Une bête histoire de famille

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Nouvelle écrite par Jaffre

Cela faisait déjà plusieurs années que je n'avais pas vu mon père. Une vieille querelle de famille nous avait fait rompre tout contact et, je peux le dire, je l'ai amèrement regretté. Son absence dans ma vie... Je me sentais parfois très seul, mais j'étais bien trop fier pour revenir vers lui et avouer mon erreur. Une bête histoire. Je crois que nous étions tous les deux trop fiers.

Le matin du 11 avril, vers 11h, je reçus un appel ; je fondis en larmes. On m'annonçait la mort de mon père. Deux jours plus tard j'assistais à son enterrement. Sobre. À part moi, seuls trois de ses amis étaient venus ; enfin, je suppose. Je ne les connaissais pas.
Tout se passa très vite. J'héritais d'un grand appartement, d'une vieille Renault et d'une coquette somme d'argent. Je pris alors quelques jours de congés pour me rendre à Valréas.
J'ai des comptes à rendre au spectre de mon père.

L'appartement est effectivement grand. Il y a beaucoup de bazar. Les étagères ne peuvent pas accueillir tous les livres et un grand nombre d'entre eux traînent ici et là, au sol, sur une table, dans les escaliers... Des escaliers, oui. C'est un duplex. Avec tous les bouquins qu'il a, il y a bien besoin d'autant de place. Il avait.

Papa...
Je ferme les yeux un instant avant de continuer mon exploration. Il y a des cartons un peu partout aussi. J'en ouvre un. Des livres d'art. J'en ouvre un autre. D'autres livres d'art. J'en ouvre un troisième. Des classeurs. Je les ouvre. Des cours sur les peintres de la Renaissance. Je laisse tomber.
Je débarrasse un fauteuil des papiers qui le recouvre et je m'y affale.
Ha...
Quelle histoire...
Papa...

Un bruit me fait sursauter. Je tourne la tête vers le piano : une pile de livres est tombée. Je découvre par la même occasion le locataire de l'appartement. Un chat. Un gros chat blanc. Un persan, je crois.
Je le regarde depuis mon fauteuil, complètement avachi parce que je n'ai pas grand-chose d'autre à faire. Il vient vers moi et se frotte contre les pieds du fauteuil. J'avance une main pour le caresser ; il se laisse faire.
Ronronron...
Je jette un œil au médaillon autour de son cou. Il y est écrit "Mathéo". Je soupire.

Papa...
À quoi pensais-tu ? Croyais-tu vraiment que donner à ton chat le nom de ton fils changerait quelque chose ?
Papa...
Une larme vient couler sur ma joue, que j'essuie d'un revers de la main. Qu'est-ce que je viens faire là ?

Une bête histoire de familleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant