yeux.

- Enfin ma petite chérie, te revoilà à la maison, me souffla t-elle au creux de l'oreille en me serrant très fort dans ses bras.

Puis, elle attrapa mon visage entre ses mains pour me fixer droit dans les yeux en me disant :

- Plus jamais, me dit-elle dans les yeux. Ne me fait plus ça Anaïs. Je t'aime tellement.

- Plus jamais, répondis-je la gorge sèche et les yeux humides.

Faïko, mon chien des neiges apparu soudainement et me sauta dans les bras en aboyant de joie. Sa queue remuant dans tous les sens. Je lui avais véritablement manqué et c'était réciproque. Faïko était merveilleusement beau. C'était un pur Husky. Nathan me l'avait offert pour mes quinze ans et il n'avait qu'un mois quand je le pris dans mes bras pour la première fois. C'était la plus belle petite boule de poil au monde. Un de mes plus beaux anniversaires. Rien ne m'aurait fait plus plaisir qu'un chien. J'en rêvais et Nathan avait tout organisé avec ma mère pour m'en faire la surprise. Faïko me remonta immédiatement le moral. Je rentrais enfin chez moi et malgré mon bien-être apparent, à l'intérieur je n'étais plus du tout la même. La vie m'avait brisé en mille morceaux. Je devais à présent tout recoller.

Mes amis me disaient autrefois : « Surtout ne change jamais Anaïs, reste tel que tu es ». Je sais aujourd'hui qu'il est impossible de rester tel que l'on est. La vie vous place dans des situations qui vous change inexorablement, que vous le vouliez ou non. Et moi, je n'étais irrévocablement plus la même. L'homme avec lequel je voulais vivre, celui avec lequel je mettais imaginé un avenir, s'en était allé. Et cet avenir s'était envolé avec lui. Il fallait maintenant que je m'en relève. Mais je n'étais pas si seule que ça. Il me restait encore une personne sur qui m'appuyer. Et, cette personne se trouvait être la seule sur terre au moins aussi proche de Nathan que je l'étais. Mon espoir trouva alors un écho en la personne de Viviane.

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